Élections en Israël : les sondages dessinent un pays coupé en deux blocs avant le 27 octobre
À un peu plus de six semaines du scrutin législatif du 27 octobre 2026, cinq sondages publiés le 10 septembre montrent une Knesset toujours divisée en deux blocs quasi à égalité. Le parti Yashar de Gadi Eisenkot devance en moyenne le Likoud de Benjamin Netanyahou, mais l'écart reste minime et les scénarios de coalition demeurent flous. Cette incertitude alimente un débat de fond : cette élection, présentée par certains comme « la plus décisive de l'histoire d'Israël », produira-t-elle réellement une majorité tranchée ?

Moins de vingt-quatre heures après la clôture des listes électorales, cinq instituts ont livré, le 10 septembre, une photographie très contrastée du rapport de force entre les deux principaux blocs. Selon la moyenne de ces sondages, le parti Yashar de Gadi Eisenkot arrive en tête avec environ 23,6 sièges, devant le Likoud de Benjamin Netanyahou crédité de 21,8 sièges. Mais l'écart entre les blocs eux-mêmes est encore plus resserré : 53,6 sièges pour le bloc de Netanyahou, Ofer Winter compris, contre 53,4 pour le bloc d'opposition sioniste, les listes arabes se partageant environ 12,2 sièges.
Cinq sondages, cinq scénarios différents
Les résultats varient sensiblement d'un institut à l'autre. Le sondage i24NEWS-Direct Polls est le seul à placer le Likoud nettement en tête, avec 27 sièges contre 22 pour Yashar, et donne au bloc de Netanyahou une majorité de 60 sièges. À l'inverse, la chaîne 12 crédite Yashar de 25 sièges contre 21 au Likoud, avec un bloc d'opposition à 57 sièges. Entre ces deux extrêmes, Channel 13 affiche une parfaite égalité à 53 sièges partout, tandis que KAN News et Walla situent l'écart entre les blocs à quelques dixièmes de mandat seulement. Dans presque tous les sondages, le parti « Peuple d'Israël » d'Ofer Winter franchit le seuil électoral, alors que la liste de Yoaz Hendel et Yaron Zelekha ne le franchit que dans l'enquête de KAN News.
La fusion Eisenkot-Tropper rebat les cartes de l'opposition
Le fait marquant de la clôture des listes est l'intégration du parti de Chili Tropper au sein de la liste de Gadi Eisenkot. Selon Israel Hayom, cette alliance a une portée qui dépasse le simple arithmétique électorale : des membres de l'ex-parti de Tropper avaient par le passé promis de ne jamais soutenir un gouvernement minoritaire, même adossé à l'abstention des partis arabes. La logique du camp Eisenkot consisterait désormais à ne pas négocier ouvertement avec les députés arabes, mais à laisser entendre que la chute de Netanyahou dépend de leur vote, sans le leur demander explicitement. Le problème, souligne le quotidien, tient aux partenaires potentiels : Avigdor Lieberman et Naftali Bennett ont déjà écarté l'idée de rejoindre une telle manœuvre, par crainte de porter seuls le poids d'une promesse rompue au profit d'un nouveau venu en politique.
Une élection vraiment « décisive » ?
Certains éditorialistes, dont Israel Hayom, mettent en doute le récit d'une élection « la plus fatidique de l'histoire de l'État », mis en avant par une partie de la classe politique. L'argument avancé est historique : les scrutins de 1992 et de 1996, remportés à une poignée de sièges près, avaient débouché sur de vrais changements de cap parce qu'un bloc déterminé avait atteint la majorité. Si aucun camp n'obtient une majorité claire de 61 sièges, le résultat le plus probable serait un gouvernement fragile, contraint de renier une partie de ses engagements de campagne, à l'image de l'expérience du gouvernement de changement dirigé par Naftali Bennett en 2021.
Une campagne tendue jusque dans la sphère privée
Le climat électoral se double de tensions personnelles autour du couple Netanyahou. Sara Netanyahou a rejeté une demande d'excuses formulée par Eyal Giler, un des quatre prévenus poursuivis pour des incendies allumés en septembre 2025 près de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, lors d'une manifestation réclamant la libération des otages. Après avoir affirmé sur Channel 14 que l'objectif des auteurs de ces feux était de « tuer » sa famille, Sara Netanyahou a refusé de retirer ses propos ou de verser une compensation, réclamant à son tour 5 millions de shekels (NIS) à Giler par l'intermédiaire de son avocat. Cet épisode, le troisième différend judiciaire public né de la même interview, illustre la polarisation qui accompagne la campagne, sans être directement lié aux enjeux de sièges.
Un intérêt qui dépasse les frontières d'Israël
Le rendez-vous du 27 octobre mobilise aussi la diaspora. Une analyse publiée dans le Jerusalem Post par le chercheur Ken Stein estime que si les Juifs américains votaient aux élections israéliennes, ils formeraient plutôt une coalition sioniste centriste ou de centre-gauche autour de Gadi Eisenkot, Naftali Bennett, Yaïr Lapid, les Démocrates et Avigdor Lieberman. À l'inverse, selon la même étude, les Juifs israéliens pencheraient nettement à droite dans un scrutin américain hypothétique. Ce contraste, souligne l'auteur, reflète des cultures politiques et des priorités de sécurité très différentes entre les deux communautés.
À six semaines du vote, aucune tendance ne semble définitivement installée. Les états-majors devront composer avec des marges d'erreur qui dépassent parfois l'écart entre les blocs, et avec la possibilité que le prochain gouvernement, quel qu'il soit, doive être formé sur une base étroite et provisoire.
Questions fréquentes
- Quand se tiennent les élections législatives israéliennes ?
- Le scrutin est prévu le 27 octobre 2026, selon les informations du Jerusalem Post.
- Quel parti arrive en tête des sondages ?
- En moyenne, le parti Yashar de Gadi Eisenkot devance le Likoud de Benjamin Netanyahou, mais un sondage i24NEWS place le Likoud en tête.
- Pourquoi parle-t-on de gouvernement minoritaire ?
- Si aucun bloc n'atteint 61 sièges, un gouvernement pourrait être formé sans majorité stable, potentiellement soutenu de l'extérieur par certains députés, un scénario jugé fragile par plusieurs analystes.
Sources : Israel Hayom, The Jerusalem Post, The Jerusalem Post, The Jerusalem Post





