Trois ans après le 7 octobre : puissance militaire, identité sioniste et critiques à l'ONU
Trois ans après le déclenchement de la guerre de l'Épée de Fer, Israël affiche une puissance militaire et économique renforcée, tout en faisant face à des critiques internationales renouvelées, notamment lors du discours du roi Abdallah II de Jordanie à l'ONU. Plusieurs analyses publiées ces derniers jours dressent le bilan de cette période et interrogent l'avenir stratégique du pays.

Trois ans de guerre, une puissance transformée
Trois ans après le déclenchement de la guerre de l'Épée de Fer, en septembre-octobre 2026, le bilan dressé par Kountrass décrit un pays profondément transformé. Tsahal a démontré sa capacité à se redresser, affaibli le Hezbollah au Liban, profité de l'effondrement du régime syrien et éliminé une grande partie des dirigeants du Hamas, dont Yahya Sinwar et Mohammed Deif. Ces succès militaires s'accompagnent d'une percée industrielle : les exportations de défense israéliennes ont atteint un record de 19,2 milliards de dollars, portées par des groupes comme Elbit Systems et Israel Aerospace Industries, dont les carnets de commandes cumulés avoisinent 90 milliards de dollars.
Ce rayonnement a un prix. Le coût direct du conflit est évalué à environ 230 milliards de shekels (65 milliards de dollars), soit plus de 10 % du PIB annuel, avec une charge estimée à 79 000 shekels pour une famille moyenne. Le pays déplore par ailleurs plus de 7 100 personnes endeuillées depuis le 7 octobre 2023, portant à près de 60 000 le nombre total de familles touchées, selon la même source.
L'identité sioniste, un enjeu pédagogique
Au-delà des chiffres, la solidité d'Israël se joue aussi dans la transmission de son identité. Dans une tribune du Jerusalem Post, l'éducateur Uri Pilichowski s'inquiète d'une génération de jeunes sionistes capables de réciter des arguments défensifs sans pouvoir expliquer, avec assurance, ce qu'est réellement le sionisme. Il appelle à un enseignement fondé sur l'histoire complète du mouvement, des royaumes bibliques à la guerre d'indépendance, plutôt que sur une succession de réactions à l'actualité. Pour lui, les territoires de Judée et Samarie ne sont pas un accessoire diplomatique mais le cœur biblique du récit sioniste, et l'attachement des étudiants doit reposer sur la connaissance plutôt que sur la peur.
Les critiques internationales renvoyées à leurs contradictions
Sur la scène diplomatique, Israël continue de faire face à des attaques répétées. Le roi Abdallah II de Jordanie a consacré une large partie de son discours à l'Assemblée générale des Nations unies, le 23 septembre, à dénoncer ce qu'il a qualifié de « l'une des occupations les plus longues au monde ». Dans une tribune du Jerusalem Post, l'analyste Neville Teller rappelle que la Jordanie a elle-même annexé les territoires de Judée et Samarie en 1950, une décision jamais reconnue par la communauté internationale, avant de retirer unilatéralement la nationalité jordanienne à environ un million de résidents arabes en 1988, les rendant apatrides selon Human Rights Watch. Il évoque aussi l'épisode de Septembre noir, en 1970-1971, quand l'armée jordanienne a mené une offensive contre les combattants de l'OLP, avec un bilan disputé mais estimé à plusieurs milliers de morts. Pour Teller, ce passé fragilise la légitimité du roi à donner des leçons de droit international à Israël.
Le prochain front : la mer Rouge
Sur un autre registre, l'analyste Shmuel Legesse alerte dans le Jerusalem Post sur l'absence de stratégie africaine d'Israël pour sécuriser la mer Rouge, alors que les tirs houthis, la piraterie croissante au large de la Somalie et l'instabilité en Érythrée et en Éthiopie menacent le corridor commercial reliant Eilat au monde. Il plaide pour un partenariat régional associant l'Éthiopie, Djibouti, le Kenya et la Somalie, ainsi qu'une plus grande implication des Israéliens d'origine éthiopienne dans la diplomatie du pays. Reste à savoir si ces recommandations trouveront une traduction concrète dans les arbitrages budgétaires et diplomatiques attendus pour 2027.
Questions fréquentes
- Combien coûte la guerre à l'économie israélienne ?
- Selon le ministère des Finances, le coût direct est estimé à environ 230 milliards de shekels (65 milliards de dollars), soit plus de 10 % du PIB annuel.
- Que reproche le roi Abdallah II à Israël à l'ONU ?
- Il a dénoncé ce qu'il appelle « l'une des occupations les plus longues au monde », sans évoquer l'histoire jordanienne en Judée et Samarie ni l'épisode de Septembre noir.
- Pourquoi la mer Rouge est-elle un enjeu stratégique pour Israël ?
- Le corridor reliant Eilat au monde est menacé par les tirs houthis, la piraterie et l'instabilité régionale en Afrique de l'Est, ce qui pousse certains analystes à réclamer une stratégie africaine.
Dossier Houthis et mer Rouge




