Face aux Houthis, l'Arabie saoudite sollicite en coulisses l'appui d'Israël via Washington
L'avancée des rebelles Houthis sur les côtes yéménites de la mer Rouge et leurs frappes répétées en Arabie saoudite poussent Ryad à multiplier les appels à l'aide. Selon plusieurs sources concordantes, une coordination militaire indirecte avec Israël se met en place via le commandement central américain (CENTCOM), sans reconnaissance publique du royaume.

L'Arabie saoudite manque d'intercepteurs. Selon deux responsables régionaux cités par l'Associated Press et repris par Israel Hayom, le royaume a demandé à la France, au Royaume-Uni, au Pakistan et à l'Égypte de déployer des systèmes de défense aérienne sur son sol pour contrer les missiles et drones tirés par les Houthis et d'autres groupes soutenus par l'Iran. Washington, principal fournisseur d'armes de Ryad, voit lui-même ses stocks d'intercepteurs s'amenuiser après six mois de guerre contre l'Iran.
Une percée militaire houthie qui inquiète Ryad
Les Houthis ont pris le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb en quelques jours, s'emparant du port de Moka le 10 septembre, de l'île de Perim le lendemain, puis des îles Hanish le 14 septembre, selon Reuters. Des milices irakiennes soutenues par l'Iran ont par ailleurs frappé, le 10 septembre, l'oléoduc Est-Ouest saoudien, une infrastructure stratégique de 1 200 kilomètres qui permet à Ryad de contourner le détroit d'Ormuz. Une raffinerie de Yanbu aurait également été visée. Mercredi, l'Arabie saoudite a affirmé avoir intercepté un drone houthi visant La Mecque, ville sainte de l'islam qu'elle a désignée « ligne rouge ». Les Houthis ont nié viser la ville, distante d'environ 1 100 kilomètres de la frontière yéménite. Le mouvement affirme aussi avoir abattu un F-15 de la coalition dirigée par Ryad au-dessus de la province de Marib.
Une coordination discrète via les canaux américains
Selon des diplomates régionaux cités par la chaîne Kan, Israël et l'Arabie saoudite ont mené des discussions médiées par le CENTCOM sur une assistance renseignement. L'état-major israélien aurait recommandé à l'échelon politique d'éviter toute frappe unilatérale contre les Houthis et de privilégier la constitution d'une coalition internationale. Axios rapporte que l'amiral Brad Cooper, chef du CENTCOM, a réuni la semaine dernière en Allemagne les chefs militaires d'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Koweït, de Bahreïn, de Jordanie et d'Égypte, aux côtés du chef d'état-major israélien, le général Eyal Zamir, pour coordonner la réponse aux avancées territoriales houthies. Selon Israel Hayom, l'Oman et l'Égypte mènent en parallèle des efforts diplomatiques de désescalade au Yémen, jugés prioritaires par Ryad.
Les conditions posées côté israélien
Un observateur occidental cité par JNS estime que la demande saoudienne représente « une opportunité » pour Israël, à condition qu'elle ne reste pas silencieuse. « Israël ne veut pas être la maîtresse, il veut la reconnaissance et la normalisation », a-t-il affirmé, jugeant le gouvernement saoudien peu mûr pour une telle démarche publique. Il relève aussi un risque : les Houthis épargnent pour l'instant les navires liés à Israël, et une aide ouverte à Ryad pourrait changer la donne. Hussain Abdul-Hussain, chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, va plus loin : selon lui, Israël ne devrait apporter son concours que si Ryad le demande et le reconnaît publiquement, sous peine de payer seul le prix d'une éventuelle riposte houthie. Sa collègue Bridget Toomey souligne que la prise de contrôle du littoral par les Houthis renforce durablement leur capacité de nuisance, y compris contre Israël, resté selon elle en tête de leur liste d'ennemis malgré l'accalmie actuelle sur la route d'Eilat.
Questions fréquentes
- Pourquoi l'Arabie saoudite manque-t-elle d'intercepteurs ?
- Après plusieurs mois de frappes houthies et une guerre parallèle contre l'Iran, les stocks saoudiens et américains d'intercepteurs se sont réduits, poussant Ryad à solliciter plusieurs alliés.
- Israël aide-t-il officiellement l'Arabie saoudite ?
- Non. Selon des diplomates régionaux, la coordination passe par le CENTCOM américain et reste non officielle, Ryad n'ayant pas reconnu publiquement de coopération avec Jérusalem.
- Le détroit de Bab el-Mandeb est-il fermé au trafic maritime ?
- Les Houthis ont annoncé bloquer uniquement les navires battant pavillon saoudien, tandis que le trafic international, dont celui lié à Israël, continue pour l'instant de transiter.
Sources : JNS, Israel Hayom





