Décryptage

Arrestation d'Abed Abou Shhadeh : ce qu'affirme Al Jazeera, ce que dit la procédure

Al Jazeera et le groupe de défense Adalah affirment que l'arrestation du journaliste Abed Abou Shhadeh vise à museler les voix palestiniennes après son entretien avec Azmi Bishara. Le récit de l'agence elle-même contient pourtant des éléments qui nuancent cette thèse : un soupçon judiciaire précis, une procédure encadrée par un tribunal et des arguments de la défense rapportés par la presse israélienne.

3 min de lecturePar la rédaction
Arrestation d'Abed Abou Shhadeh : ce qu'affirme Al Jazeera, ce que dit la procédure
Photo : Illustration générée par IA

Le journaliste Abed Abou Shhadeh, citoyen palestinien d'Israël et animateur du podcast al-Midan pour le site Arab48, a été arrêté dans la nuit de mardi à mercredi lors d'une perquisition à son domicile de Jaffa. Le tribunal de première instance de Tel-Aviv a prolongé sa détention jusqu'au dimanche 8 novembre.

Ce qu'écrit Al Jazeera

Al Jazeera rapporte que l'arrestation fait suite à un entretien qu'Abou Shhadeh a mené au Qatar avec l'intellectuel palestinien Azmi Bishara, ancien député de la Knesset pour Balad. Le groupe de défense des droits Adalah, qui fait partie de l'équipe d'avocats du journaliste, qualifie les poursuites de fabriquées. Son fondateur, Hassan Jabareen, affirme : « There is no evidence that [Abou Shhadeh] received money from anyone. » Une avocate d'Adalah, Hadeel Abu Salih, va plus loin en déclarant que la procédure « is a campaign to silence Palestinian journalists and political activists ». Selon Al Jazeera, Jabareen relie directement l'arrestation au contexte électoral, les partis arabes ayant réalisé des gains record lors du scrutin, et accuse le chef du Shin Bet et le premier ministre Netanyahou de vouloir disqualifier les voix arabes d'une future coalition.

Ce que disent les faits

Le récit d'Al Jazeera précise lui-même que la police n'a pas arrêté Abou Shhadeh pour avoir simplement donné un entretien : elle a demandé une prolongation de détention sur un soupçon qualifié par les enquêteurs de « contact with a foreign agent », un chef d'accusation distinct de la tenue d'une interview publique. L'affaire a été examinée par un tribunal, qui a fixé une date précise de réexamen, le 8 novembre, et la défense dispose d'une voie d'appel qu'Adalah annonce vouloir emprunter. Le quotidien israélien Israel Hayom, cité par Al Jazeera, rapporte que les avocats d'Abou Shhadeh ont eux-mêmes expliqué devant le tribunal qu'il exerçait le journalisme depuis environ six ans, que l'entretien n'était « pas une rencontre secrète » et que les enquêteurs détenaient déjà son téléphone et son ordinateur, ce qui limitait selon eux le risque d'entrave à l'enquête. Ces éléments, mentionnés par Al Jazeera lui-même, montrent que la défense a dû argumenter devant un juge sur la nature du dossier, ce qui suppose l'existence d'une procédure contradictoire et non d'une simple décision administrative.

Ce qui n'est pas dit

Le texte d'Al Jazeera présente l'intégralité des accusations de campagne politique via la voix d'Adalah, qui est à la fois la source citée et l'équipe de défense du journaliste concerné : aucune déclaration indépendante de la police ou du parquet israélien n'est reproduite pour détailler le contenu exact du soupçon de « contact with a foreign agent ». L'article indique aussi, au conditionnel, que le chef du Shin Bet, David Zini, aurait cherché à interroger plusieurs dirigeants de partis arabes, dont Mansour Abbas, Ahmad Tibi et Sami Abu Shehadeh, un parent du journaliste détenu, sans que cette information soit confirmée de façon indépendante dans le texte. Enfin, l'affirmation selon laquelle l'interrogatoire a porté « solely » sur l'entretien avec Bishara est présentée comme la version des avocats du journaliste, non comme un fait établi par une source policière ou judiciaire.

La prochaine étape est fixée au dimanche 8 novembre, date à laquelle le tribunal de Tel-Aviv doit se prononcer sur la suite de la détention d'Abed Abou Shhadeh, tandis qu'Adalah a annoncé son intention de faire appel de la décision.

Questions fréquentes

Pourquoi Abed Abou Shhadeh a-t-il été arrêté ?
Selon Al Jazeera, la police le soupçonne de « contact with a foreign agent », un chef d'accusation distinct du simple fait d'avoir interviewé Azmi Bishara.
Que répond la défense du journaliste ?
Le groupe Adalah, membre de son équipe d'avocats, affirme que les charges sont fabriquées et qu'aucune preuve de financement étranger n'a été trouvée lors de la perquisition.
Quand la détention doit-elle être réexaminée ?
Le tribunal de Tel-Aviv a fixé la prochaine audience au dimanche 8 novembre, et Adalah a annoncé vouloir faire appel.

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