Sanctions britanniques sur les implantations : Londres et Jérusalem au bord de la rupture

Le Royaume-Uni a annoncé une interdiction d'importation visant les produits issus des implantations israéliennes de Judée et Samarie, jugées illégales par Londres. Israël a répondu en retirant son personnel d'un centre de coordination et en annonçant la fermeture du consulat britannique à Jérusalem. La décision divise aussi la communauté juive britannique.

3 min de lecture10 vuesPar la rédaction
Sanctions britanniques sur les implantations : Londres et Jérusalem au bord de la rupture
Photo : Ben Young / Pexels

Le ministre britannique des Affaires étrangères Ed Miliband a annoncé mardi une interdiction d'importation des biens provenant des implantations israéliennes de Judée et Samarie, qualifiées d'« illégales » par Londres. Onze autres pays ont pris des mesures similaires, dans des formes variables d'interdictions ou de sanctions commerciales. La Belgique avait déjà instauré une interdiction comparable en juillet.

Le vin, secteur le plus exposé

Parmi les produits concernés, le vin issu des implantations figure en première ligne, car les bouteilles portent des étiquettes précises indiquant leur origine. Des marques comme Psagot, Gush Etzion ou Shiloh sont particulièrement visées. Aaron Schapiro, qui dirige Arele's Kosher Wines à Londres, a indiqué au Jerusalem Post que son magasin pourrait perdre plus de la moitié de son inventaire si l'interdiction entre en vigueur, les clients recherchant spécifiquement des vins israéliens plutôt que des substituts français ou italiens.

Yaakov Berg, PDG de la winery Psagot, la plus grande cave d'implantation, exporte environ 60 % de sa production, soit entre 350 000 et 750 000 bouteilles par an, notamment vers le Royaume-Uni via l'importateur Kedem Europe et des enseignes comme Tesco. Il a reconnu que l'impact serait négatif à court terme mais estime que son entreprise, ayant déjà survécu à plusieurs boycotts, ne changera rien à sa production. Berg a qualifié les sanctions britanniques de manifestation d'antisémitisme, rappelant que sa winery se trouve, selon lui, sur une terre où le peuple juif est présent depuis quatre mille ans.

Une piste d'exemption est évoquée pour les produits casher destinés à un usage rituel. Le jus de raisin casher non fermenté utilisé pour le Seder ou le Kiddoush bénéficie déjà d'une exonération de TVA au Royaume-Uni s'il est explicitement marqué « à usage sacramentel ». Schapiro estime que cette logique pourrait s'appliquer à une large part des vins et produits casher exportés d'Israël, ce qui limiterait l'ampleur réelle des sanctions.

La réaction officielle israélienne

Le président de la Knesset, Amir Ohana (Likoud), a condamné jeudi les sanctions britanniques sur les ondes de 103FM, affirmant qu'Israël continuerait à agir pour la sécurité de ses citoyens « même si cela suscite des condamnations, y compris sévères, de certains pays ». Il a qualifié le Royaume-Uni de « Londonistan », précisant que le plus proche allié d'Israël restait les États-Unis. Ohana a repris une formule attribuée à l'ancienne Première ministre Golda Meir, préférant les condamnations aux condoléances.

Interrogé sur un éventuel encouragement à la violence dans les implantations, Ohana a dit condamner « ce petit groupe qui ne représente pas le mouvement des implantations », tout en soulignant que les sanctions britanniques visaient, selon lui, l'ensemble de l'entreprise des implantations et non les seuls auteurs de violences.

Représailles diplomatiques et extension aux autres pays européens

Israël a réagi en retirant immédiatement son personnel du Centre de coordination civilo-militaire (CMCC) de Kiryat Gat, où un officier britannique occupait un poste de commandement adjoint dans le cadre d'une initiative américaine pour le Moyen-Orient. La fermeture prochaine du consulat britannique à Jérusalem a également été annoncée. Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a indiqué que des mesures similaires seraient appliquées à la France et à d'autres pays européens ayant sanctionné les implantations, sans préciser de calendrier.

Du côté britannique, un responsable a qualifié la réaction israélienne de « regrettable », en précisant que les sanctions ne visaient pas Israël en tant qu'État mais répondaient à des considérations de sécurité et de droit international liées à la situation en Judée et Samarie.

Une communauté juive britannique divisée

La décision de Londres a provoqué des remous au sein de la communauté juive du Royaume-Uni. Le grand rabbin Ephraim Mirvis, qui avait mis en garde contre les conséquences de telles mesures, a qualifié cette journée de « jour sombre pour les Juifs britanniques », estimant que les consultations menées par le gouvernement n'avaient pas été suivies d'effet. Des inquiétudes ont été exprimées sur des répercussions concrètes : activité des commerces casher, démarches d'alyah, reconnaissance de diplômes israéliens ou expositions d'artistes juifs au Royaume-Uni. Le contexte électoral britannique, marqué par la concurrence du Parti travailliste avec les Verts sur les questions liées à la Palestine, est avancé par plusieurs observateurs pour expliquer le calendrier de cette décision.

La confrontation entre Londres et Jérusalem devrait se poursuivre dans les prochaines semaines, à mesure que d'autres pays européens précisent l'étendue de leurs propres mesures et qu'Israël arrête ses ripostes, notamment vis-à-vis de la France. Le sort réservé aux vins casher, suspendu à une éventuelle exemption religieuse, sera l'un des premiers tests concrets de l'application de ces sanctions.

Questions fréquentes

Quels produits sont visés par les sanctions britanniques ?
Principalement les biens produits dans les implantations de Cisjordanie jugées illégales par Londres, en particulier les vins de wineries comme Psagot, Gush Etzion ou Shiloh, facilement identifiables par leur étiquetage.
Une exemption est-elle possible pour le vin casher ?
Une exemption pour usage religieux est évoquée, sur le modèle de l'exonération de TVA déjà appliquée au jus de raisin casher marqué « à usage sacramentel », mais rien n'est encore tranché.
Comment Israël a-t-il répondu à ces sanctions ?
Israël a retiré son personnel du Centre de coordination civilo-militaire de Kiryat Gat, annoncé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem et prévoit d'étendre des mesures similaires à la France et à d'autres pays européens.

Sources : The Jerusalem Post, The Jerusalem Post, JForum, JForum

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