Munitions en grappe : Human Rights Watch accuse le Hezbollah d'un possible crime de guerre

Human Rights Watch affirme que le Hezbollah a tiré des munitions en grappe sur des localités du nord d'Israël en mars 2026, un usage qui pourrait constituer un crime de guerre. L'ONG, dans une prise de position rare visant le mouvement chiite, a enquêté à Metula après deux attaques ayant endommagé des habitations sans faire de victimes.

3 min de lecture6 vuesPar la rédaction
Munitions en grappe : Human Rights Watch accuse le Hezbollah d'un possible crime de guerre
Photo : Bas Linders / Pexels

Human Rights Watch (HRW) a annoncé mercredi que le Hezbollah avait probablement utilisé des munitions en grappe lors de deux attaques contre le nord d'Israël, les 4 et 15 mars 2026. Selon l'organisation, cet usage « peut constituer un crime de guerre », en raison du caractère intrinsèquement indiscriminé de ces armes et de leur dangerosité durable pour les populations civiles.

Deux attaques sur Metula analysées par les enquêteurs

Des chercheurs de HRW se sont rendus à Metula en mai pour examiner les sites d'impact et interroger quatre témoins. Le 4 mars, une frappe a touché une rue résidentielle au sud de la ville, près du cimetière. Hagai, un habitant de 57 ans, a raconté avoir couru vers l'abri avec sa femme et ses deux enfants après avoir entendu les sirènes, avant de rester confiné pendant 24 heures pendant que Tsahal déblayait le quartier des sous-munitions non explosées. Selon son témoignage, l'attaque a détruit ses deux véhicules, brisé douze fenêtres, sectionné deux canalisations d'eau, et une sous-munition a été retrouvée sur son toit. L'armée aurait dénombré une cinquantaine de cratères d'impact ; HRW en a identifié sept correspondant à des sous-munitions, la route ayant depuis été repavée, ainsi que des cratères supplémentaires visibles sur des photos antérieures de journalistes.

Des preuves matérielles jugées crédibles par HRW

HRW a également examiné une photographie diffusée par la police israélienne montrant une sous-munition non explosée de type BRB1, provenant d'une roquette de 122 mm pouvant en contenir entre 45 et 56. L'organisation dit ne pas avoir pu authentifier l'image de façon indépendante, mais la juge crédible : elle n'en a trouvé aucune version antérieure au 4 mars en ligne, et le nombre d'impacts rapportés par les témoins correspond à celui habituellement contenu dans ce système. Concernant l'attaque du 15 mars, un témoin a évoqué plusieurs explosions simultanées et un confinement de 24 heures ; une vidéo géolocalisée publiée sur Telegram le même jour montre une trentaine de petites explosions près d'une entrée, compatibles avec un tir de munitions en grappe.

Une condamnation rare et des dénégations du Hezbollah

Patrick Thompson, chercheur de HRW spécialisé dans les armes de conflit, a déclaré que « les munitions en grappe ne devraient être utilisées en aucune circonstance » et que leur emploi en zone civile constitue « une violation flagrante du droit international ». Le Hezbollah avait pourtant revendiqué publiquement les frappes de mars, avant de démentir auprès de HRW avoir utilisé ou détenu ce type d'armement, une contradiction relevée par l'ONG. Le Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a par ailleurs confirmé, selon HRW, que le Hezbollah avait tiré des roquettes non guidées sur des zones peuplées, un usage également jugé contraire au droit des conflits armés. La Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions, ratifiée par 112 États dont le Liban, interdit ces armes, mais le Hezbollah, en tant qu'acteur non étatique, n'y est pas formellement lié.

Un rapport qui s'inscrit dans une escalade plus large

Cette dénonciation intervient alors que les hostilités entre Israël et le Hezbollah se sont intensifiées depuis l'automne 2023, avec des cessez-le-feu intermittents. Tsahal a poursuivi ses opérations dans le sud du Liban, notamment après le lancement de drones explosifs contre ses troupes, tout en rejetant catégoriquement les accusations du secrétaire général de l'ONU António Guterres, qui a condamné des pertes civiles et des destructions massives lors des opérations israéliennes. Le ministère israélien des Affaires étrangères a répliqué que Guterres n'avait pas mentionné le Hezbollah, rappelant que la Finul avait observé pendant des années la construction de l'infrastructure militaire du mouvement. Le ministre de la Défense Israël Katz a réaffirmé qu'Israël ne se retirerait pas de la zone de sécurité tant que le Hezbollah ne serait pas désarmé sur l'ensemble du territoire libanais.

Le rapport de HRW ne clôt pas le débat sur les responsabilités respectives dans ce conflit. Il ouvre en revanche la question d'un éventuel suivi judiciaire international, alors que les submunitions non explosées continuent de représenter un danger pour les habitants de Metula, à l'image d'un père qui interdit désormais à son fils de récupérer un ballon tombé dans les broussailles voisines.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une munition en grappe ?
C'est une arme explosive qui disperse des dizaines voire des centaines de petites sous-munitions sur une large zone ; beaucoup n'explosent pas à l'impact et agissent ensuite comme des mines, dangereuses pendant des décennies.
Le Hezbollah est-il lié par la Convention sur les armes à sous-munitions ?
Non. Le Liban est État partie à ce traité de 2008, mais le Hezbollah, en tant que groupe armé non étatique, n'y est pas formellement soumis, selon Human Rights Watch.
Y a-t-il eu des victimes civiles lors des attaques de mars 2026 à Metula ?
Selon HRW, les attaques du 4 et du 15 mars n'ont pas fait de victimes civiles, mais ont causé des dégâts matériels importants et laissé des sous-munitions non explosées sur place.

Sources : The Jerusalem Post, JNS

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