Bab el-Mandeb : les Houthis consolident leur emprise, l'Iran étend son influence régionale

Les rebelles houthis, soutenus par l'Iran, ont pris la ville portuaire de Mokha et l'île de Perim, verrouillant un peu plus le détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Plus de 100 000 personnes ont été déplacées par les combats, selon l'ONU, tandis que des analystes proches d'Israël appellent à une réponse régionale coordonnée face à l'expansion de Téhéran.

3 min de lecture1 vuePar la rédaction
Bab el-Mandeb : les Houthis consolident leur emprise, l'Iran étend son influence régionale
Photo : Illustration générée par IA

La bataille pour le contrôle du littoral yéménite de la mer Rouge s'est accélérée ces derniers jours. Les forces houthies, soutenues par l'Iran, ont pris la ville de Mokha et l'île de Perim, un point d'appui situé à l'intérieur même du détroit de Bab el-Mandeb, infligeant une défaite aux forces yéménites appuyées par l'Arabie saoudite, selon un article d'opinion publié par JNS. Ce passage maritime, par lequel transite une part majeure du fret pétrolier et commercial mondial, s'ajoute au détroit d'Ormuz comme second point d'étranglement sous influence iranienne.

La prise de Mokha, un tournant stratégique

Selon JNS, cette avancée n'est pas un simple épisode de plus dans la guerre civile yéménite, mais l'aboutissement d'une stratégie iranienne de longue durée : transformer une milice insurrectionnelle en force territoriale capable de peser sur Bab el-Mandeb. La trêve saoudo-houthie de 2022 puis le cessez-le-feu américano-houthi de 2025 auraient, selon la même analyse, gelé le conflit sans démanteler l'appareil militaire houthi, lui laissant le temps de se renforcer. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane aurait pressé le président américain Donald Trump de mener des frappes contre les Houthis, une option que Washington continuerait de refuser, toujours selon JNS.

L'article évoque également des combattants somaliens d'al-Shabaab retrouvés parmi les pertes houthies lors des combats pour Mokha, ainsi que des transferts d'expertise en drones et missiles entre les deux mouvements. Le régime érythréen d'Isaias Afwerki, accusé d'entretenir des liens anciens avec l'Iran et les Houthis, aurait vu son ministre des Affaires étrangères sortir de sa réserve diplomatique pour critiquer publiquement la présence israélienne en mer Rouge.

Une crise humanitaire qui s'aggrave

Sur le terrain, les conséquences humanitaires s'accumulent. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a fait état mardi de plus de 100 000 personnes déplacées à l'intérieur du Yémen depuis le début de l'escalade sur la côte ouest du pays. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait déjà recensé plus de 85 000 déplacés, dont 82 164 depuis le seul mois de septembre.

Plus de 2 400 personnes ont rejoint les côtes de Djibouti après une traversée maritime périlleuse, en majorité des femmes, des enfants ou des personnes âgées, selon l'UNHCR. La province de Taïz, qui jouxte Mokha, est la plus touchée, avec près de 56 000 personnes déplacées, devant celle de Lahj, où 19 000 habitants ont fui. Le ministre djiboutien des Finances, Ilyas Dawaleh, a averti que la situation devenait « de plus en plus difficile » pour son pays, malgré la mobilisation de la marine, de l'armée et des services de santé.

Israël face à une menace qui dépasse la mer Rouge

Pour les rédacteurs de JNS, le danger houthi ne se limite plus au trafic maritime ou au port d'Eilat. L'analyse avance qu'un réseau islamiste appuyé par l'Iran pourrait s'étendre au Soudan, rapprochant une menace balistique et de drones des frontières israéliennes. Elle plaide pour une coalition régionale associant l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, les États-Unis et Israël, ce dernier apportant renseignement et capacités de frappe de précision.

Cette même analyse estime que Riyad devrait cesser son hostilité envers Israël et ses rivalités avec les Émirats au Soudan, afin de constituer un front commun contre l'expansion du réseau houthi. Aucune source ne fait toutefois état, à ce stade, d'une initiative diplomatique concrète entre Israël et l'Arabie saoudite sur ce dossier. La situation humanitaire à Djibouti, elle, continue de se dégrader à mesure que les combats se poursuivent au Yémen.

Questions fréquentes

Pourquoi le détroit de Bab el-Mandeb est-il aussi stratégique ?
Il relie la mer Rouge au golfe d'Aden et constitue, avec le détroit d'Ormuz, l'un des deux points de passage maritimes essentiels pour le commerce et le pétrole mondiaux.
Combien de personnes ont été déplacées par les derniers combats ?
Selon l'UNHCR, plus de 100 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur du Yémen, dont plus de 82 000 depuis le seul mois de septembre selon l'OIM.
Quel est le lien avec Israël ?
Des analystes avertissent que l'expansion du réseau houthi et de ses alliés vers le Soudan pourrait rapprocher une menace de missiles et de drones du territoire israélien.

Sources : JNS, The Jerusalem Post

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