Israël et l'UE renforcent leur coopération scientifique malgré les tensions

Malgré les tensions politiques persistantes entre Israël et plusieurs gouvernements européens, notamment autour des implantations en Judée et Samarie, la coopération scientifique et technologique entre Israël et l'Union européenne se poursuit et s'élargit. Une cérémonie organisée à la résidence du président à Jérusalem a mis en lumière trois décennies de partenariat dans le cadre du programme Horizon Europe, tandis que plusieurs contrats de défense viennent d'être signés avec des Etats membres.

4 min de lecture6 vuesPar la rédaction
Israël et l'UE renforcent leur coopération scientifique malgré les tensions
Photo : Mathias Reding / Pexels

Mardi, diplomates, chercheurs et responsables israéliens et européens se sont réunis à la résidence du président à Jérusalem pour la cérémonie des prix Horizon Europe. L'événement, organisé conjointement par ISERD, la direction Israël-Europe pour la R&D de l'Israel Innovation Authority, et la délégation de l'Union européenne en Israël, a récompensé des chercheurs, entreprises et institutions israéliens lauréats de financements Horizon Europe. Il intervient alors que les relations politiques entre Israël et plusieurs pays européens restent tendues, notamment autour du dossier des implantations en Judée et Samarie.

Un partenariat scientifique vieux de trente ans

Israël participe aux programmes-cadres de recherche européens depuis 1996 et fut, selon IsraelValley, le premier pays non européen à intégrer ce type de dispositif. Depuis 2000, un accord d'association encadre également les échanges commerciaux entre Israël et l'Union européenne, qui reste le premier partenaire commercial de l'Etat hébreu, avec des échanges bilatéraux dépassant 43 milliards d'euros selon IsraelValley. Horizon Europe, doté d'un budget de plus de 95 milliards d'euros pour la période 2021-2027, permet aux chercheurs, universités et entreprises israéliens éligibles de concourir aux financements européens, bien qu'Israël ne soit pas membre de l'UE.

Des chiffres qui illustrent la profondeur de la coopération scientifique

Lors de la cérémonie, la ministre de l'Innovation, des Sciences et de la Technologie, Gila Gamliel, a rappelé que plus de 5 000 projets conjoints ont été menés depuis le début de cette coopération, impliquant plus de 6 000 participants israéliens et plus de 1 000 entreprises, pour des montants représentant plusieurs milliards d'euros d'activité de recherche. Elle a souligné que, malgré les bouleversements liés à la guerre et les difficultés rencontrées par certains chercheurs israéliens dans le monde académique européen, 140 collaborations ont été financées au cours de la dernière année. Une vidéo diffusée pendant l'événement a illustré ces travaux, notamment un projet de café cultivé à partir de cellules en laboratoire. Le programme Erasmus+, auquel Israël participe également, a permis à environ 5 000 participants européens - étudiants et enseignants - de séjourner en Israël depuis son intégration en 2014, tandis que plusieurs milliers d'Israéliens ont effectué le trajet inverse, selon IsraelValley, qui précise qu'aucun chiffre officiel global ne recense précisément ces mobilités.

Une diplomatie scientifique revendiquée face aux tensions

L'ambassadeur de l'Union européenne en Israël, Michael Mann, en poste depuis septembre 2025, a salué « trente ans de coopération formidable » en matière de recherche et d'innovation, qu'il a qualifiée de « très utile pour Israël et pour les Européens », en insistant sur l'importance de la liberté académique. Pour Millo Potsonen, chef de mission adjoint de la Finlande, les défis communs auxquels font face l'Europe et Israël rendent cette coopération d'autant plus nécessaire, la recherche ne connaissant « pas de frontières ». Le président Isaac Herzog a inscrit la cérémonie dans une perspective historique, évoquant l'héritage intellectuel d'Albert Einstein confié à l'Université hébraïque de Jérusalem, avant d'aborder les tensions diplomatiques actuelles, dont l'annonce britannique de sanctions commerciales liées aux implantations israéliennes. Le contraste entre l'ambiance de la cérémonie et le contexte politique extérieur a été relevé par plusieurs intervenants.

La coopération sécuritaire et technologique s'élargit aussi

Au-delà de la recherche académique, plusieurs partenariats stratégiques se sont concrétisés récemment entre Israël et des Etats membres de l'Union européenne, selon Kountrass. L'Allemagne a finalisé l'achat du système de défense antimissile Arrow 3 pour 3,6 milliards de dollars et a signé, en février 2026, un accord de coopération doctrinale et d'entraînement entre ses forces terrestres et celles d'Israël. L'entreprise israélienne Rafael doit ouvrir une usine de fabrication de composants du Dôme de fer en Allemagne, sur un ancien site du groupe Volkswagen. La Grèce a par ailleurs signé un contrat de 3 milliards d'euros avec le ministère israélien de la Défense pour un système de défense aérienne multicouche. À Bruxelles, la directrice de l'Agence spatiale israélienne, Shimrit Maman, s'est entretenue avec la commissaire européenne à l'Innovation pour explorer des développements conjoints en intelligence artificielle et en robotique. Cette dynamique s'inscrit aussi dans le cadre du Pacte pour la Méditerranée, lancé par l'UE à la suite du trentième anniversaire de la Déclaration de Barcelone, dont le plan d'action conjoint a été adopté en avril 2026.

Reste à savoir si cette relance de la coopération scientifique et sécuritaire suffira à apaiser les tensions politiques persistantes, alimentées notamment par le dossier des implantations en Judée et Samarie et les sanctions britanniques. Comme l'a résumé Shlomi Kofman, directeur général d'ISERD, lors de la cérémonie à Jérusalem, l'histoire de cette diplomatie scientifique « n'est pas terminée ». Elle continue de s'écrire, au fil des projets de recherche, des contrats industriels et des échanges universitaires entre Israël et l'Europe.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Horizon Europe et pourquoi Israël y participe-t-il ?
Horizon Europe est le programme de recherche et d'innovation de l'Union européenne, doté d'un budget de plus de 95 milliards d'euros pour 2021-2027. Israël y participe comme pays associé depuis les années 1990, ce qui permet à ses chercheurs et entreprises de concourir aux financements européens.
La coopération scientifique est-elle affectée par les tensions politiques entre Israël et l'Europe ?
Selon les intervenants de la cérémonie à Jérusalem, la coopération se poursuit malgré les tensions, avec 140 nouvelles collaborations financées au cours de la dernière année, même si certains chercheurs rencontrent des difficultés dans le monde académique européen.
Quels pays européens ont récemment signé des contrats de défense avec Israël ?
L'Allemagne a acheté le système Arrow 3 et signé un accord de coopération militaire, tandis que la Grèce a conclu un contrat de 3 milliards d'euros pour un système de défense aérienne multicouche, selon Kountrass.

Sources : JNS, IsraelValley, Kountrass, IsraelValley

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