Israël-Arabie saoudite : la menace houthiste relance l'hypothèse d'une coopération sécuritaire

L'Arabie saoudite cherche à renforcer sa défense face à l'escalade des rebelles houthistes au Yémen, qui menacent le détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Selon Reuters et Israel Hayom, Riyad aurait sollicité, via le commandement américain CENTCOM, un partage de renseignement avec Israël. Un chercheur du Moshe Dayan Center juge toutefois ce rapprochement peu probable à court terme.

3 min de lecturePar la rédaction
Israël-Arabie saoudite : la menace houthiste relance l'hypothèse d'une coopération sécuritaire
Photo : وكالة الأنباء السعودية · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman a rencontré lundi à Jeddah l'amiral Brad Cooper, chef du commandement central américain (CENTCOM), pour évoquer les développements régionaux, ont confirmé des médias saoudiens. Selon trois sources citées par Reuters, Riyad cherchait à obtenir une assistance militaire américaine face à la menace houthiste. Israel Hayom a ensuite rapporté qu'Israël avait été sollicité indirectement, via CENTCOM, pour un partage de renseignement et une aide ponctuelle.

Riyad en quête de soutiens face à la menace houthiste

Les rebelles houthistes cherchent à asseoir leur contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb, point de passage stratégique entre mer Rouge et océan Indien, selon Brandon Friedman, directeur de recherche au Moshe Dayan Center de l'université de Tel-Aviv, interrogé par le Jerusalem Post. Les Houthis ont déjà bombardé l'oléoduc Est-Ouest, contraignant à réacheminer environ 4 millions de barils par jour, soit près de 4 % de l'offre pétrolière mondiale. Des milices soutenues par l'Iran ont par ailleurs ciblé à plusieurs reprises des infrastructures pétrolières saoudiennes, selon le chercheur, qui y voit une pression destinée à faire céder Riyad sur le dossier du détroit d'Ormuz.

Une coopération avec Israël jugée peu probable avant les élections

Brandon Friedman estime qu'il serait logique, face à l'adversaire commun que représente l'axe iranien, qu'une ouverture se crée entre Israël et l'Arabie saoudite. Il juge néanmoins ce scénario « peu probable en l'état », car « toutes les questions de politique étrangère sont aujourd'hui filtrées par le prisme de l'élection israélienne ». Toute aide israélienne devrait, selon lui, rester discrète, compte tenu des impératifs de politique intérieure des deux pays, et ne servirait dans l'immédiat qu'à offrir à la coalition au pouvoir un « coup de pouce avant le scrutin ».

Le chercheur rappelle que l'Arabie saoudite, classée 25e sur 145 pays dans l'indice Global Firepower 2026, reste en réalité très dépendante de Washington depuis quinze ans et dispose de peu de capacités militaires propres, ce qui explique selon lui l'échec de son intervention au Yémen depuis 2015. Faute de soutien américain — Reuters évoque un refus de Washington d'intervenir davantage — et de coopération israélienne, Riyad s'est tourné vers l'accord de La Mecque signé avec la Turquie et le Pakistan. Cet accord reste toutefois insuffisant : le Pakistan a refusé d'envoyer ses propres troupes, occupé par sa lutte contre les talibans.

Entre pression iranienne et propositions israéliennes maximalistes

Selon Brandon Friedman, faute d'options crédibles, Riyad pourrait être contraint de chercher à apaiser Téhéran, qui chercherait à lier la guerre au Yémen aux négociations, menées via Oman, sur les redevances imposées au commerce maritime dans le détroit d'Ormuz. L'Iran aurait ainsi poussé les Houthis à l'escalade pour obtenir des concessions saoudiennes.

Dans une tribune publiée par JForum, le chroniqueur Moshe Ben Harush défend une ligne plus dure : Israël, écrit-il, ne devrait apporter son savoir-faire militaire qu'en échange d'une paix « complète, ouverte et inconditionnelle » avec l'Arabie saoudite, incluant la reconnaissance diplomatique pleine. Il va jusqu'à suggérer, sur un ton polémique, qu'un futur État palestinien pourrait être établi sur le vaste territoire saoudien plutôt que dans les zones revendiquées par Israël. Cette position reste celle d'un éditorialiste et ne reflète pas une annonce officielle israélienne.

Aucun accord n'a pour l'heure été confirmé entre Jérusalem et Riyad. L'évolution de la coalition gouvernementale israélienne, à l'approche des élections, déterminera selon Brandon Friedman si une coopération plus visible devient envisageable.

Questions fréquentes

Pourquoi l'Arabie saoudite cherche-t-elle une aide extérieure face aux Houthis ?
Malgré un armement moderne, Riyad reste très dépendante de Washington et son intervention au Yémen depuis 2015 n'a pas neutralisé les rebelles, selon Brandon Friedman, du Moshe Dayan Center.
Israël a-t-il accepté de coopérer avec l'Arabie saoudite ?
Aucun accord n'a été confirmé. Israel Hayom évoque une approche indirecte via CENTCOM, mais un expert juge la coopération peu probable avant les élections israéliennes.
Quel est l'impact des attaques houthistes sur le pétrole saoudien ?
Les Houthis ont bombardé l'oléoduc Est-Ouest, forçant à réacheminer environ 4 millions de barils par jour, soit près de 4 % de l'offre pétrolière mondiale, selon le Jerusalem Post.

Sources : JForum, The Jerusalem Post

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