Les Houthis prennent le contrôle du détroit stratégique de Bab al-Mandeb
Les rebelles yéménites pro-iraniens ont saisi l'île de Mayoun, verrouillant l'accès au détroit de Bab al-Mandeb, passage clé entre mer Rouge et océan Indien. Cette avancée militaire, qui suit la prise du port de Moka, inquiète les capitales occidentales et les pays du Golfe. Israël, dont plusieurs navires transitent par cette route, suit la situation de près.

Les Houthis ont pris le contrôle de l'île de Mayoun, également connue sous le nom de Perim, positionnée au cœur du détroit de Bab al-Mandeb. Selon un responsable du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale et un porte-parole houthiste cités par l'Associated Press, cette prise fait suite à la chute du port stratégique de Moka, situé à environ 75 kilomètres du détroit. Les forces gouvernementales se seraient retirées de l'île après des combats qui durent depuis plus d'une semaine.\n\n## Une progression militaire rapide sur le littoral\n\nEn quelques jours, les Houthis ont enchaîné les gains territoriaux le long de la côte de la mer Rouge. Après avoir percé les lignes défensives autour de Moka, ils ont pris la ville de Dhubab, ainsi que les îles Hanish, situées entre les provinces de Hodeidah et de Moka. Le général Tareq Saleh, du côté gouvernemental, a reconnu des pertes importantes et l'établissement d'un nouveau centre de commandement au sud de Moka. Des médias arabes ont également fait état de frappes aériennes visant des positions houthistes dans la province de Hodeidah, tandis que des sources yéménites évoquent des raids saoudiens près de l'aéroport de Moka.\n\n## Bab al-Mandeb, nouvel enjeu après le détroit d'Ormuz\n\nCe passage maritime, qui relie l'Asie à l'Europe via la mer Rouge et le canal de Suez, a gagné en importance stratégique depuis que l'Iran a largement bloqué le trafic dans le détroit d'Ormuz fin février, en réaction à des frappes américaines. Bab al-Mandeb est notamment devenu une voie de contournement pour les exportations pétrolières saoudiennes. Selon des analyses citées par la presse américaine, la possibilité pour Téhéran et ses alliés de tenir simultanément les deux détroits constituerait un levier de pression considérable sur la sécurité énergétique mondiale et sur les tensions entre Washington et l'Iran.\n\n## Réactions du gouvernement yéménite et des Houthis\n\nRashad al-Alimi, à la tête du Conseil présidentiel de direction du gouvernement reconnu par la communauté internationale, a dénoncé une escalade des « milices terroristes houthistes » sur l'ensemble des fronts, en particulier sur la côte occidentale, avec selon lui l'implication d'experts liés aux Gardiens de la révolution iraniens. Il a averti que toute modification de la situation militaire autour de Bab al-Mandeb ne pouvait être traitée comme une simple affaire yéménite, tant les conséquences toucheraient la mer Rouge, le canal de Suez et le commerce mondial.\n\nDe leur côté, les Houthis cherchent à rassurer. Un porte-parole du mouvement a affirmé que « la navigation maritime est sûre pour toutes les compagnies, à l'exception des navires saoudiens ». Cette déclaration est toutefois jugée peu crédible par plusieurs observateurs, dans un contexte où le mouvement a proclamé un blocus naval contre l'Arabie saoudite en juillet, accusant Riyad d'empêcher l'atterrissage d'avions iraniens au Yémen. En représailles à la prise de Mayoun, l'Arabie saoudite aurait frappé un aéroport dans le port de Moka, selon un média houthiste. Téhéran a pour sa part appelé Riyad à lever son blocus et à reprendre les négociations.\n\n## Enjeux régionaux et risques d'escalade\n\nL'amiral Brad Cooper, chef du Commandement central américain, s'est rendu en Arabie saoudite pour des discussions urgentes sur l'avancée houthiste, selon des sources citées par Axios. Un analyste cité par Al-Jazeera estime que la chute de Moka, dernier port entièrement sous contrôle gouvernemental, marque un « tournant dans la guerre » susceptible d'entraîner l'effondrement des forces loyalistes dans le sud du Yémen. Selon l'Organisation internationale pour les migrations, les combats de la semaine écoulée ont fait des centaines de morts dans les deux camps et déplacé près de 20 000 personnes, dont des centaines de femmes et d'enfants ayant fui Moka vers les provinces de Lahij et d'Aden.\n\nPour la presse israélienne, la capacité d'un acteur à menacer à la fois Moka, Bab al-Mandeb et la route d'exportation saoudienne en mer Rouge constitue un levier direct sur les enjeux liés au détroit d'Ormuz et à la confrontation entre Washington et Téhéran. L'envoyé spécial de l'ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a appelé lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité à un engagement collectif pour éviter de basculer vers un conflit régional plus large.\n\nLa suite dépendra largement de la réaction de Riyad et de Washington face à cette double emprise potentielle sur Ormuz et Bab al-Mandeb. Les prochains jours diront si les frappes saoudiennes suffisent à contenir l'avancée houthiste ou si le conflit yéménite s'installe durablement comme un facteur de risque pour le commerce maritime mondial.
Questions fréquentes
- Pourquoi le détroit de Bab al-Mandeb est-il si important ?
- Il relie la mer Rouge à l'océan Indien et constitue une voie majeure pour le commerce maritime entre l'Asie et l'Europe via le canal de Suez, notamment pour les exportations pétrolières.
- Que se passe-t-il actuellement dans le détroit ?
- Les Houthis ont pris le contrôle de l'île de Mayoun, au centre du détroit, après avoir capturé le port de Moka et plusieurs positions côtières, renforçant leur emprise sur cette voie stratégique.
- Quel lien avec le détroit d'Ormuz ?
- L'Iran ayant largement bloqué le trafic dans le détroit d'Ormuz depuis février, Bab al-Mandeb est devenu une route alternative critique, dont le contrôle par les alliés de Téhéran accroîtrait leur pression sur la sécurité énergétique mondiale.
Sources : IsraelValley, Israel Hayom, JNS




