Sarah Bernhardt, tragédienne d'ascendance juive devenue légende du théâtre mondial

Née à Paris en 1844 d'une mère juive d'Amsterdam, Sarah Bernhardt est devenue l'une des plus grandes actrices de l'histoire du théâtre français. Surnommée « la Voix d'or » par Victor Hugo, elle fut la première comédienne à mener des tournées triomphales sur les cinq continents.

3 min de lecturePar la rédaction
Sarah Bernhardt, tragédienne d'ascendance juive devenue légende du théâtre mondial
Photo : Illustration générée par IA

Sarah Bernhardt naît à Paris en 1844, au domicile d'une sage-femme proche de l'actuelle École de médecine. Sa mère, Judith-Julie Van Hard, dite Youle, est une jeune juive d'Amsterdam, fille d'un marchand de spectacles itinérant hollandais et d'une mère allemande. Son père, un avoué havrais nommé Édouard Viel, reste longtemps un secret que Sarah Bernhardt garde toute sa vie, au point que son identité n'a été établie avec certitude qu'en 2022, grâce à la redécouverte d'un acte de naissance réclamé par Youle après la mort d'Édouard.

Une enfance solitaire avant la scène

Délaissée par une mère tournée vers la vie mondaine parisienne, la petite Sarah grandit d'abord chez une nourrice en Bretagne, où elle ne parle que le breton. En 1853, elle est placée en pension au couvent du Grandchamp, à Versailles. Elle s'y découvre une vocation mystique, reçoit le baptême catholique en 1856 et envisage un temps de prononcer ses vœux. C'est pourtant au sortir de cette période, lors d'une soirée au Théâtre-Français organisée par l'entourage de sa mère, qu'elle découvre sa véritable vocation : la comédie.

L'entrée en scène et les premières années difficiles

Reçue au Conservatoire d'art dramatique de Paris en 1859 sur recommandation du duc de Morny, Sarah Bernhardt en sort en 1862 avec un second prix de comédie et intègre la Comédie-Française. Son tempérament la rattrape vite : elle est renvoyée en 1866 après avoir giflé une sociétaire qui venait de bousculer sa sœur. Les années suivantes sont marquées par la précarité propre aux jeunes actrices de l'époque, contraintes de financer elles-mêmes costumes et accessoires de scène. Elle rejoint l'Odéon, où sa carrière prend un tournant en 1869 avec Le Passant, de François Coppée, dans lequel elle incarne un rôle travesti.

La guerre franco-allemande de 1870 interrompt brutalement cette progression. Pendant le siège de Paris, Sarah Bernhardt transforme l'Odéon en hôpital de campagne et soigne elle-même les blessés, allant jusqu'à faire brûler décors et sièges du théâtre pour les réchauffer. Parmi les soldats qu'elle assiste figure un jeune polytechnicien, Ferdinand Foch, auquel elle offre une photographie dédicacée. Les deux se retrouveront des décennies plus tard, pendant la Première Guerre mondiale.

La consécration, puis l'indépendance

Son triomphe dans Ruy Blas, en 1872, lui vaut le surnom de « Voix d'or », donné par Victor Hugo lui-même lors d'un banquet célébrant la centième représentation. Rappelée à la Comédie-Française, elle y devient sociétaire en 1875 et enchaîne les grands rôles, dont Phèdre et Hernani. Mais en 1880, après un désaccord sur une pièce qu'elle juge médiocre, elle rompt avec l'institution, quitte à payer une lourde indemnité pour rupture de contrat.

Cette rupture marque le début d'une carrière indépendante. Sarah Bernhardt fonde sa propre compagnie et part en tournée à travers le monde jusqu'en 1917, s'imposant en Angleterre, aux États-Unis, en Russie, au Pérou et au Chili. Elle devient ainsi la première comédienne à connaître une célébrité véritablement internationale, ce qui lui vaut le surnom de « monstre sacré », forgé plus tard par Jean Cocteau.

Un héritage qui dépasse la scène

Actrice mais aussi peintre et sculptrice, Sarah Bernhardt a brouillé les frontières entre les genres en interprétant des rôles masculins, notamment Hamlet, ce qui inspirera à Edmond Rostand sa pièce L'Aiglon. Figure publique hors norme pour son époque, elle a incarné une forme nouvelle de célébrité, construite sur les tournées internationales et le culte de la personnalité, bien avant l'ère du cinéma. Son ascendance juive, par sa mère originaire d'Amsterdam, fait aujourd'hui partie intégrante de son histoire, telle que les biographes contemporains l'ont reconstituée à partir de documents d'état civil longtemps incomplets.

Sarah Bernhardt meurt à Paris en 1923. Ses obsèques rassemblent une foule considérable, parmi laquelle figure Ferdinand Foch, l'ancien soldat qu'elle avait soigné un demi-siècle plus tôt. Son nom reste aujourd'hui associé à plusieurs théâtres et institutions culturelles, témoins durables d'une carrière qui a redéfini la notion même de star internationale.

Questions fréquentes

Quelle est l'ascendance juive de Sarah Bernhardt ?
Sa mère, Judith-Julie Van Hard, dite Youle, était une jeune juive originaire d'Amsterdam, fille d'un marchand de spectacles itinérant hollandais et d'une mère allemande.
Pourquoi Sarah Bernhardt est-elle surnommée « la Voix d'or » ?
Victor Hugo lui donne ce surnom en 1872, après son triomphe dans le rôle de la Reine de Ruy Blas, à l'occasion d'un banquet célébrant la centième représentation de la pièce.
Pourquoi Sarah Bernhardt est-elle considérée comme la première star internationale ?
Elle est la première comédienne à avoir mené des tournées triomphales sur les cinq continents, de l'Angleterre aux États-Unis en passant par la Russie, le Pérou et le Chili.

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