Décryptage

Vote arabe en Israël : ce que dit Le Figaro, ce que montre l'enquête du Shin Bet

Le Figaro affirme que Benyamin Netanyahou « entretient la suspicion » sur le vote arabe pour empêcher une alternance après les législatives du 27 octobre. Les documents disponibles montrent une réalité plus complexe : une enquête du Shin Bet sur un financement étranger visant spécifiquement quatre députés arabes, engagée avant toute contestation du scrutin par le Likoud.

2 min de lecturePar la rédaction
Vote arabe en Israël : ce que dit Le Figaro, ce que montre l'enquête du Shin Bet
Photo : Illustration générée par IA

Après la remise des résultats officiels des législatives par le juge Noam Sohlberg, le président Isaac Herzog a ouvert ses consultations pour désigner un formateur de gouvernement. Le Figaro affirme que Benyamin Netanyahou, privé de majorité, cherche à décrédibiliser par avance toute coalition reposant sur les 19 députés des partis arabes.

Ce qu'écrit Le Figaro

Selon le quotidien, le premier ministre aurait accusé des militants du parti Raam de vouloir « voler l'élection », avant même la fermeture des bureaux de vote. Le Figaro en déduit une stratégie : faire passer pour frauduleuse toute majorité dépendant des voix arabes, afin de dissuader les alliés de Gadi Eisenkot de s'appuyer sur elles. L'article rappelle aussi la mise en garde du juge Sohlberg, pour qui « la décision des électeurs s'impose à nous tous ».

Ce que disent les faits

Les documents disponibles montrent qu'une enquête du Shin Bet sur un financement étranger du scrutin existe indépendamment de toute déclaration de Benyamin Netanyahou, selon Infos Israël News. Elle a été ouverte à la demande du président de la commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg lui-même, et vise des soupçons de transferts d'argent venus de l'étranger vers le secteur arabe. Le service de sécurité intérieure affirme avoir identifié des « phénomènes étendus » de versements, touchant selon ses estimations des milliers de personnes.

Quatre députés arabes sont concernés : Ahmad Tibi, Mansour Abbas, Sami Abou Shehada et un quatrième élu non identifié. Le Mossad a rejoint les investigations et une équipe conjointe avec la police a été constituée, précise Infos Israël News. La conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, conditionne l'audition des assistants parlementaires à des preuves préalables contre l'élu lui-même, ce que le Shin Bet qualifie d'obstacle. Sami Abou Shehada a de son côté dénoncé une tentative de remettre en cause les résultats électoraux.

Par ailleurs, Amit Segal rappelle, dans une analyse reprise par JForum, que les scénarios d'effondrement démocratique annoncés avant le scrutin — report des élections, blocage des résultats, prise d'assaut de la Knesset — ne se sont pas réalisés, et que plusieurs sondages avaient largement sous-estimé le Likoud, crédité de 18 sièges dans certaines enquêtes contre 27 obtenus finalement.

Ce qui n'est pas dit

L'article du Figaro ne mentionne pas que l'enquête sur un financement étranger du vote arabe a été initiée par le juge Sohlberg lui-même, garant de la régularité du scrutin, et non par Benyamin Netanyahou. Il passe aussi sous silence que le camp de Gadi Eisenkot accuse de son côté le chef du Shin Bet, David Zini, d'instrumentaliser son poste, preuve que la controverse dépasse le seul Likoud. Enfin, selon Kountrass, Netanyahou a justifié ses démarches politiques, notamment sur la loi de recrutement, par la nécessité d'empêcher un « gouvernement de gauche soutenu par des partisans du terrorisme », une formule qui relève de son propre discours et non d'un fait établi.

Le bras de fer entre le Shin Bet et la conseillère juridique du gouvernement sur l'autorisation d'interroger les assistants des élus visés reste non tranché. Isaac Herzog dispose de sept jours après la publication des résultats pour charger un candidat de former un gouvernement, tandis que le Likoud envisageait encore, mercredi, un recours contre le scrutin.

Questions fréquentes

Qui a ouvert l'enquête sur un financement étranger du vote arabe ?
C'est le juge Noam Sohlberg, président de la commission électorale centrale, qui a chargé le Shin Bet de vérifier ces soupçons, selon Infos Israël News.
Quels députés arabes sont visés par l'enquête du Shin Bet ?
Ahmad Tibi, Mansour Abbas, Sami Abou Shehada et un quatrième élu dont l'identité reste classifiée, d'après Infos Israël News.
Pourquoi les sondages avaient-ils sous-estimé le Likoud ?
Selon Amit Segal, certaines enquêtes d'opinion n'accordaient que 18 sièges au Likoud, qui en a finalement obtenu 27, en raison d'une mauvaise lecture de l'électorat des villes populaires et de la périphérie.

Dossier Élections israéliennes 2026

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