Soupçons de financement qatari : le Shin Bet enquête sur les élections israéliennes

Après le scrutin du 29 octobre, des soupçons de financement qatari destiné à gonfler la participation arabe ont déclenché une crise politique en Israël. Le président du Comité central des élections a ordonné une enquête d'urgence au Shin Bet, tandis que Doha dément « catégoriquement » toute ingérence.

3 min de lecture6 vuesPar la rédaction
Soupçons de financement qatari : le Shin Bet enquête sur les élections israéliennes
Photo : Illustration générée par IA

Le scrutin législatif du 29 octobre a débouché sur une polémique inédite. Les listes arabes ont remporté un nombre record de 19 sièges, tandis que le bloc de Benyamin Netanyahou obtient 53 sièges et le bloc d'opposition mené par Gadi Eisenkot 48, aucun des deux n'atteignant la majorité de 61 sièges. C'est dans ce contexte de blocage que le Likoud a dénoncé une "affaire Raamgate", évoquant des élections "volées" par un financement étranger qui aurait artificiellement dopé la participation dans la société arabe.

Les faits établis par les premières vérifications

Le juge Noam Sohlberg, président du Comité central des élections, a écrit au chef du Shin Bet David Zini pour demander une enquête urgente sur de "graves soupçons d'influence indue sur les élections par un financement étranger d'acteurs extérieurs agissant contre les intérêts israéliens". Il a précisé ne pas pouvoir attester de la nature de ces soupçons, mais a jugé leur caractère transnational suffisant pour justifier une vérification approfondie, avec des conclusions attendues sous une semaine, avant l'échéance de dépôt des recours électoraux.

Le Shin Bet a lui-même appelé à la prudence, précisant que son enquête n'était pas terminée et que toute déclaration sur la nature des soupçons ne reflétait pas sa position. L'agence a souligné que ses renseignements ne provenaient d'aucun parti ni d'aucune entité politique, et que l'enquête ne visait pas l'ensemble d'un secteur de la société ayant voté légalement. Le directeur général par intérim du Comité central des élections, Dean Livne, a de son côté affirmé que le scrutin s'était déroulé dans la légalité et qu'aucun élément ne permettait, à ce stade, de conclure à une atteinte systémique à l'intégrité du vote.

Les réactions, de Doha à Ramallah

Le Qatar a rejeté les accusations par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, qui les a qualifiées de "ridicules et dangereuses", accusant certains responsables israéliens de chercher un bouc émissaire à leurs échecs électoraux. Il a ironisé sur des accusations contradictoires faisant du Qatar à la fois le financier de Netanyahou, de la gauche israélienne et des électeurs arabes.

Le chef du Raam, Mansour Abbas, a nié toute implication de son parti, rappelant que des collaborateurs du bureau même de Netanyahou font l'objet d'une enquête distincte pour liens présumés avec Doha. Le député Ahmad Tibi a répliqué dans le même sens après que le Premier ministre eut questionné sa visite au Qatar quatre jours avant le scrutin. Le chef du Yashar, Gadi Eisenkot, a dit accueillir favorablement toute enquête mais a accusé le Likoud de mener une campagne organisée de délégitimation des résultats après sa défaite. Le président Isaac Herzog a pour sa part appelé à une investigation rigoureuse, tout en mettant en garde contre toute suspicion collective visant les électeurs arabes.

Dans la presse proche de la droite, le chercheur Yoni Ben Menachem, du Centre de Jérusalem pour les affaires étrangères et la sécurité, a affirmé que l'appareil de renseignement qatari était capable d'acheter des voix via des chefs de clans arabes, et que l'Autorité palestinienne aurait elle aussi œuvré en coulisses pour provoquer la chute du gouvernement de droite. Il invoque des témoignages recueillis auprès d'Arabes israéliens, sans toutefois produire de preuve financière indépendante. Le journaliste Yaron Abraham, qui a révélé l'enquête sur News 12, a de son côté dénoncé ce qu'il juge être une indignation sélective sur les réseaux sociaux, reprochant à certains commentateurs de ne s'émouvoir du dossier qataris que lorsqu'il nuit à Netanyahou.

La suite de la procédure

David Zini dispose d'une semaine pour transmettre ses conclusions à Noam Sohlberg, avant l'expiration du délai de dépôt des recours électoraux. Si les soupçons de financement étranger étaient confirmés et jugés de nature à avoir affecté le résultat, un tribunal pourrait invalider tout ou partie du scrutin et ordonner un nouveau vote, une décision sans précédent dans l'histoire d'Israël. Jusqu'à la remise du rapport du Shin Bet, les accusations formulées par Netanyahou et le Likoud restent des allégations, démenties point par point par Doha et par les partis arabes concernés.

Questions fréquentes

Quelle est l'accusation portée contre le Qatar ?
Le Likoud soupçonne Doha d'avoir financé des opérations destinées à augmenter la participation électorale arabe lors du scrutin du 29 octobre. Le Qatar dément catégoriquement toute ingérence.
Qui enquête sur ces soupçons ?
Le chef du Shin Bet, David Zini, a été chargé par le juge Noam Sohlberg, président du Comité central des élections, de vérifier ces soupçons en urgence et de remettre ses conclusions sous une semaine.
Les élections pourraient-elles être annulées ?
Si un financement étranger illégal était établi et jugé susceptible d'avoir affecté le résultat, un tribunal pourrait invalider tout ou partie du scrutin, un cas sans précédent en Israël.

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