Eisenkot reçoit le mandat de Herzog mais la coalition reste à bâtir

Le président Isaac Herzog a annoncé samedi soir qu'il chargerait Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, de former le prochain gouvernement israélien. La cérémonie officielle a eu lieu dimanche à 17 heures à la résidence présidentielle de Jérusalem. Mais les 67 recommandations obtenues par Eisenkot, contre 46 pour Benjamin Netanyahou, ne garantissent pas une majorité de 61 sièges à la Knesset.

3 min de lecture7 vuesPar la rédaction
Eisenkot reçoit le mandat de Herzog mais la coalition reste à bâtir
Photo : Illustration générée par IA

Isaac Herzog a clos ses consultations jeudi avant d'annoncer, samedi soir à la sortie du Shabbat, qu'il confierait la mission à Gadi Eisenkot. Sur les 67 députés qui l'ont recommandé, 19 appartiennent aux partis arabes, Liste arabe unie et Hadash-Ta'al. Le bloc sioniste du changement ne compte à lui seul que 48 sièges. Conformément à la Loi fondamentale sur le gouvernement, Eisenkot dispose de 28 jours pour former une coalition, un délai que le président peut prolonger de 14 jours supplémentaires.

Les haredim, clé de voûte de toute majorité

Pour atteindre les 61 sièges nécessaires sans dépendre des partis arabes, Eisenkot a besoin à la fois des sept sièges de Yahadout HaTorah et des six sièges du Shass. Or le président du Shass, Arye Deri, a recommandé Netanyahou, et des sources religieuses jugent peu probable que son parti entre seulement en négociation avec Eisenkot. Des éléments proches du Conseil des sages de la Torah du Shass ont toutefois laissé entendre, selon Kountrass, que la formation ne ferait pas obstruction si Yahadout HaTorah choisissait, elle, de soutenir un gouvernement du bloc du changement. Sans le Shass, le bloc et Yahadout HaTorah ne totaliseraient que 55 sièges, insuffisant pour gouverner.

Avigdor Liberman a de son côté apporté un soutien plein à la tentative d'Eisenkot, sans exiger de rotation à la tête du gouvernement. Il a levé son veto de principe contre une alliance avec les haredim et se dit prêt à envisager des compromis sur la loi de conscription, inspirés du cadre qu'il avait proposé en 2018. Des contacts discrets entre son entourage, dont son conseiller Avi Abouhatzeira, et des personnalités rabbiniques orthodoxes évoquaient depuis plusieurs mois un soutien à Liberman en échange d'un gel des sanctions sur l'enrôlement. Liberman reste en revanche inflexible sur un point: il exclut tout gouvernement qui dépendrait, même par abstention, de la Liste arabe unie ou du Hadash-Ta'al.

Netanyahou appelle à l'union, la rue se mobilise

Avant l'annonce présidentielle, Netanyahou a diffusé un message mettant en garde contre un gouvernement adossé à des "islamistes", affirmant qu'il mettrait en péril l'existence même de l'État et provoquerait des troubles pires que ceux observés à Paris ou à Bruxelles. Il a appelé à un gouvernement d'union nationale rassemblant tout le camp national et les partis sionistes de l'opposition. Le ministre Bezalel Smotrich a relayé un appel similaire, tandis que des militants de droite ont manifesté à Tel-Aviv contre l'hypothèse d'un exécutif soutenu par les partis arabes. Le parti Yashar a qualifié la sortie de Netanyahou d'"hystérique", estimant que celui qui a, selon lui, divisé la société israélienne ne découvre l'union qu'au moment où son maintien au pouvoir est menacé.

De son côté, Yair Golan, chef des Démocrates, a cherché à rassurer le monde orthodoxe en affirmant ne pas vouloir "punir" les haredim, tout en réclamant leur enrôlement et leur intégration au marché du travail. Vendredi, Eisenkot a publié quatre principes de participation à son gouvernement: reconnaissance d'Israël comme État juif et démocratique, adhésion aux valeurs de la Déclaration d'indépendance, service militaire, national ou civil obligatoire, et reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste à démanteler. Ce texte ne tranche toutefois pas la question centrale de la loi de conscription, sur laquelle les haredim et certains partenaires du bloc du changement restent opposés.

La suite: 28 jours sous tension

Le commentateur Amit Segal a dénoncé par avance tout rapprochement entre le bloc du changement et les partis haredim, rappelant que ses dirigeants avaient fait de l'enrôlement une promesse de campagne non négociable, présentée comme une question de vie ou de mort pour les soldats. Herzog lui-même a reconnu que la capacité à former un gouvernement stable n'est "pas entièrement claire", compte tenu des vetos croisés entre et au sein des blocs. Parallèlement aux tractations, le bloc du changement prévoit, dès l'investiture de la nouvelle Knesset mardi, de tenter de remplacer le président du Parlement Amir Ohana, Liberman soutenant la candidature de Yair Lapid. Eisenkot dispose désormais de 28 jours, prolongeables de 14, pour transformer ses 67 recommandations en accords concrets sur la composition et le programme du futur gouvernement.

Questions fréquentes

Combien de temps Eisenkot a-t-il pour former un gouvernement ?
28 jours selon la Loi fondamentale sur le gouvernement, avec une prolongation possible de 14 jours accordée par le président Herzog.
Pourquoi le Shass pose-t-il problème à Eisenkot ?
Son président Arye Deri a recommandé Netanyahou, et des sources haredies jugent improbable que le parti négocie avec Eisenkot, même si Yahadout HaTorah s'y engageait.
Que refuse Avigdor Liberman ?
Il exclut tout gouvernement dépendant, même par abstention, des partis arabes, tout en se disant désormais ouvert à une alliance avec les partis haredim.

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