Port d'Eilat : trois ans après les premières attaques houthies, le trafic maritime reste paralysé
Trois ans après les premières attaques houthies contre les navires liés à Israël, le port d'Eilat reste largement coupé des routes commerciales internationales, selon une analyse du Jerusalem Post. Les compagnies maritimes n'ont toujours pas repris leurs escales directes malgré les frappes répétées de Tsahal au Yémen. La nouvelle offensive houthie sur le détroit de Bab el-Mandeb, qui menace désormais aussi l'Arabie saoudite, ouvre pour Israël une fenêtre diplomatique inédite.

Le constat dressé par le Jerusalem Post est sans appel : depuis novembre 2023, date des premières attaques houthies contre des navires liés à Israël, le port d'Eilat n'a jamais retrouvé son niveau d'activité d'avant-guerre. En 2023, il avait enregistré 132 escales et déchargé environ 150 000 véhicules. En 2024, seulement 16 navires y ont fait escale, et aucun véhicule n'y a été déchargé. Les recettes du port, qui atteignaient environ 212 millions de shekels en 2023, ont chuté d'environ 80 % l'année suivante.
Le trafic maritime toujours interrompu à Eilat
Un contournement a été mis en place cette année via le port jordanien d'Aqaba : les grands transporteurs de véhicules y déchargent leur cargaison, ensuite acheminée vers Eilat par de plus petits navires. Ce dispositif a permis de décharger 5 905 véhicules en mars et 3 142 en avril, mais la ligne directe depuis l'Est n'a pas repris. Les compagnies maritimes internationales continuent d'éviter le port, une prime de risque étant intégrée par les assureurs dès qu'une destination ou un navire est perçu comme une cible potentielle. Devant la commission des Affaires économiques de la Knesset en juin, le député Oded Forer a dénoncé l'absence d'objectif gouvernemental clair pour rouvrir la route maritime. « Peu importe qui exploite le port. Si les navires n'y entrent pas, il n'y aura pas de port », a-t-il déclaré. Le maire d'Eilat, Eli Lankri, a de son côté estimé que le port était quasiment à l'arrêt. Selon les chiffres présentés lors des débats parlementaires, la dette du port atteignait environ 30 millions de shekels début 2026, avec un déficit mensuel d'environ 5 millions de shekels. Un plan de subvention des transporteurs de véhicules, prévoyant environ 500 000 dollars par navire pour attirer quatre bateaux par mois pendant trois mois, pour un coût total de 21 millions de shekels, n'a finalement pas été mis en œuvre. La concession de l'opérateur actuel expire en 2028, sans que le modèle d'exploitation futur ait été arrêté.
L'Arabie saoudite prise en étau à son tour
La progression houthie le long de la côte de la mer Rouge, qui a permis aux rebelles de prendre le contrôle de Mocha, de l'île de Perim et des îles Hanish, transforme désormais la menace en enjeu stratégique pour l'Arabie saoudite elle-même. Un drone a été intercepté le 15 septembre près de La Mecque, présenté par Riyad comme « une ligne rouge » par le porte-parole de la coalition arabe, le général Turki Al-Malki. Les Houthis revendiquent également des frappes contre la base aérienne du roi Khaled, à Khamis Mushait, tandis qu'une attaque, imputée à une milice irakienne proche de l'Iran, a visé l'oléoduc est-ouest saoudien. Selon une source proche du gouvernement saoudien citée par le Jerusalem Post, Riyad se sent « encerclé par le sud, le nord et l'est ». Le président américain Donald Trump a pour l'instant refusé de frapper les Houthis, tandis que des responsables américains ont rencontré à Oman des représentants du mouvement, qui se seraient engagés à ne pas viser les navires américains.
Vers une coopération israélo-saoudienne inédite
Selon des diplomates régionaux cités par le Jerusalem Post, Israël apporte déjà une assistance au renseignement à l'Arabie saoudite face aux Houthis, avec une médiation du CENTCOM américain. Le prince héritier Mohammed ben Salmane s'est rendu au Caire cette semaine pour des entretiens avec le président égyptien, après une réunion tenue en Allemagne réunissant le CENTCOM ainsi que des responsables israéliens et arabes. Pour Israël, la difficulté saoudienne face aux Houthis crée une opportunité nouvelle : associer un effort régional autour de Bab el-Mandeb à la restauration du trafic commercial vers Eilat. Aucune décision gouvernementale n'a toutefois défini, à ce jour, la réouverture de la ligne maritime comme un objectif de sécurité et de politique étrangère à part entière.
Questions fréquentes
- Pourquoi le port d'Eilat reste-t-il fermé au trafic direct ?
- Depuis novembre 2023, les compagnies maritimes évitent la route directe vers Eilat en raison du risque d'attaques houthies, malgré les frappes israéliennes au Yémen et l'absence de blocage physique total du détroit.
- Comment les véhicules arrivent-ils tout de même à Eilat ?
- Depuis 2026, les grands transporteurs déchargent à Aqaba, en Jordanie, d'où les véhicules sont réacheminés vers Eilat par de plus petits navires.
- L'Arabie saoudite et Israël coopèrent-ils face aux Houthis ?
- Selon des diplomates régionaux, Israël fournit un appui en renseignement à Riyad via une médiation du CENTCOM américain, sans que cela constitue une coopération officielle annoncée.
Dossier Houthis et mer Rouge



