Trump annule in extremis une frappe contre les Houthis, l'Arabie saoudite isolée
Donald Trump a ordonné dimanche une frappe contre les Houthis au Yémen, avant de l'annuler trois heures avant son déclenchement. Selon plusieurs médias américains, des avions étaient déjà armés et prêts au décollage. L'épisode révèle une profonde division au sein de l'armée américaine, entre soutien à l'Arabie saoudite et crainte d'ouvrir un nouveau front alors que Washington reste engagé face à l'Iran.

Le président américain avait fixé l'heure H : dimanche, 17 heures. Selon NBC News, l'ordre de préparer une frappe contre les Houthis au Yémen a été donné, puis annulé environ trois heures avant son exécution. Le New York Times précise que des munitions avaient déjà été chargées sur des chasseurs prêts au décollage et qu'une liste de cibles avait été validée par les commandants militaires, avant que Trump ne fasse volte-face.
Une frappe annulée après des semaines d'hésitations
Le revirement fait suite à un appel téléphonique avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, jeudi. Selon des responsables américains cités par le New York Times, le prince a averti Trump que « le royaume ne peut pas réussir seul ». L'appel intervenait après que les Houthis, mouvement soutenu par l'Iran, ont revendiqué la destruction d'un chasseur saoudien F-15 et progressé rapidement vers la province de Marib, où se trouvent les principaux gisements pétroliers et gaziers du Yémen.
À la suite de cet appel, Trump a demandé au Pentagone de lui présenter de nouvelles options militaires. Le chef d'état-major interarmées, le général Dan Caine, a convoqué une réunion d'urgence dans le « Tank », la salle la plus sécurisée du Pentagone, annulant au passage un déplacement à Copenhague prévu avec les chefs d'état-major de l'OTAN. Mais dimanche, malgré des avions déjà armés, Trump a de nouveau changé d'avis.
Un commandement militaire divisé sur les Houthis
D'après NBC News et Ynet, plusieurs hauts responsables militaires jugeaient l'ouverture d'un nouveau front risquée, invoquant l'épuisement des stocks de munitions américains et le fait que les Houthis n'attaquent pas actuellement les navires américains. D'autres officiers estimaient au contraire qu'un refus d'agir reviendrait à « trahir » un allié régional essentiel, alors que la perte revendiquée du F-15 saoudien fragilise la supériorité aérienne du royaume au-dessus du Yémen.
Un haut responsable américain déployé dans la région a averti qu'une opération contre les Houthis ferait peser un risque sur les forces américaines engagées dans la campagne contre l'Iran, notamment le blocus naval et les opérations de sécurité dans le détroit d'Ormuz. Il a toutefois estimé que l'armée pouvait mener les deux missions simultanément.
Selon Reuters, des responsables américains ont rencontré discrètement des représentants houthis à l'ambassade américaine de Mascate, en Oman, quelques jours avant l'offensive du groupe sur le littoral de la mer Rouge. Les Houthis y ont assuré vouloir maintenir le cessez-le-feu conclu avec Washington en 2025 et ne pas viser les navires américains. Un responsable yéménite cité par Reuters a précisé que le groupe s'était également engagé à épargner les navires israéliens et les autres bâtiments commerciaux, ne réservant ses attaques qu'aux intérêts saoudiens.
Ryad isolé, Londres en soutien partiel
En attendant une éventuelle intervention américaine, le Royaume-Uni a annoncé apporter un soutien limité à Ryad. Le Premier ministre britannique Andy Burnham a indiqué avoir accepté une demande saoudienne de ravitaillement aérien à des fins défensives, estimant que cette mesure « contribue à stabiliser la région ». Plus tôt cette année, Londres avait déjà déployé son système de défense antiaérienne Sky Sabre en Arabie saoudite, pendant la guerre américano-israélienne contre le régime de Téhéran.
Les Houthis ont par ailleurs revendiqué des tirs de missiles et de drones contre des cibles « sensibles » à Ryad et contre une installation d'Aramco à Yanbu, sur la mer Rouge. La coalition saoudienne affirme avoir intercepté un missile balistique visant la capitale. Le groupe poursuit sa progression vers le détroit de Bab el-Mandeb, l'un des passages maritimes les plus stratégiques au monde, dont dépend une large part du commerce saoudien à l'heure où le trafic dans le détroit d'Ormuz reste réduit par la guerre contre l'Iran.
Trump doit s'exprimer mardi devant l'Assemblée générale des Nations unies, où il a évoqué la possibilité d'une rencontre avec le président iranien Massoud Pezeshkian. Il a averti que « l'Iran a intérêt à bien se tenir », sans préciser si une nouvelle frappe contre les Houthis reste envisagée dans les jours qui viennent.
Questions fréquentes
- Pourquoi Trump a-t-il annulé la frappe contre les Houthis ?
- Selon NBC News et le New York Times, des responsables militaires craignaient d'ouvrir un nouveau front alors que les États-Unis restent engagés face à l'Iran, et redoutaient un épuisement des stocks de munitions.
- Les Houthis visent-ils des navires israéliens ?
- Selon un responsable yéménite cité par Reuters, le groupe a indiqué en Oman qu'il n'attaquerait ni les navires américains ni les navires israéliens, réservant ses tirs aux intérêts saoudiens.
- Quel est l'enjeu du détroit de Bab el-Mandeb ?
- Les Houthis progressent vers ce détroit stratégique de la mer Rouge, essentiel au commerce saoudien, alors que le trafic via le détroit d'Ormuz reste réduit en raison de la guerre contre l'Iran.
Sources : Ynet News, The Jerusalem Post, Kountrass, Ynet News





