Mossad en Iran : le récit d'un agent infiltré avant le sabotage de Malard
Une enquête du média persanophone Iran International révèle comment un ancien agent du Mossad, surnommé « Kia », aurait pénétré le système bancaire puis les télécommunications iraniennes sur plusieurs années. Ce réseau aurait ouvert la voie à l'explosion d'un centre de missiles à Malard en 2011 et à une tentative d'infiltration du site nucléaire de Natanz.

Le média Iran International, basé à Londres, publie le témoignage d'un ancien agent connu sous le pseudonyme « Kia », diplômé de l'université Imam Sadiq de Téhéran, établissement réputé proche des sphères religieuses et politiques du régime. Croisé avec des pièces bancaires, commerciales et judiciaires, son récit décrit une opération de longue haleine ayant permis au Mossad de s'implanter dans les circuits financiers puis dans les infrastructures télécoms iraniennes, avant de déboucher sur un sabotage meurtrier et sur une manœuvre visant les installations nucléaires de Natanz.
Une double entrée par les banques puis les télécoms
Selon Kia, tout débute vers 2008-2009, lorsqu'il se rapproche de Mehdi Naderi Jahromi, homme d'affaires fondateur de la société Tehran Internet et créateur de l'application Hafhashtad. À deux, ils auraient exploité des failles bancaires grâce à des lettres de crédit fictives et à des dépôts tournants, générant une marge proche de 13 %. Le dossier mentionne notamment la mobilisation de 300 pièces d'or Bahar Azadi, évaluées à environ 105 millions de tomans, dans l'un de ces montages.
Cet argent aurait servi de levier pour la suite : en février 2010, Naderi rachète pour près de 700 millions de tomans l'opérateur Ertebâtât-e Jâme-ye Novin. L'acquisition donne la main sur des centres de commutation sensibles, à Malard, non loin de la base de missiles de Bidganeh, et à Bouchehr, où se trouvent des installations navales et aériennes. Une partie du financement reposerait sur un détournement du trafic d'appels internationaux et sur la corruption de cadres de la Banque Post. Kia affirme qu'une portion des sommes ainsi dégagées aurait été répartie sur instruction de Qassem Soleimani, lors d'une réunion tenue dans les locaux de la société Zoha Kish Telecom.
La nuit de l'explosion de Malard
Le récit situe son point d'orgue dans la soirée du 20 Aban 1390 du calendrier persan, correspondant au 11 novembre 2011. Kia dit avoir reçu, à 12h30, une instruction du Mossad lui demandant d'effacer un fichier logé sur le serveur de commutation de Malard ainsi que les journaux associés. Vingt minutes après son intervention, une déflagration a été enregistrée par un institut sismologique international, d'une magnitude comparable à 2,2, vers 12h50. L'explosion, survenue sur la base de missiles Ghadir de Bidganeh, a coûté la vie à Hassan Tehrani Moghaddam, figure majeure du programme balistique des Gardiens de la révolution, et à au moins vingt-sept autres personnes.
Iran International relie ce même réseau à une opération visant Natanz. D'après Kia, deux serveurs IBM de modèle Z10 auraient transité par l'Allemagne, Dubaï puis le Tadjikistan avant de rejoindre le site nucléaire iranien. L'ancien agent assure avoir alerté les autorités allemandes, sans empêcher l'acheminement : une fois en place, ces machines auraient transmis des données au Mossad. Le média évoque aussi un volet resté sans suite, une prise de participation envisagée dans une banque tadjike avec un apport initial de 5 millions de dollars côté Banque Post, finalement abandonnée.
Ce que dit, et ne dit pas, l'enquête
Iran International précise avoir fondé son récit sur des documents commerciaux, bancaires et judiciaires croisés avec le témoignage direct de Kia. Aucune réaction officielle n'est rapportée, ni de Téhéran, ni d'Israël, ni du Mossad. Le canal Telegram « 301 l'Actualité du Monde Arabe » a relayé ces éléments le 2 octobre, remettant en lumière le parcours de ce diplômé devenu, selon ce récit, un maillon discret des opérations israéliennes contre des cibles stratégiques iraniennes.
Questions fréquentes
- Qui est l'agent surnommé « Kia » ?
- Selon Iran International, c'est un ancien agent du Mossad, diplômé de l'université Imam Sadiq de Téhéran, dont le témoignage sert de base principale à l'enquête.
- Que s'est-il passé à Malard en novembre 2011 ?
- Une explosion sur la base de missiles Ghadir de Bidganeh a tué Hassan Tehrani Moghaddam et au moins vingt-sept autres personnes, peu après, selon le récit, une intervention informatique attribuée au Mossad.
- Quel est le lien avec le site nucléaire de Natanz ?
- Deux serveurs IBM auraient été acheminés via l'Allemagne, Dubaï et le Tadjikistan jusqu'à Natanz, où ils auraient ensuite transmis des données, selon le témoignage rapporté.
Dossier Iran




