Attaque houthie contre l'aéroport de Riyad : douze morts et recomposition des alliances régionales

Un missile houthi a frappé samedi l'aéroport international King Khalid de Riyad, faisant au moins douze morts et plusieurs centaines de blessés, l'attaque la plus meurtrière en Arabie saoudite depuis une décennie. L'escalade intervient alors que Riyad mène une contre-offensive contre les rebelles yéménites soutenus par l'Iran, et que Washington évalue une intervention directe. Dans l'ombre, l'épisode rebat les cartes des alliances régionales, avec Israël en position d'observateur intéressé.

3 min de lecture4 vuesPar la rédaction
Attaque houthie contre l'aéroport de Riyad : douze morts et recomposition des alliances régionales
Photo : Illustration générée par IA

L'aéroport King Khalid de Riyad a été touché samedi par un missile houthi alors que des pèlerins patientaient devant un terminal pour rejoindre les lieux saints de l'islam. Selon le New York Times, cité par plusieurs sources, l'attaque a fait au moins 12 morts et environ 50 blessés ; le Jerusalem Post, citant les autorités saoudiennes, avance un bilan plus lourd de plus de 300 blessés. Les images diffusées par la télévision d'État saoudienne montrent une explosion orange suivie d'un mouvement de panique et d'un effondrement partiel du toit. L'aéroport a été fermé, des écoles de Riyad sont passées à l'enseignement à distance jusqu'à jeudi.

Une série d'attaques contre les infrastructures saoudiennes

Le lendemain, dimanche, une nouvelle frappe sur le terminal 4 de Riyad a fait un mort et onze blessés. Le même jour, les Houthis ont revendiqué des tirs contre l'aéroport de Dammam et deux installations du géant pétrolier Aramco. Un témoin a rapporté à Reuters avoir vu un projectile frapper le tarmac de Dammam près d'appareils stationnés. Le bilan cumulé des attaques contre l'aéroport de Riyad atteint 18 morts sur la semaine, selon les autorités saoudiennes. Le porte-parole militaire houthi Yahya Saree a revendiqué les frappes et averti que « le pire est à venir » tant que le royaume poursuivra son offensive au Yémen.

Ces attaques marquent, selon des experts interrogés par le Jerusalem Post, un changement de doctrine : les Houthis ciblaient jusqu'ici surtout des installations militaires et énergétiques, rarement des aéroports civils en pleine affluence. Bernard Haykel, de la Foundation for the Defense of Democracies, estime que Riyad « ne va pas céder » et devrait au contraire intensifier sa campagne militaire. L'ancien ambassadeur américain Michael Ratney juge que l'ampleur de l'attaque a « choqué » les Saoudiens, même s'ils connaissaient les capacités du mouvement.

Washington hésite, Riyad cherche des appuis

Plusieurs compagnies aériennes, dont Kuwait Airways, Etihad, Qatar Airways et Lufthansa, ont suspendu leurs vols vers Riyad. Le président américain Donald Trump a déclaré envisager de joindre les frappes saoudiennes contre les Houthis, sans trancher : « Je n'ai pas encore pris de décision. » Selon les experts cités par le Jerusalem Post, Washington fournit déjà du renseignement et une aide au ciblage, mais Riyad souhaiterait un engagement américain plus direct dans les frappes aériennes.

L'Arabie saoudite a par ailleurs renforcé en août son architecture de sécurité régionale en signant avec le Pakistan et la Turquie le « Pacte de La Mecque », qui prévoit qu'une attaque contre l'un des signataires équivaut à une attaque contre tous. Environ 8 000 soldats pakistanais seraient déjà déployés dans le royaume, selon des experts cités par le Times, principalement pour la défense antiaérienne. Le Pakistan a démenti avoir mené des frappes aériennes contre les Houthis, et la Turquie a précisé par la voix de son ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan que l'alliance reste « défensive, et non offensive ».

Israël, un partenaire tenu à distance

L'épisode relance la question d'une coopération plus ouverte entre Riyad et Jérusalem face à une menace commune. Le Jerusalem Post rappelle que l'Arabie saoudite a accepté qu'un avion israélien en détresse se pose à Tabuk lors d'une précédente tentative déjouée visant l'aéroport Ben Gourion, mais a refusé d'envoyer un appareil israélien récupérer les passagers, un geste jugé politiquement trop sensible. Mohammed Ben Salmane continue de lier toute normalisation avec Israël à une perspective d'État palestinien, selon l'analyse du Jerusalem Post, ce qui maintient le dialogue sécuritaire entre les deux pays discret plutôt que public. Pour les experts, l'intérêt stratégique partagé face à l'Iran et aux Houthis n'a pour l'instant pas suffi à faire sauter ce verrou politique. La décision de Washington sur une intervention directe, attendue dans les prochains jours, et la poursuite de l'offensive terrestre saoudienne pour reprendre le détroit de Bab el-Mandeb détermineront la prochaine phase de cette escalade.

Questions fréquentes

Combien de personnes sont mortes dans l'attaque de l'aéroport de Riyad ?
Les sources font état d'au moins 12 morts dans l'attaque de samedi, un bilan parfois porté à 13 selon certaines agences, avec un total cumulé de 18 morts sur l'ensemble des frappes de la semaine contre l'aéroport.
Les États-Unis vont-ils intervenir militairement au Yémen ?
Donald Trump a déclaré envisager de joindre les frappes saoudiennes contre les Houthis mais a précisé qu'aucune décision n'avait encore été prise.
Israël est-il impliqué dans la riposte saoudienne ?
Non publiquement. Riyad maintient une coopération sécuritaire discrète avec Jérusalem mais refuse toute implication israélienne visible, notamment pour des raisons de politique intérieure.

Dossier Houthis et mer Rouge

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