Attaques houthies : l'Arabie saoudite associe Israël à ses discussions de sécurité régionale

Depuis le 8 septembre, les Houthis multiplient les frappes contre l'Arabie saoudite, visant infrastructures énergétiques et sites civils. Face aux limites du Pacte de La Mecque, Riyad s'est tourné vers Washington, qui a discrètement associé Israël à des discussions de sécurité régionale inédites.

3 min de lecturePar la rédaction
Attaques houthies : l'Arabie saoudite associe Israël à ses discussions de sécurité régionale
Photo : Illustration générée par IA

Les Houthis ont lancé le 8 septembre une vague majeure d'attaques contre l'Arabie saoudite, frappant des sites civils et économiques ainsi que des infrastructures énergétiques dans plusieurs villes du sud du royaume. La base aérienne du roi Khalid et des installations d'Aramco ont été visées. Samedi, un missile balistique a été tiré sur Riyad, une première depuis des années ; l'armée de l'air saoudienne affirme l'avoir intercepté. D'autres frappes ont touché les installations pétrolières de la ville portuaire de Yanbu, sur la mer Rouge, ainsi que Bisha, Taïf et Farasan, selon le porte-parole de la coalition Turki al-Malki.

Une offensive houthie qui menace Marib

Au Yémen même, les troupes houthies progressent contre les forces soutenues par Riyad, notamment autour de Marib, région riche en pétrole, et dans les montagnes de Kahboub, à la frontière des provinces de Taïz et de Lahij. Selon des sources militaires yéménites citées par Reuters, les combats survenus depuis dimanche auraient fait plus de 150 morts, selon les statistiques fournies par les deux camps, et l'offensive plus large aurait déplacé plus de 100 000 personnes ces dernières semaines. Washington aurait envisagé des frappes aériennes de grande ampleur ce week-end, avant que Donald Trump ne les annule trois heures avant le décollage des appareils, par crainte d'une escalade régionale, selon NBC News.

Les limites du Pacte de La Mecque poussent Riyad vers Washington

Le Pacte de La Mecque, signé le 7 août entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan, comporte un engagement politique inspiré de l'article 5 de l'OTAN. Mais le texte intégral n'a pas été rendu public, et aucune réponse militaire automatique n'y est explicitement prévue. Ni Ankara ni Islamabad ne sont intervenus militairement lors des premières frappes houthies. Ce n'est que samedi que le porte-parole militaire pakistanais, le général Ahmed Sharif Chaudhry, a assuré que le Pakistan « se tient aux côtés du Royaume, diplomatiquement et physiquement ». Faute de réponse rapide de ses alliés du Pacte, Riyad s'est tourné vers Washington, qui a accepté de fournir une assistance ciblée sans mener de frappes directes contre les Houthis, selon Reuters. Le Royaume-Uni a de son côté accepté d'assurer, pour une durée limitée, le ravitaillement en vol défensif des chasseurs saoudiens, a annoncé le Premier ministre Andy Burnham. Jeudi, le Département d'État américain a approuvé la vente de 48 avions F-35 au royaume, pour un montant de 24,3 milliards de dollars. Réunis en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont condamné « avec la plus grande fermeté » les frappes houthies et exhorté l'Iran à cesser d'armer le groupe.

Israël associé aux discussions via le CENTCOM

Selon Axios, une conférence organisée courant septembre par le CENTCOM dans un lieu tenu secret en Allemagne a réuni le chef d'état-major israélien, le général Eyal Zamir, aux côtés de responsables militaires saoudiens, émiratis, bahreïnis, koweïtiens, qataris, jordaniens et égyptiens. L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, y a assuré le maintien des forces américaines dans la région malgré les frappes iraniennes contre des bases américaines. Selon des sources diplomatiques régionales citées par le Jerusalem Post, Israël et l'Arabie saoudite ont ensuite engagé, sous médiation du CENTCOM, des discussions sur une éventuelle assistance israélienne en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance contre les Houthis, sur un modèle proche de celui déjà en place avec les Émirats arabes unis. L'Institute for the Study of War évoque un arrangement qui « ressemblerait à la relation de soutien au renseignement qu'Israël entretient actuellement avec les Émirats arabes unis ». Riyad n'a toutefois donné aucun signe d'évolution sur une normalisation officielle avec Israël, selon des sources saoudiennes citées par le Jerusalem Post.

Cette coopération, si elle se confirme, resterait pour l'instant opérationnelle et discrète, sans changement affiché de la politique saoudienne. Les prochaines semaines diront si les discussions médiées par le CENTCOM se traduisent par une assistance israélienne effective sur le terrain, ou si elles demeurent, comme le souligne le Jerusalem Post, un simple approfondissement d'une coopération sécuritaire vieille de plusieurs décennies mais toujours non déclarée.

Questions fréquentes

Pourquoi l'Arabie saoudite se tourne-t-elle vers Israël plutôt que vers ses alliés du Pacte de La Mecque ?
Le Pacte signé avec la Turquie et le Pakistan ne prévoit aucune réponse militaire automatique en cas d'attaque, et ni Ankara ni Islamabad ne sont intervenus lors des premières frappes houthies.
Quelle forme prendrait l'aide israélienne à Riyad ?
Selon des sources citées par le Jerusalem Post, il s'agirait d'un soutien en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance, comparable à celui fourni aux Émirats arabes unis.
Cette coopération signifie-t-elle une normalisation prochaine ?
Non, des sources saoudiennes indiquent que Riyad continue de résister à toute évolution officielle de ses relations avec Israël, malgré la coopération sécuritaire opérationnelle.

Sources : The Jerusalem Post, JForum, The Jerusalem Post

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