Arabie saoudite et Israël coordonnent leur défense antiaérienne via le CENTCOM
Des officiels de sécurité régionaux confirment à Israel Hayom l'existence de contacts entre l'Arabie saoudite et Israël, transitant par le commandement central américain (CENTCOM). Riyad cherche une assistance en renseignement pour protéger ses infrastructures face aux attaques des Houthis et des milices pro-iraniennes en Irak.

Un canal américain pour une coopération discrète
Des officiels de la région, cités par Israel Hayom, confirment que des contacts existent entre l'Arabie saoudite et Israël par l'intermédiaire du CENTCOM. Selon ces sources, Riyad a sollicité, via ce canal, une assistance israélienne en matière de renseignement pour protéger ses infrastructures stratégiques contre les attaques des Houthis, le groupe soutenu par l'Iran au Yémen, et des milices pro-iraniennes basées en Irak.
D'après un responsable israélien interrogé par Israel Hayom, les autorités saoudiennes connaissent bien les capacités israéliennes de défense antiaérienne, illustrées par le déploiement du système Iron Dome aux Émirats arabes unis pendant la dernière guerre contre l'Iran, ainsi que par la vente du système Arrow 3 à l'Allemagne. Le même responsable précise que l'aide actuelle reste, à ce stade, circonscrite au renseignement et à l'alerte précoce, sans exclure un élargissement futur vers des moyens plus offensifs, sous réserve d'une demande américaine explicite.
Une pression iranienne qui pousse Riyad vers Israël
Le rapprochement intervient alors que le royaume affronte une menace sur deux fronts. À l'ouest, les Houthis ont pris le port de Mokha et progressent vers le détroit de Bab el-Mandeb, leur avancée territoriale la plus importante depuis plusieurs années, selon JForum. Des frappes de drones et de missiles ont visé des installations militaires et énergétiques dans le sud du royaume, faisant 73 blessés près de Jazan, où se trouve une raffinerie traitant environ 400 000 barils par jour.
À l'est, l'Iran maintient la pression sur le détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 millions de barils quotidiens. Une attaque contre l'oléoduc Est-Ouest saoudien, revendiquée par une milice irakienne proche de Téhéran, a interrompu pendant plusieurs semaines l'acheminement du pétrole vers le port de Yanbu. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a reçu l'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM, pour évoquer cette double menace, selon JForum.
Washington, sollicité par Riyad pour une intervention militaire directe contre les Houthis, a pour l'instant refusé de frapper, se limitant à des promesses de renseignement et de soutien au ciblage. L'accord de défense signé en août avec la Turquie et le Pakistan n'a pas non plus produit de réponse militaire immédiate, ce qui expose, selon JForum, les limites des garanties extérieures dont dispose le royaume.
Vers un élargissement conditionné à des contreparties
Pour Oded Ailam, ancien haut responsable du Mossad et chercheur au Jerusalem Center for Foreign and Security Affairs, la pression iranienne sur Riyad crée une opportunité stratégique rare pour Israël. Il estime qu'Israël peut offrir au royaume ce que ses alliés traditionnels peinent à fournir : renseignement en temps réel, défense antiaérienne et protection des infrastructures pétrolières et des routes maritimes. Selon lui, la contrepartie exigée par Israël doit être claire : « une sécurité israélienne tangible en échange d'une paix ouverte, signée et immédiate ».
Cette crise survient alors que le déficit budgétaire saoudien atteindrait environ 6,2 % du PIB en 2026, selon le Fonds monétaire international, et que la Vision 2030 du prince héritier réclame des investissements considérables. La hausse des primes d'assurance maritime et les détours par le cap de Bonne-Espérance alourdissent déjà les coûts pour Riyad. La question palestinienne reste toutefois un obstacle à toute normalisation officielle, et le royaume ne souhaite pas apparaître dépendant d'Israël face à une opinion publique arabe sensible.
L'ampleur exacte de la coopération dépendra désormais d'une éventuelle demande américaine explicite, susceptible d'élargir l'assistance israélienne au-delà du seul renseignement. Washington accélère par ailleurs la protection du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, avec l'appui de la cinquième flotte américaine et des forces du Golfe, dans un contexte de tensions sur les prix du pétrole à l'approche des élections de mi-mandat américaines de novembre.
Questions fréquentes
- Israël fournit-il des armes à l'Arabie saoudite ?
- Non, à ce stade l'assistance reste centrée sur le renseignement et l'alerte précoce contre les Houthis, selon les sources israéliennes citées par Israel Hayom.
- Pourquoi l'Arabie saoudite se tourne-t-elle vers Israël ?
- Le royaume fait face à une double menace, houthie à l'ouest et iranienne à l'est, et les garanties de ses alliés traditionnels n'ont pas produit de réponse militaire immédiate.
- Cette coopération signifie-t-elle une normalisation avec Israël ?
- Non, les contacts passent par un canal militaire américain et restent discrets ; la question palestinienne demeure un obstacle à une normalisation officielle.
Sources : Israel Hayom, JForum, JForum




