Ingérence étrangère : le Mossad épaule le Shin Bet dans l'enquête électorale
Le Shin Bet, désormais appuyé par le Mossad, enquête sur de possibles financements du Qatar et de la Turquie destinés à influencer le vote arabe israélien lors des élections législatives du 27 octobre. Le président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, a ordonné cette investigation après la découverte d'enveloppes d'argent liquide et de cartes carburant distribuées dans le Néguev. Doha et Ankara démentent toute ingérence, tandis que la droite se mobilise dans la rue.

Le Mossad va transmettre directement au Shin Bet son évaluation des soupçons d'ingérence étrangère pesant sur les élections législatives du 27 octobre, confirme une source officielle. L'agence de renseignement extérieur intervient à la demande du Shin Bet, qui enquête depuis plusieurs jours sur des transferts de fonds suspects, estimés à plusieurs dizaines de millions de shekels selon Ynet, susceptibles d'avoir visé à faire grimper artificiellement la participation électorale dans le secteur arabe.
Une enquête ouverte sur ordre du juge Sohlberg
L'investigation a été déclenchée par une lettre du président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, adressée au chef du Shin Bet David Zini. « L'intégrité des élections est au cœur de la démocratie », a-t-il écrit, tout en précisant ne pas pouvoir juger lui-même du fond des accusations. Selon Dean Livne, directeur général par intérim de la Commission, les renseignements classifiés à l'origine de cette décision n'ont été partagés qu'avec Benjamin Netanyahou, Yair Lapid et Gadi Eisenkot. Livne insiste : l'enquête ne vise aucune communauté en particulier et ne remettra pas en cause les résultats déjà transmis. La chaîne Channel 13 rapporte que les enquêteurs cherchent à savoir si des fonds ont circulé via des bureaux de change, en empruntant des circuits déjà identifiés par le passé pour des transferts liés au terrorisme.
Ce dossier de financement étranger se double d'une enquête policière distincte sur des soupçons d'achat de voix au profit du parti Raam. Trois suspects ont été arrêtés le jour du scrutin dans la région de Segev Shalom et d'Ar'ara, avec saisie d'enveloppes contenant des dizaines de milliers de shekels et des bulletins de vote. Quatre autres arrestations ont porté le total à sept, selon Channel 13, et la police examine l'hypothèse d'une distribution de cartes carburant contre des voix, éventuellement liée à des directeurs d'école de la société arabe, selon Walla. Israel Hayom, qui a interrogé les compagnies pétrolières, n'a toutefois relevé aucun volume anormal de ravitaillement, ni au niveau national ni dans le Néguev. Raam dément toute irrégularité et dénonce une volonté de réprimer le vote arabe.
Le Qatar et la Turquie rejettent les accusations
Sollicité par Ynet, le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a opposé un démenti sans ambiguïté, dénonçant une « campagne de désinformation » visant à mêler Doha aux querelles politiques israéliennes. Ankara a tenu des propos similaires, qualifiant les accusations relayées par certains médias de « totalement infondées ». Les deux pays affirment qu'aucune preuve tangible n'a été rendue publique à ce stade.
Le ministre des Communications Shlomo Karhi est allé plus loin, évoquant une tentative d'« États ennemis » de conquérir Israël de l'intérieur via une « cinquième colonne ». Une affirmation que les enquêteurs n'ont, à ce stade, pas établie. Le Likoud accuse de son côté les partis arabes d'avoir « volé l'élection » et dit avoir déposé des centaines de témoignages auprès de la police et du Shin Bet, sans que les enquêteurs n'aient pour l'heure confirmé ces accusations de fraude.
La droite se mobilise, la procédure se poursuit
Samedi soir, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées place Habima à Tel-Aviv à l'appel de Berl'e Krombi, président du mouvement Komah, qui a accusé des États étrangers d'avoir investi des sommes considérables pour faire tomber Benjamin Netanyahou. Il a promis que « nous n'accepterons pas que notre voix soit volée ». Un rassemblement concurrent, favorable à une coalition incluant les partis arabes, s'est également tenu, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.
Les autorités précisent que cette enquête ne retardera ni la publication des résultats définitifs du scrutin ni l'ouverture des pourparlers de coalition. Les conclusions du Mossad et du Shin Bet devront être soumises au juge Sohlberg, seul habilité à en tirer d'éventuelles conséquences sur le plan électoral.
Questions fréquentes
- Pourquoi le Mossad intervient-il dans cette enquête ?
- Le Shin Bet a demandé son aide pour les volets relevant de ses compétences, notamment pour déterminer si des gouvernements étrangers comme le Qatar ont participé au financement d'opérations d'influence.
- Qatar et Turquie reconnaissent-ils une ingérence ?
- Non. Les deux pays ont formellement démenti toute implication, dénonçant une campagne de désinformation visant à les mêler aux disputes politiques internes israéliennes.
- Cette enquête remet-elle en cause les résultats des élections ?
- Non. La Commission électorale centrale a précisé que le scrutin s'était déroulé légalement et qu'il n'existait, à ce stade, aucun élément démontrant une fraude systématique.
Dossier Élections israéliennes 2026



