Décryptage
Netanyahou « toxique » : ce qu'écrit Al Jazeera, ce que disent les faits
Al Jazeera affirme que l'opposition israélienne attribue à Benjamin Netanyahou l'érosion du soutien américain après la victoire démocrate au Congrès. Les documents de référence israéliens et la propre tribune du vice-président JD Vance montrent une réalité plus nuancée, où la guerre contre l'Iran et l'inflation pèsent au moins autant que la question israélienne.

Ce qu'écrit Al Jazeera
Dans trois articles publiés le 5 novembre, Al Jazeera English rapporte que l'opposition israélienne impute à Benjamin Netanyahou l'effritement du soutien américain à Israël, après la victoire démocrate aux élections de mi-mandat du Congrès. Yair Lapid affirme qu'« Israël ne peut pas se permettre » que Netanyahou reste au pouvoir, estimant que cela « met en péril notre sécurité ». Yair Golan juge que le scrutin américain montre « à quel point Netanyahou est devenu toxique » auprès des Démocrates comme des Républicains. Gadi Eisenkot, chef de file de l'opposition, promet de renouer le partenariat bipartisan avec Washington s'il accède au pouvoir. Le média relie ces déclarations à l'arrêt annoncé par Donald Trump de 4 milliards de dollars d'aide annuelle à Israël.
Ce que disent les faits
Les documents consultés dessinent un tableau plus complexe. Dans une tribune relayée par Kountrass, le vice-président américain JD Vance explique que la défection des électeurs républicains tient à quatre causes distinctes : la poursuite de la guerre contre l'Iran, l'inflation et le coût de la vie, l'éloignement du principe « l'Amérique d'abord », et la relation avec Israël, ce dernier facteur n'étant qu'un parmi quatre. Vance cite lui-même Donald Trump affirmant, le soir du scrutin, que la raison de la défaite est la guerre.
Israel Hayom rapporte un constat similaire : selon des sondages de sortie des urnes cités par NBC News, plus de 80 % des électeurs se disaient préoccupés par le coût de la vie avant toute considération liée à Israël. Le sénateur Ted Cruz qualifie la défaite de « réprimande de niveau Watergate », l'attribuant aux tarifs douaniers, à la guerre contre l'Iran et aux difficultés économiques des électeurs.
Le soutien bipartisan à Israël n'a par ailleurs pas disparu du Congrès. Al Jazeera note elle-même que l'AIPAC a félicité 234 candidats pro-israéliens, démocrates et républicains, qui ont remporté leur siège. JForum rapporte la victoire d'Elaine Luria, démocrate juive soutenue par le Democratic Majority for Israel, dans une circonscription de Virginie, gagnée sur les enjeux de pouvoir d'achat.
Sur le plan israélien, le président Isaac Herzog a certifié les résultats du scrutin du 27 octobre et entamé ses consultations, sans qu'aucun camp ne dispose d'une majorité claire : 53 sièges pour le bloc de Netanyahou, 48 pour celui d'Eisenkot, 19 pour les partis arabes. La commission électorale israélienne a annoncé n'avoir trouvé « aucune preuve d'irrégularités » après les accusations de fraude formulées par Netanyahou et ses soutiens.
Ce qui n'est pas dit
Les articles d'Al Jazeera ne précisent pas que la rupture entre Netanyahou et l'Union de la Torah unifiée, qui a refusé pour la première fois depuis 2009 de le recommander, tient à un désaccord interne sur l'exemption du service militaire des étudiants religieux, et non à la politique étrangère américaine. Le texte consacré au « blame game » cite pourtant lui-même le politologue Shibley Telhami, selon qui l'image dégradée d'Israël aux États-Unis ne changerait pas même avec un nouveau gouvernement sans Netanyahou, une nuance qui affaiblit l'argument selon lequel son départ suffirait à restaurer la relation bilatérale.
Les consultations menées par le président Herzog se poursuivent. Il doit encore désigner le candidat chargé de former le prochain gouvernement, qui disposera de 28 jours, prolongeables de 14, faute de quoi de nouvelles élections seraient convoquées au début de l'année prochaine.
Questions fréquentes
- Pourquoi les Républicains ont-ils perdu les élections de mi-mandat selon JD Vance ?
- Selon la tribune du vice-président relayée par Kountrass, quatre causes expliquent la défaite : la guerre contre l'Iran, l'inflation, l'éloignement du principe America First, et la relation avec Israël.
- Le soutien bipartisan à Israël a-t-il disparu du Congrès américain ?
- Non. L'AIPAC indique que 234 candidats pro-israéliens, démocrates et républicains, ont remporté leur siège lors de ce scrutin, selon Al Jazeera.
- Où en sont les tractations pour former le prochain gouvernement israélien ?
- Le président Isaac Herzog a entamé ses consultations après avoir certifié les résultats du 27 octobre, aucun bloc ne disposant d'une majorité claire au Parlement.
Dossier Élections israéliennes 2026





