Netanyahou attaque Haaretz en justice pour un article sur un avertissement émirati

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a annoncé, mercredi 9 septembre, avoir chargé ses avocats d'engager une action en diffamation contre le quotidien Haaretz, le journaliste Shlomi Eldar et plusieurs de ses collègues. En cause, une enquête affirmant que le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, l'aurait averti d'une attaque imminente du Hamas plus d'une semaine avant le 7 octobre 2023. L'affaire éclate en pleine campagne pour les élections législatives du 27 octobre.

3 min de lecture5 vuesPar la rédaction
Netanyahou attaque Haaretz en justice pour un article sur un avertissement émirati
Photo : Pham Ngoc Anh / Pexels

Dans une lettre de mise en demeure adressée au journal, Netanyahou exige le retrait de l'article, la publication d'excuses et le versement d'un million de shekels sous 72 heures. À défaut, précise le texte, une action en justice réclamant plus de 2,5 millions de shekels sera engagée. Haaretz a indiqué maintenir intégralement ses informations.

Le récit de Haaretz et le contexte du 7 octobre

Selon l'enquête du journaliste Shlomi Eldar, Mohammed ben Zayed aurait informé Netanyahou, environ dix jours avant le 7 octobre, que le chef du Hamas Yahya Sinwar préparait un « événement majeur ». Le Premier ministre n'aurait pas transmis cette information aux services de sécurité. Une information similaire concernant un avertissement égyptien, rapportée auparavant par ynet et Yedioth Ahronoth, a également été démentie par Netanyahou. Le même dossier médiatique évoque un livre à paraître, « Hostages: 843 Days of Abandonment », qui contiendrait d'autres révélations, dont une conversation téléphonique du 7 octobre entre le Premier ministre qatari et l'ex-secrétaire d'État américain Antony Blinken, au cours de laquelle une libération immédiate et sans contrepartie des otages aurait été proposée puis écartée.

La défense de Netanyahou

Le Premier ministre a qualifié l'affaire de « machination malveillante » au calendrier politique évident, selon ses propres termes. Il affirme qu'un examen du journal des appels du bureau du Premier ministre, du Conseil de sécurité nationale et du secrétariat militaire n'a révélé aucune trace d'un appel avec Mohammed ben Zayed entre début septembre et le 7 octobre. Il précise que les échanges avec le président émirati passent habituellement par un représentant venu au bureau du Premier ministre avec un appareil crypté, et que les registres d'entrée ne montrent aucune visite de ce type durant la période. Le journaliste Ronen Bergman a relevé que le secrétaire militaire Avi Gil, seul habilité à assister à une telle conversation, n'était pas présent ce jour-là. Netanyahou a par ailleurs reporté la responsabilité des défaillances du 7 octobre sur l'ancien chef du Shin Bet Ronen Bar et l'ancien chef d'état-major Herzi Halevi, affirmant qu'ils disposaient de signaux d'alerte plusieurs heures avant l'attaque.

Dahlan, les Émirats et Blinken répliquent

Le Likud a accusé l'ancien responsable palestinien Mohammed Dahlan, installé aux Émirats, d'être à l'origine du reportage. Le porte-parole de sa formation, Dimitri Diliani, a qualifié ces accusations de « ludiques et trompeuses », y voyant une tentative de détourner l'attention des responsabilités israéliennes dans les échecs du 7 octobre. Les Émirats arabes unis ont refusé de confirmer ou d'infirmer l'existence d'un avertissement, se bornant à indiquer que « lorsque cela est nécessaire, tous les renseignements ont été transmis ». Antony Blinken a de son côté démenti en cinq mots, sur X, l'épisode qui lui est attribué concernant une offre qatarie de libération des otages, le qualifiant de « pure fiction ». Le bureau du Premier ministre israélien a publié un communiqué affirmant qu'aucun avertissement direct n'avait été transmis, tout en admettant qu'une information « pertinente », si elle a existé, aurait pu transiter par les canaux de renseignement entre les deux pays.

Une polémique en pleine campagne électorale

Selon des informations diffusées par JForum, Shlomi Eldar aurait perçu des fonds de l'association Drekno, proche du Parti démocrate, pour promouvoir son enquête sur les réseaux de cette organisation avant même sa publication. Le journaliste a confirmé avoir reçu ce financement. Cette dimension partisane s'ajoute à un climat déjà tendu, à quelques semaines des élections du 27 octobre, alors que des centaines d'anciennes familles d'otages réclament la création d'une commission d'enquête d'État sur les défaillances ayant précédé l'attaque. Pour le chercheur Kobi Michael, de l'Institut d'études sur la sécurité nationale, la question de savoir si un avertissement précis a été transmis importe finalement peu : le système israélien disposait déjà de nombreux signaux qu'il n'a pas su interpréter ou faire remonter à temps.

La procédure judiciaire annoncée par Netanyahou doit désormais suivre son cours, tandis que la parution du livre évoqué par Haaretz pourrait relancer la controverse. Entre démentis officiels, accusations croisées et enjeux électoraux, la vérité sur les avertissements reçus avant le 7 octobre reste, à ce stade, disputée.

Questions fréquentes

Que reproche Netanyahou à Haaretz ?
Il l'accuse d'avoir publié un article affirmant, sans preuve selon lui, qu'il avait été averti par les Émirats arabes unis d'une attaque imminente avant le 7 octobre 2023.
Quelle est la position des Émirats arabes unis ?
Ils n'ont ni confirmé ni infirmé l'existence d'un avertissement, déclarant seulement que les renseignements nécessaires avaient été transmis.
Que dit Antony Blinken sur l'affaire des otages ?
Il a démenti sur X, en des termes très brefs, avoir écarté une offre qatarie de libération immédiate des otages le 7 octobre 2023.

Sources : JForum, The Jerusalem Post, Infos Israël News, JForum

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