Philadelphie : une manifestation à vélo cible des commerces juifs à la veille de Kristallnacht
Une « boycott ride » doit cibler dimanche six commerces juifs et israéliens du centre-ville de Philadelphie, la veille du 88e anniversaire de la Nuit de Cristal. L'initiative provoque une vague de condamnations de responsables politiques, d'organisations juives et d'un cabinet d'avocats qui promet des poursuites.

La manifestation à vélo est annoncée pour dimanche 8 novembre, à 11h30, autour de Rittenhouse Square, dans le centre de Philadelphie. Les organisateurs appellent à boycotter six établissements accusés de « complicité » avec l'action militaire israélienne. Tous appartiennent à des propriétaires juifs ou israéliens, selon les informations recueillies par JNS et la JTA.
Six commerces juifs visés à la veille de Kristallnacht
La liste des commerces ciblés comprend Huda, K'Far Café, Mac Mart, Dizengoff, Goldie — un restaurant de falafels casher — et la charcuterie Schlesinger's. Un message publié le 30 octobre sur Instagram par les organisateurs, le collectif Philly Bike On Your Left associé à Philly Writers Against the War on Gaza, Boycott CookNSolo et Philly Solidarity Calendar, appelle à « montrer à ces propriétaires sionistes qu'on les voit pour les êtres humains dégoûtants qu'ils sont ». Boycott CookNSolo, qui vise directement la chaîne du chef israélo-américain Michael Solomonov, affirme que les profits de ces enseignes serviraient à financer « l'occupation ». Les sources ne précisent pas sur quels éléments repose cette accusation. Les organisateurs assurent que la date, veille du 88e anniversaire de la Nuit de Cristal, est une coïncidence et dénoncent une instrumentalisation de l'antisémitisme par leurs détracteurs.
Une vague de condamnations politiques
La maire de Philadelphie, Cherelle Parker, a jugé que « cibler des commerces parce que leurs propriétaires sont juifs est inacceptable et n'a pas sa place dans notre ville ». Le gouverneur de Pennsylvanie, Josh Shapiro, dont la résidence officielle avait été incendiée l'an dernier par un homme hostile à la politique israélienne, a dénoncé par la voix de son porte-parole une opération qui « se déguise en protestation pour la justice » mais « n'est rien d'autre qu'un antisémitisme flagrant visant à intimider et chasser les commerces juifs ». Le procureur général de l'État, Dave Sunday, a estimé que les organisateurs « recourent à l'une des plus vieilles formes de discrimination et de préjugés antisémites ». La commission des relations humaines de Pennsylvanie a rappelé que cibler publiquement des commerces juifs envoie le signal qu'ils ne seraient pas les bienvenus dans la vie économique de l'État, citant un audit de l'Anti-Defamation League recensant 281 incidents antisémites en Pennsylvanie en 2025. Plusieurs élus, dont les représentants d'État Dan Frankel, Judy Schwank et Ben Waxman, ainsi que les parlementaires fédéraux Josh Gottheimer et Dave McCormick, ont également condamné l'initiative.
Riposte communautaire et recours juridiques
Face au boycott, un « food crawl » de soutien a été organisé le même jour, à partir de 11h30, au restaurant Huda. La Fédération juive du Grand Philadelphie a appelé à ne pas engager le dialogue avec les manifestants et à privilégier une présence pacifique dans les restaurants visés. Le président du Conseil des rabbins de Philadelphie, David Levin, a résumé la consigne ainsi : « garder les rues vides et les restaurants pleins ». Le National Jewish Advocacy Center a envoyé des lettres de mise en demeure aux organisateurs ainsi qu'aux autorités policières et judiciaires, exigeant la conservation de toute preuve en vue d'une action en justice. Son directeur, Mark Goldfeder, a annoncé la présence d'avocats sur place dimanche pour documenter d'éventuels actes criminels. Allan Domb, copropriétaire de Schlesinger's et ancien conseiller municipal, a dit avoir été « bouleversé par ce niveau de haine » tout en saluant l'ampleur du soutien reçu.
La manifestation est maintenue pour dimanche malgré les mises en garde, et un second rassemblement à vélo est déjà annoncé pour le 15 novembre. Le cabinet juridique affirme se préparer à déposer plainte dès la semaine suivante sur la base des preuves recueillies sur place.
Questions fréquentes
- Quels commerces sont visés par le boycott ?
- Six établissements du centre-ville de Philadelphie : Huda, K'Far Café, Mac Mart, Dizengoff, Goldie et Schlesinger's, tous détenus par des propriétaires juifs ou israéliens.
- Pourquoi la date du 8 novembre pose-t-elle problème ?
- Elle correspond à la veille du 88e anniversaire de la Nuit de Cristal, le pogrom nazi de novembre 1938 contre les commerces, synagogues et domiciles juifs en Allemagne.
- Que répondent les organisateurs de la manifestation ?
- Ils se définissent comme anti-sionistes et non antisémites, affirment que la coïncidence de date est involontaire et accusent leurs détracteurs d'instrumentaliser l'antisémitisme.
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