NAZA : le documentaire sur l'IA de Tsahal sème la discorde jusque dans la gauche israélienne

Présenté au Festival de Venise le 10 septembre et récompensé par le prix spécial du jury, le documentaire NAZA affirme mettre en cause les systèmes d'intelligence artificielle utilisés par Tsahal à Gaza. Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor à partir de témoignages anonymes, le film déclenche en Israël une controverse qui dépasse le cercle militaire, jusque dans le monde de la culture et de la gauche israélienne.

3 min de lecturePar la rédaction
NAZA : le documentaire sur l'IA de Tsahal sème la discorde jusque dans la gauche israélienne
Photo : LucaFazPhoto · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

NAZA est un acronyme militaire israélien, dérivé de nezek agavi, littéralement « dommage collatéral » : le préjudice non intentionnel causé au-delà de la cible d'une frappe. Le documentaire, coproduit avec le soutien du quotidien britannique The Guardian et exécutivement produit par le réalisateur Jonathan Glazer, affirme examiner les systèmes derrière ce que le synopsis officiel de Venise appelle la « destruction massive calculée » de civils palestiniens à Gaza. Son argumentation repose largement sur les propos anonymes de 24 soldats du renseignement de bas rang, dont l'identité et l'accès réel aux décisions décrites ne peuvent être vérifiés publiquement.

Les accusations du film et leurs limites

Selon plusieurs analyses parues après la projection vénitienne, le film laisse entendre que l'IA aurait servi à diriger des frappes de manière indiscriminée. Or, selon le brigadier général (rés.) Jacob Nagel, ancien conseiller à la sécurité nationale, les outils d'IA utilisés par Tsahal ne fournissent que des recommandations : « le système propose, il ne décide pas ». D'après Nagel, l'identification d'une cible doit reposer sur au moins deux indices issus de sources indépendantes, et la décision finale revient toujours à une autorité humaine. L'expert en cyber-sécurité Matías Rott, interrogé par The Media Line, confirme que l'IA est une fonction d'aide à la décision destinée à minimiser le dommage collatéral, et non à s'y substituer : « pour sûr, la dernière décision revient à un être humain ».

La controverse porte aussi sur la méthode des réalisateurs. Selon JNS, les cinéastes n'ont pas soumis à Tsahal les accusations précises formulées par leurs sources anonymes avant la sortie du film ; l'armée demande désormais une copie pour pouvoir y répondre point par point. Interrogé par le journaliste Raviv Drucker, Yuval Abraham a reconnu n'avoir pas vérifié l'ensemble des cas évoqués par ses sources, et n'a pas contesté l'affirmation de Drucker selon laquelle l'idée qu'Israël aurait bombardé des bâtiments sans cible terroriste est « simplement fausse ». L'ancien officier de renseignement Yair Miron a, pour sa part, jugé sur la chaîne 7 que les allégations du film ne correspondent pas aux procédures réelles de l'armée.

Une polémique qui traverse le monde culturel israélien

Le débat déborde largement le champ militaire. Une pétition de soutien aux réalisateurs, dénonçant une « campagne d'incitation » et des menaces pour leur sécurité, a été signée par plusieurs figures du cinéma israélien, dont Ari Folman, Hagai Levi, Nir Bergman, Shlomi Elkabetz et l'écrivaine Shira Geffen. Son frère, le chanteur Aviv Geffen, figure historique de la gauche pacifiste israélienne, a réagi avec virulence, évoquant les otages « retrouvés les mains liées » et les soldats tombés en respectant « la pureté des armes ». Longtemps proche du camp de la paix, Geffen avait chanté au rassemblement de novembre 1995 où Yitzhak Rabin fut assassiné ; il dit avoir depuis révisé son regard sur les résidents des localités de Judée-Samarie, tout en affirmant rester ancré à gauche sur le fond.

Les autorités promettent une riposte

Le Premier ministre, le chef d'état-major Eyal Zamir, le procureur militaire général et le ministre de la Culture et des Sports ont réagi fermement à la publication du film. Zamir a par ailleurs ordonné une enquête pour déterminer si des informations classifiées ont été divulguées aux réalisateurs. Plusieurs responsables évoquent des mesures possibles au titre du droit israélien contre ce qu'ils considèrent comme une atteinte à la réputation d'Israël. La suite dépendra de la sortie plus large de NAZA, encore non projeté publiquement en Israël, et de la réponse que Tsahal pourra formuler une fois la copie du film obtenue.

Questions fréquentes

Que signifie l'acronyme NAZA ?
NAZA vient de nezek agavi, terme militaire hébreu qui désigne le dommage collatéral, c'est-à-dire le préjudice non intentionnel causé au-delà de la cible d'une frappe.
Le film a-t-il été vu par le grand public en Israël ?
Non, NAZA n'a pas encore été projeté publiquement en Israël ; les autorités israéliennes en réclament une copie pour pouvoir répondre précisément aux accusations formulées.
Quelles suites sont envisagées par Israël ?
Le chef d'état-major Eyal Zamir a ordonné une enquête sur une possible fuite d'informations classifiées, et plusieurs responsables évoquent des mesures prévues par le droit israélien contre les réalisateurs.

Sources : The Jerusalem Post, The Jerusalem Post, JNS, IsraelValley

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