Coalition sans majorité juive : le débat sur la place des partis arabes relance la crise politique
Au lendemain des élections du 27 octobre, aucun bloc n'atteint la majorité de 61 sièges à la Knesset. Les partis arabes, qui ont doublé leur représentation, se retrouvent au centre des tractations pour former le prochain gouvernement. Entre refus catégorique de Benyamin Netanyahou et appels à une union nationale, les options restent ouvertes.

Le scrutin du 27 octobre, marqué par une participation exceptionnellement élevée, n'a dégagé aucune majorité stable. Le bloc du Premier ministre Benyamin Netanyahou obtient 53 sièges, l'opposition 48, loin des 61 nécessaires pour gouverner seul. La Liste arabe unifiée et Ra'am totalisent 19 sièges, un score record qui quasiment double leur représentation précédente, selon les résultats de la Commission électorale centrale.
Cette arithmétique replace la question d'une coalition incluant les partis arabes au cœur du débat. Sans eux, ni le camp de Netanyahou ni l'opposition ne peuvent constituer une majorité de 61 sièges à la Knesset, un scénario déjà observé lors des gouvernements d'Yitzhak Rabin en 1992, d'Ehud Barak en 1999 et de Yaïr Lapid en 2021.
Une Knesset sans majorité juive claire
L'absence de majorité dite « juive » — c'est-à-dire composée uniquement de partis sionistes — oblige les dirigeants de l'opposition à reconsidérer une promesse électorale. Gadi Eisenkot et Naftali Bennett avaient assuré pendant la campagne qu'ils ne formeraient pas de gouvernement dépendant des voix arabes. Or, d'après l'éditorialiste Dan Perry, dans les colonnes du Jerusalem Post, les représentants de la Liste arabe se disent prêts à soutenir un gouvernement minoritaire de l'extérieur, sans exiger de portefeuille ministériel, en échange d'engagements sur la lutte contre la criminalité dans les localités arabes.
Netanyahou exclut toute alliance avec les partis arabes
Benyamin Netanyahou a pris position sans ambiguïté. Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, le Likoud accuse les partis arabes, qu'il décrit comme soutenant « le terrorisme et la destruction de l'État juif », d'avoir « volé les élections » par des moyens illégaux : corruption, menaces, violences, falsifications et usage de logiciels interdits pour mobiliser les électeurs. « Il est interdit de former un gouvernement avec eux », a tranché le Premier ministre en hébreu.
Cette ligne est contestée par le chef des Démocrates, Yaïr Golan, pour qui Israël doit cesser « la division raciste de Netanyahou entre les voix juives et les voix arabes ». Dan Perry rappelle par ailleurs que Netanyahou lui-même avait négocié, après sa défaite de 2021, l'entrée du parti arabe Ra'am dans une coalition, avant que Bezalel Smotrich n'y mette son veto.
Entre unité nationale et realpolitik, les pistes de sortie de crise
Face à l'impasse, l'ancien président de la Knesset Yuli Edelstein défend, dans une tribune au Jerusalem Post, l'option d'un gouvernement d'union nationale plutôt qu'une coalition dépendante soit de Ben Gvir et des haredim, soit des Démocrates et des partis arabes. Il invoque la règle du « 80/80 » : 80 % des Israéliens s'accorderaient sur 80 % des priorités du pays, à commencer par la sécurité, le coût de la vie et une nouvelle loi sur la conscription.
Au sein du mouvement réformé américain, le rabbin Josh Weinberg, vice-président de l'Union for Reform Judaism, plaide à l'inverse pour une coalition associant partis arabes et sionistes libéraux, citant une formule attribuée à Zeev Jabotinsky en 1940 sur le partage du pouvoir entre Juifs et Arabes. Il reconnaît toutefois qu'un tel attelage exigerait, selon ses mots, « beaucoup de négociations et de concessions difficiles ».
Les discussions sur la formation du prochain gouvernement se poursuivent désormais à la Knesset, où le dépouillement des bulletins de vote doubles pourrait encore légèrement modifier la répartition des sièges.
Questions fréquentes
- Combien de sièges les partis arabes ont-ils obtenus ?
- La Liste arabe unifiée et Ra'am ont remporté ensemble 19 sièges à la Knesset, un record qui double presque leur représentation précédente.
- Pourquoi Netanyahou refuse-t-il une coalition avec les partis arabes ?
- Il les accuse de soutenir le terrorisme et d'avoir faussé le scrutin par des moyens illégaux, et juge « interdit » de gouverner avec eux.
- Quelle alternative est proposée par Yuli Edelstein ?
- Il défend un gouvernement d'union nationale regroupant les forces sionistes autour d'un socle commun, plutôt qu'une coalition dépendante des partis arabes ou des mouvements ultra-orthodoxes.
Dossier Élections israéliennes 2026



