Élections en Israël : un Likoud affaibli, un échiquier politique fragmenté
Deux jours après le scrutin du 27 octobre, le dépouillement confirme un Likoud en recul et un Shas en déroute historique. Aucun bloc n'atteint la majorité de 61 sièges à la Knesset, et les tractations pour former un gouvernement s'annoncent longues.

Le scrutin législatif israélien du 27 octobre s'est tenu malgré les menaces du Hamas d'y faire obstacle. Selon Tribune Juive, plus de 77 % des électeurs se sont déplacés, un taux de participation inédit depuis 1999. Trois ans après le 7 octobre, ce rendez-vous démocratique s'est déroulé dans le calme, alors même qu'Israël reste engagé sur plusieurs fronts.
Un Likoud en tête mais affaibli
Le Likoud de Benjamin Netanyahou arrive en tête avec 27 sièges, mais en net recul. Son principal rival, Yashar, le parti de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, obtient 22 sièges. Le bloc de droite, droite nationaliste et partis religieux confondus, ne rassemble que 54 sièges contre 68 lors de la précédente mandature, selon Tribune Juive. En face, l'opposition de centre et de gauche en totalise 48. Aucune de ces deux configurations ne permet de franchir le seuil de 61 sièges nécessaire pour gouverner.
Le Shas subit l'une des pires défaites de son histoire
Le parti haredi Shas, dirigé par Arye Deri, s'effondre à six sièges, contre onze en 2022, selon les décomptes rapportés par le Jerusalem Post. Le parti est passé d'environ 393 000 voix en 2022 à près de 275 000 voix cette fois, soit une chute d'environ 30 % de son électorat. Plusieurs responsables du parti attribuent cet échec à la ligne jugée trop radicale adoptée sur l'enrôlement des étudiants de yeshiva dans Tsahal, notamment les prises de position du rabbin Yitzhak Yosef, qui avait appelé les haredim à ne pas se présenter aux bureaux de recrutement. L'ancien ministre Shlomo Benizri estime que Deri porte une responsabilité directe, évoquant un électorat traditionnel qui a basculé vers le Likoud. D'autres voix, comme le commentateur Barak Seri, parlent d'un « échec complet » du chef du parti. En interne, des cadres de Shas évoquent une « révolution » et un redémarrage du parti, tout en écartant l'hypothèse d'un départ de Deri.
Les partis arabes en position d'arbitres
La Liste unifiée et Ra'am totalisent ensemble 18 sièges, un score qui reflète, selon Tribune Juive, une mobilisation particulièrement forte des citoyens arabes d'Israël malgré les divergences idéologiques entre les deux formations, l'une à ligne nationaliste et laïque, l'autre islamiste et pragmatique. Ce poids inédit en fait des acteurs incontournables dans les calculs de coalition, à l'image du précédent créé par le gouvernement Bennett en 2021.
Vers quelle coalition ?
Le président Yitzhak Herzog devra désigner le candidat jugé le plus à même de réunir une majorité, sans que ce choix revienne nécessairement au chef du parti arrivé en tête. Plusieurs scénarios restent ouverts : un gouvernement d'union nationale, une alliance tactique incluant les partis arabes, ou un retour aux urnes faute d'accord, Netanyahou assurant dans ce cas la gestion des affaires courantes. À l'international, les capitales de la région, de Riyad au Caire en passant par Ankara, suivent les négociations sans attendre leur issue pour ajuster leurs propres positions, qu'il s'agisse du dossier de Gaza ou de la menace nucléaire iranienne.
Questions fréquentes
- Pourquoi le Shas a-t-il perdu autant de sièges ?
- Selon des responsables du parti cités par le Jerusalem Post, la ligne hardline sur l'enrôlement des haredim dans Tsahal, portée notamment par le rabbin Yitzhak Yosef, a fait fuir l'électorat traditionnel vers le Likoud.
- Qui décide qui formera le prochain gouvernement ?
- C'est le président Yitzhak Herzog qui désignera le candidat ayant la meilleure chance de réunir une coalition de 61 sièges, un choix qui ne revient pas automatiquement au chef du parti arrivé en tête.
- Que se passe-t-il si aucune coalition ne se forme ?
- Selon Tribune Juive, un échec des négociations pourrait conduire à de nouvelles élections, Benjamin Netanyahou continuant alors à gérer les affaires courantes.



