Shin Bet : l'enquête sur un financement étranger des partis arabes secoue la validation du scrutin

La commission électorale centrale a validé mercredi les résultats de la 26e Knesset, malgré une enquête du Shin Bet sur un possible financement étranger destiné à peser sur le vote dans les localités arabes. Le service de sécurité intérieure évoque des transferts d'argent d'une ampleur dépassant les milliers de personnes. La validation, obtenue de justesse, a provoqué la démission d'un député du Likoud de la commission.

3 min de lecture1 vuePar la rédaction
Shin Bet : l'enquête sur un financement étranger des partis arabes secoue la validation du scrutin
Photo : Illustration générée par IA

La commission électorale centrale, présidée par le juge Noam Sohlberg, a certifié mercredi les résultats de l'élection du 27 octobre à la 26e Knesset. Le camp national, mené par le Likoud, obtient 53 sièges, contre 48 pour l'opposition sioniste réunissant Yashar, B'Yachad, les Démocrates et Yisrael Beiteinu. Le Joint List et Ra'am, qui représentent les partis arabes, enregistrent une percée inédite avec 19 sièges, aucun bloc ne réunissant à lui seul les 61 voix nécessaires à une majorité.

Une enquête du Shin Bet sur fond de records de participation

Cette percée s'explique en partie par une mobilisation électorale sans précédent : selon l'Israel Democracy Institute, la participation dans les localités arabes et druzes a atteint environ 77%, contre 53,2% en 2022, avec des pics proches de 80% dans le Néguev bédouin. C'est précisément l'ampleur de cette hausse qui a alerté le Shin Bet. Saisi par le juge Sohlberg le 29 octobre, le service dirigé par David Zini a indiqué à la commission électorale que ses renseignements faisaient apparaître des « transferts massifs d'argent vers Israël depuis des pays étrangers », provenant de « détenteurs d'intérêts occultes, voire hostiles ». Dans une note transmise le 4 novembre, le Shin Bet a précisé que le phénomène de financement et d'influence étrangère concernerait potentiellement des milliers de personnes, « peut-être davantage », tout en reconnaissant qu'un travail de renseignement complémentaire reste nécessaire pour en établir l'ampleur exacte avec certitude. Des informations relayées dans la presse israélienne évoquent le Qatar et la Turquie, et une somme pouvant atteindre 100 millions de shekels (31,5 millions de dollars) qui aurait été acheminée pour mobiliser l'électorat arabe. Les deux pays ont démenti toute implication. L'ancien président du Joint List Ayman Odeh est quant à lui soupçonné d'avoir reçu des centaines de milliers de shekels d'une source étrangère, ce qu'il conteste.

Une validation obtenue dans la tension

La certification des résultats n'a été acquise que par trois voix de majorité, grâce aux voix de l'opposition et à celle du juge Sohlberg ; les représentants du Likoud et du Shas se sont abstenus, tandis qu'Otzma Yehudit a voté contre. Le député du Likoud Amit Halevi a démissionné de la commission dans la foulée, estimant que « la commission électorale n'a pas l'autorité » de valider des résultats tant que les soupçons d'ingérence « comportant une dimension sécuritaire » ne sont pas levés. « Nous pouvons et devons valider uniquement le choix libre des citoyens d'Israël, et non le choix des dirigeants du Qatar, de l'Iran ou de la Turquie », a-t-il lancé, accusant par ailleurs la conseillère juridique du gouvernement Gali Baharav-Miara de freiner l'enquête. Le juge Sohlberg a répliqué que son rôle se limite au contrôle du décompte des voix et de la répartition des sièges, pas à trancher des soupçons pénaux relevant des enquêteurs. Il a ajouté que les éléments réunis à ce stade ne permettent pas de remettre en cause l'ensemble du scrutin, tout en appelant à ne pas « jeter le discrédit » sur les citoyens arabes ayant voté. La commission a par ailleurs examiné 9 069 procès-verbaux de bureaux de vote, soit environ 75% du total national, ainsi que 3 691 plaintes, sans y trouver de quoi invalider les résultats.

Les suites judiciaires et politiques

La certification n'empêche pas de poursuivre les procédures. Le Likoud envisage un recours devant le tribunal de district de Jérusalem, les contestations devant légalement être déposées dans les 14 jours suivant la publication des résultats. Sur le plan politique, le président Isaac Herzog a entamé ses consultations avec les partis élus en vue de désigner qui sera chargé de former le gouvernement. Ra'am a annoncé qu'il recommanderait le chef de Yashar, Gadi Eisenkot, dont le camp ne peut espérer une majorité de 67 sièges qu'avec l'appoint du Joint List et de Ra'am. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a mis en garde contre un gouvernement dépendant de partis islamistes, qui « nous déchirerait de l'intérieur », et a réclamé une enquête complète sur les soupçons d'ingérence étrangère. L'enquête du Shin Bet se poursuit, tout comme les tractations pour la formation du prochain exécutif.

Questions fréquentes

Qui a demandé l'enquête du Shin Bet ?
C'est le président de la commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, qui a chargé le chef du Shin Bet, David Zini, d'enquêter le 29 octobre sur des soupçons de financement étranger destiné à influencer le scrutin.
La validation des résultats peut-elle encore être contestée ?
Oui. Malgré la certification du 4 novembre, le Likoud peut déposer un recours devant le tribunal de district de Jérusalem dans un délai de 14 jours, et l'enquête du Shin Bet sur le financement étranger se poursuit.
Quels pays sont cités dans l'enquête ?
Des informations de presse israéliennes évoquent le Qatar et la Turquie, pour une somme pouvant atteindre 100 millions de shekels. Les deux pays ont démenti toute implication.

Commentaires

    À lire aussi

    Ingérence étrangère : le Mossad épaule le Shin Bet dans l'enquête électorale
    Les PRO

    Ingérence étrangère : le Mossad épaule le Shin Bet dans l'enquête électorale

    Élections en Israël : un Parlement sans majorité claire, vote arabe record
    Les PRO

    Israël : enquête sur une fraude électorale au Ra'am, le Shin Bet dénonce des entraves

    Israël : le Shin Bet enquête sur un possible financement qatari du scrutin d'octobre 2026
    Les PRO

    Israël : le Shin Bet enquête sur un possible financement qatari du scrutin d'octobre 2026