Accusations d'antisémitisme contre Bardella : un ministre israélien monte au créneau
Mediapart a publié lundi des messages à caractère antisémite qu'il attribue à Jordan Bardella, rédigés alors qu'il était adolescent au sein du Front national. Le président du Rassemblement national dément et annonce une plainte, tandis qu'en Israël le ministre de la Diaspora Amichaï Chikli prend publiquement sa défense.

L'enquête publiée par Mediapart lundi 28 septembre attribue à Jordan Bardella des propos tenus dans des correspondances privées, affirmant notamment que « les banques appartiennent toutes à des Juifs » et que « le Juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les piller ». Le média affirme avoir authentifié ces échanges après plusieurs mois d'enquête, en s'appuyant sur des dizaines de messages et des témoignages. Les sources divergent légèrement sur l'âge de Bardella au moment des faits, entre 16 et 18 ans, mais situent toutes la période autour de 2013.
Des messages de 2013 au cœur de la polémique
La publication intervient quelques jours après que le Rassemblement national a remporté au moins 14 sièges aux élections sénatoriales, lui permettant pour la première fois de constituer un groupe parlementaire au Sénat. Jordan Bardella a dénoncé dès mardi des « faux grossiers » et évoqué une tentative d'« assassinat politique » visant à nuire à la candidature de Marine Le Pen à la présidentielle d'avril 2027. Il a annoncé le dépôt d'une plainte en diffamation contre Mediapart, évoquant également de possibles poursuites pour faux et usage de faux. Marine Le Pen, candidate du parti depuis la confirmation judiciaire de sa condamnation en juillet, a affiché son « entière confiance » dans son dauphin, pressenti pour Matignon en cas de victoire.
Le soutien inattendu d'un ministre israélien
Amichaï Chikli, ministre israélien de la Diaspora et de la Lutte contre l'antisémitisme, a pris la défense de Jordan Bardella sur X, le qualifiant d'« une des voix les plus claires en Europe contre le Hamas ». Il a rappelé sa visite au site du festival Nova et dans les localités proches de Gaza frappées le 7 octobre 2023, sa rencontre avec des survivants et son discours à Jérusalem contre l'antisémitisme, lors d'une conférence à laquelle le ministre l'avait invité en 2025. Chikli a aussi mis en avant l'annulation par Bardella d'une intervention à Washington après un geste de Steve Bannon qu'il avait jugé assimilable à un salut nazi. Le ministre s'en est pris directement à la direction de Mediapart, visant son cofondateur Edwy Plenel pour des écrits de jeunesse favorables à Septembre noir, l'organisation responsable de la prise d'otages de Munich en 1972, ainsi que l'actuelle présidente du média, Carine Fouteau, dont il critique les positions sur Israël. « Nous n'avons aucune confiance dans ceux qui passent leur vie d'adulte à combattre le droit du petit État juif à exister », a-t-il écrit.
En France, les réactions ont été vives dans les deux sens. Le président du Crif, Yonathan Arfi, y voit une illustration des « limites de la dédiabolisation » du parti. L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a rappelé l'héritage du Front national fondé notamment par un ancien Waffen-SS. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a jugé que l'affaire révélait « le vrai visage de l'extrême droite ». À gauche, Marine Tondelier a réclamé la démission de Bardella.
Une bataille judiciaire qui s'annonce longue
Mediapart maintient avoir authentifié les échanges et les avoir corroborés par des témoignages. Jordan Bardella conteste formellement en être l'auteur et dit vouloir engager des poursuites. La procédure en diffamation annoncée par ses avocats devra établir, pièce par pièce, l'authenticité ou non des messages publiés. Dans l'intervalle, le soutien affiché par un ministre israélien en exercice confère à cette controverse française une résonance diplomatique inhabituelle.
Questions fréquentes
- Que reproche Mediapart à Jordan Bardella ?
- Le site d'investigation lui attribue des messages privés datant de 2013, qu'il juge antisémites, envoyés alors qu'il était adolescent au Front national.
- Pourquoi un ministre israélien défend-il Bardella ?
- Amichaï Chikli met en avant les visites de Bardella en Israël, son discours contre l'antisémitisme à Jérusalem et sa position jugée ferme contre le Hamas.
- Quelle suite judiciaire est annoncée ?
- Jordan Bardella a fait savoir qu'une plainte en diffamation, et d'éventuelles poursuites pour faux, seraient déposées contre Mediapart.
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