Élections du 27 octobre : Israël dans l'impasse, les tractations de coalition s'intensifient
Le scrutin du 27 octobre pour la 26e Knesset n'a dégagé de majorité claire ni pour le bloc de Benjamin Netanyahou, ni pour celui de ses opposants. Les tractations de coalition s'engagent dans un climat tendu, marqué par la percée des partis arabes et le rôle désormais central des partis orthodoxes sur la question de la conscription.

Le Likoud arrive en tête des partis, mais ni la coalition sortante de Benjamin Netanyahou ni le bloc rival, rassemblant notamment le parti Yashar du général Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Avigdor Liberman, Yair Lapid et Yair Golan, ne disposent d'une majorité à la Knesset. Résultat : aucune formation de gouvernement ne peut se faire sans l'appoint d'autres forces, qu'il s'agisse des partis orthodoxes ou des partis arabes.
Un scrutin sans vainqueur clair
Le commentateur Jean-Pierre Lledo, dans Kountrass, souligne la ressemblance de ce scrutin avec celui de mars 2020, lorsque ni Netanyahou ni Benny Gantz n'avaient pu réunir de majorité et où le soutien éventuel des partis arabes avait été au cœur des tractations. L'éditorialiste du Jerusalem Post George Birnbaum relève de son côté que la participation élevée dans les localités arabes a produit un total de sièges « historiquement important », donnant à ces partis un poids réel dans les négociations à venir. Pour Birnbaum, la politique israélienne, organisée depuis 2018-2019 autour du seul clivage pour ou contre Netanyahou, a atteint ses limites : les formations qui se définissaient par leur opposition au Premier ministre doivent désormais dire ce pour quoi elles gouvernent, et non plus seulement contre qui.
Les orthodoxes, arbitres de la coalition
La question de la conscription des étudiants de yechivoth s'est imposée comme un enjeu central des tractations. Des voix, y compris dans les médias, évoquent la possibilité d'un accord entre les partis orthodoxes et le bloc du changement sur un statut régularisé des étudiants de la Tora. Cette perspective a déclenché une offensive de responsables du Likoud. Le président de la coalition Ofir Katz et le ministre de la Culture Miki Zohar ont dénoncé ce qu'ils présentent comme un revirement du camp d'en face, accusé d'avoir fait de la conscription orthodoxe l'enjeu existentiel de la campagne avant de négocier un accord avec les mêmes partis. Le porte-parole du Likoud Guy Levy a qualifié d'« unique valeur stable » de la gauche son opposition à Netanyahou, tandis que le commentateur Amit Segal a ironisé sur le changement de discours envers les orthodoxes depuis le scrutin. Tuvia Smotrich a pour sa part mis en garde le public orthodoxe contre une alliance avec la gauche, l'invitant à juger les « motifs » plutôt que les seules propositions. Ces mises en garde ne s'accompagnent toutefois, selon Kountrass, d'aucune proposition concrète de la droite pour régler durablement le statut des étudiants de la Tora, un grief que les partis orthodoxes nourrissent de longue date envers leurs partenaires habituels.
Vers une union nationale ou de nouvelles élections
Face à l'impasse, plusieurs voix plaident pour un gouvernement d'union plutôt qu'une nouvelle crise électorale. Dans le Jerusalem Post, Aryeh Green appelle Netanyahou, Eisenkot, Bennett, Liberman et Lapid à revenir sur leur refus de siéger ensemble, en échange d'un accord écrit portant sur la sécurité face à l'Iran, le service national universel, une réforme judiciaire négociée et une enquête indépendante sur les défaillances du 7 octobre. Il propose que Netanyahou reste Premier ministre deux ans avant de quitter la vie politique, avec une rotation au profit d'Eisenkot. Selon Kountrass, Eisenkot avait pourtant déclaré préférer démissionner plutôt que de s'allier aux partis arabes, position que son colistier Yair Golan n'exclut pas de remettre en cause. Les prochains jours diront si le bloc du changement choisit l'union nationale avec Netanyahou, un accord avec les partis arabes, ou si l'absence de majorité ramène le pays vers de nouvelles élections.
Questions fréquentes
- Pourquoi aucun gouvernement ne peut-il se former immédiatement ?
- Ni le bloc de Benjamin Netanyahou ni celui mené par Gadi Eisenkot et ses alliés n'ont réuni de majorité à la Knesset, obligeant à des tractations avec les partis orthodoxes ou arabes.
- Quel est l'enjeu principal des négociations avec les partis orthodoxes ?
- La régularisation du statut des étudiants de yechivoth face à la conscription, question centrale de la campagne qui redevient un objet de négociation après le scrutin.
- Une union nationale est-elle envisagée ?
- Des éditorialistes proposent une coalition élargie associant Netanyahou et ses opposants, avec une rotation à la tête du gouvernement, mais aucun accord n'est encore conclu.
Dossier Élections israéliennes 2026



