Opposition israélienne : les chefs du bloc anti-Netanyahou tentent de s'unir après des législatives serrées
Les chefs des partis d'opposition israéliens se sont réunis mardi pour la première fois depuis les élections législatives, afin de coordonner une stratégie commune en vue de remplacer le gouvernement de Benjamin Netanyahou. Avec 53 sièges pour le bloc du Premier ministre contre 48 pour ses adversaires, aucun camp n'atteint la majorité de 61 députés, laissant les partis harédim en position d'arbitres. Le président Isaac Herzog doit entamer mercredi les consultations en vue de désigner le candidat chargé de former le prochain gouvernement.

Une Knesset fragmentée, un mandat convoité
Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, apparaît comme le candidat le mieux placé pour recevoir le mandat de former un gouvernement. Le chef de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a annoncé lundi qu'il le recommanderait au président Herzog, tout en excluant catégoriquement toute participation à un gouvernement minoritaire adossé au soutien des partis arabes et toute coalition avec Netanyahou. Liberman a toutefois accusé Eisenkot d'avoir mené une campagne « égocentrique qui a nui à tous et provoqué une défaite écrasante », révélant des tensions profondes au sein même du bloc qui cherche à s'unir contre le Premier ministre sortant.
Si Eisenkot échoue à réunir une majorité stable, le mandat pourrait revenir à Netanyahou. Des proches du Premier ministre estiment qu'un nouveau scrutin ne lui serait pas nécessairement défavorable, tandis que d'autres sources au sein du Likoud jugent qu'il pourrait accepter un gouvernement d'union avec Eisenkot si la formation d'une coalition alternative échouait.
Les partis harédim, arbitres de la prochaine coalition
Shas et le Judaïsme unifié de la Torah n'ont pris aucun engagement et attendent le retour de leurs autorités rabbiniques, les rabbins Dov Landau et Moshe Hillel Hirsch, avant de trancher. Selon des sources harédim citées par le Jerusalem Post, les deux blocs politiques ont besoin d'eux, ce qui leur confère un pouvoir de négociation considérable : « Il vaut mieux que chacun reste dans l'incertitude, et que chaque camp pense que nous avons déjà conclu un accord avec l'autre », a confié l'une d'elles. D'autres sources, plus réservées, jugent toutefois peu probable que les rabbins autorisent une alliance avec un gouvernement dirigé par la gauche. Le chef du Shas, Arié Déri, a par ailleurs rappelé son refus de revivre le scénario de la participation harédie au gouvernement d'Yitzhak Rabin pendant les accords d'Oslo.
Une éventuelle entrée des harédim dans la coalition ouvrirait aussi la voie à Yisrael Beytenu, mais pourrait raviver un autre différend : Naftali Bennett, déjà passé par la primature, pourrait s'opposer à un accord de rotation qui placerait Liberman au poste de Premier ministre avant lui, un scénario qui pourrait déboucher sur une rotation à trois entre Eisenkot, Liberman et Bennett.
Divisions sur les partis arabes et climat tendu
Le chef des Démocrates, Yaïr Golan, a rencontré mardi les dirigeants de la Liste arabe unie, Yousef Jabareen et Ahmad Tibi, plaidant pour une coalition incluant les partis arabes. Les autres chefs de l'opposition ont toutefois fixé une ligne rouge sur ce point depuis le massacre du 7 octobre 2023, qu'ils jugent disqualifiant pour une participation gouvernementale de ces formations.
Cette réunion intervient après un climat déjà tendu : des manifestants se sont rassemblés dimanche devant le domicile d'Eisenkot, l'accusant d'avoir « tué son fils » et le traitant de traître. Le parti Yashar et plusieurs alliés, dont Golan, ont dénoncé une atmosphère d'incitation qu'ils attribuent à l'entourage de Netanyahou.
Les prochaines étapes
Les consultations à la résidence présidentielle débutent mercredi. Dans l'immédiat, les chefs de l'opposition cherchaient mardi un accord sur le remplacement du président de la Knesset Amir Ohana et sur la candidature du juge à la retraite Yossef Elron au poste de contrôleur de l'État, une nomination qu'ils jugent consensuelle. Le choix du candidat au mandat formateur, lui, dépendra en grande partie de la décision des autorités rabbiniques harédim, attendue dans les prochains jours.
Questions fréquentes
- Pourquoi aucun bloc ne peut-il former de gouvernement seul ?
- Le bloc de Netanyahou a obtenu 53 sièges et celui de l'opposition 48, loin de la majorité de 61 députés nécessaire à la Knesset. Les partis harédim, non engagés, détiennent la clé de la future coalition.
- Qui est pressenti pour recevoir le mandat de former le gouvernement ?
- Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar, est considéré comme le premier candidat appelé par le président Isaac Herzog, après l'annonce de soutien d'Avigdor Liberman.
- Pourquoi les partis arabes restent-ils un point de friction ?
- Yaïr Golan souhaite une coalition incluant la Liste arabe unie, mais les autres chefs de l'opposition excluent cette option depuis le massacre du 7 octobre 2023.



