Sarah Bernhardt, de l'orphelinat mondain à la scène planétaire

Née le 22 octobre 1844 à Paris d'une mère juive d'Amsterdam, Sarah Bernhardt est devenue l'une des plus grandes actrices de son siècle. Surnommée « la Voix d'or » par Victor Hugo, elle fut la première comédienne à triompher sur les cinq continents.

4 min de lecturePar la rédaction
Sarah Bernhardt, de l'orphelinat mondain à la scène planétaire
Photo : Kirandeep Singh Walia / Pexels

Sarah Bernhardt voit le jour le 22 octobre 1844 à Paris, au domicile d'une sage-femme situé alors place de l'École-de-Médecine. Sa mère, Judith-Julie Van Hard, dite « Youle », est une jeune Juive d'Amsterdam, fille d'un marchand de spectacles itinérant hollandais et d'une mère allemande. Arrivée en France, elle exerce d'abord le métier de modiste au Havre avant de devenir courtisane à Paris, sous le nom de Julie Bernhardt. Le père de Sarah, Édouard Viel, avoué havrais, n'a jamais été reconnu publiquement par l'actrice, qui a longtemps caché son identité. Ce n'est qu'en 2022 que ses origines ont pu être établies avec certitude grâce à la redécouverte d'un extrait de naissance de 1857.

La date exacte de naissance de Sarah Bernhardt a longtemps prêté à confusion, en raison de la destruction des archives de l'état civil parisien en 1871. Une plaque commémorative indique même, à tort, le 25 octobre. Pour obtenir la nationalité française et la Légion d'honneur en 1914, l'actrice avait dû faire établir un acte de naissance rétrospectif fondé sur son certificat de baptême, document aujourd'hui reconnu comme comportant plusieurs erreurs.

Une enfance solitaire, entre couvent et vocation naissante

Délaissée par une mère tournée vers la vie mondaine, la petite Sarah passe ses premières années chez une nourrice à Quimperlé, où elle ne parle que le breton. En 1853, elle est envoyée en pension au couvent du Grandchamp, à Versailles, où elle étudie jusqu'en 1858. Elle y devient mystique, reçoit le baptême chrétien en 1856 et envisage un temps de prendre le voile. C'est également au couvent qu'elle joue son tout premier rôle, celui d'un ange dans un spectacle religieux.

Une pleurésie la laisse entre la vie et la mort pendant plusieurs semaines selon ses Mémoires, épreuve qui lui donnera, dit-on, ce goût pour le macabre qui marquera sa vie privée comme son jeu de scène. De retour à Paris en convalescence, elle voit son destin basculer lorsque, lors d'un conseil de famille, il est suggéré de l'inscrire au Conservatoire. Le soir même, elle assiste à une représentation au Théâtre-Français dans une loge ducale : c'est là, dit-elle, qu'elle découvre sa vocation de comédienne.

Des débuts tumultueux à la gloire de la Comédie-Française

Sarah Bernhardt entre en 1859 au Conservatoire d'art dramatique de Paris, dans la classe de Jean-Baptiste Provost. Reçue avec un second prix de comédie en 1862, elle intègre la Comédie-Française mais en est renvoyée en 1866, après avoir giflé une sociétaire qui avait bousculé sa sœur. Mère célibataire, elle traverse alors une période où elle se laisse entretenir par des clients généreux, afin d'élever son fils Maurice et de financer les accessoires et costumes que les actrices devaient à l'époque payer elles-mêmes.

Engagée à l'Odéon en 1866, elle s'y révèle en 1869 dans Le Passant de François Coppée. La guerre franco-allemande de 1870 interrompt sa carrière : elle obtient que l'Odéon soit transformé en hôpital de campagne et demande elle-même à faire brûler décors et sièges pour réchauffer les blessés. Parmi eux se trouve un jeune polytechnicien nommé Ferdinand Foch, à qui elle offre une photographie dédicacée. Les deux se retrouveront durant la Première Guerre mondiale, et le maréchal figurera parmi les premiers présents à ses obsèques en 1923.

Son triomphe dans Ruy Blas, en 1872, lui vaut d'être surnommée « la Voix d'or » par Victor Hugo lui-même, lors d'un banquet célébrant la centième représentation. Ce succès la ramène à la Comédie-Française, où elle devient sociétaire en 1875 et brille dans Phèdre puis Hernani.

L'indépendance et la conquête du monde

En 1880, un désaccord sur une pièce jugée médiocre pousse Sarah Bernhardt à démissionner de la Comédie-Française, au prix d'une lourde indemnité pour rupture de contrat. Elle fonde alors sa propre compagnie et entame des tournées internationales qui dureront jusqu'en 1917, en Angleterre, aux États-Unis, au Pérou, au Chili et en Russie. Elle devient ainsi la première comédienne à triompher sur les cinq continents, ce qui vaut à Jean Cocteau de forger pour elle l'expression de « monstre sacré ».

Ses interprétations de rôles masculins, notamment Hamlet, marquent les esprits et inspirent à Edmond Rostand sa pièce L'Aiglon en 1900. Sa notoriété est telle qu'en 1881, lors d'une tournée en Russie, le jeune Anton Tchekhov, alors chroniqueur, ironise sur l'engouement des journalistes à son égard, tout en saluant l'ampleur de sa renommée à travers le monde.

Un héritage qui dépasse la scène

Surnommée tour à tour « la Divine » ou « l'Impératrice du théâtre », Sarah Bernhardt reste, plus d'un siècle après sa mort en 1923, une référence pour l'histoire du spectacle. Sa capacité à s'imposer comme figure internationale, à une époque où peu de femmes accédaient à une telle notoriété, en fait une pionnière du star-système. Son ascendance juive, du côté maternel, s'inscrit dans la longue histoire des artistes juifs ayant marqué la culture européenne, sans que les sources ne permettent d'en dire davantage sur sa pratique religieuse personnelle, l'actrice ayant elle-même été baptisée et élevée dans la foi catholique.

Questions fréquentes

Quelle est la date de naissance de Sarah Bernhardt ?
Elle est née le 22 octobre 1844 à Paris, bien que cette date ait longtemps été débattue et parfois indiquée à tort comme le 25 octobre.
Quelle était l'ascendance de la mère de Sarah Bernhardt ?
Sa mère, Judith-Julie Van Hard, dite Youle, était une jeune Juive d'Amsterdam, fille d'un marchand de spectacles itinérant hollandais et d'une mère allemande.
Pourquoi Sarah Bernhardt a-t-elle quitté la Comédie-Française en 1880 ?
Elle a démissionné après un désaccord sur une pièce qu'elle jugeait médiocre, préférant fonder sa propre compagnie pour partir en tournée internationale.

Sources : Wikipédia

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