Nucléaire iranien : la stratégie du chef du renseignement militaire israélien Shlomi Binder
Le général Shlomi Binder, chef du renseignement militaire israélien (Aman) depuis août 2024, a détaillé sa lecture de la menace nucléaire iranienne dans un entretien accordé au Jerusalem Post. Cinq mois après la guerre de 2026, il estime que le programme iranien a été considérablement endommagé, sans être totalement neutralisé.

Selon le Jerusalem Post, Shlomi Binder a supervisé les frappes contre les sites de Natanz, Ispahan et plusieurs dizaines d'autres installations iraniennes, ainsi que le renseignement transmis aux États-Unis avant le bombardement de Fordo en juin 2025. Le quotidien affirme aussi qu'il a dirigé le renseignement utilisé lors d'une opération contre le programme balistique iranien. Cinq mois après la guerre de 2026, le bilan qu'il dresse est contrasté : des acquis réels, mais des inquiétudes qui n'ont pas disparu.
Un programme nucléaire endommagé mais pas anéanti
D'après les informations recueillies par le Jerusalem Post, l'Iran ne dispose actuellement d'aucune centrifugeuse en cours d'enrichissement, et la majorité de son uranium le plus enrichi resterait difficilement accessible. La plupart des installations nucléaires du régime auraient été détruites ou mises hors service par les frappes de 2025 et 2026, une situation inédite depuis des décennies selon le journal. Mais plusieurs sources citées par le quotidien s'inquiètent : quelques centaines de centrifugeuses avancées de type IR-6 auraient survécu, enterrées en profondeur, et pourraient suffire, à terme, à reconstituer une capacité de fabrication d'une arme. Le Jerusalem Post évoque aussi le risque que Téhéran extraie clandestinement, par des travaux de creusement, de l'uranium enrichi à 60 % ou 20 % dissimulé sous des décombres.
Pickaxe Mountain, nouvelle priorité du renseignement
Le site souterrain de Pickaxe Mountain, présenté par le Jerusalem Post comme plus profond encore que Fordo, concentre l'attention du Mossad et de l'Aman. Le président américain Donald Trump avait déclaré en juillet vouloir « prendre » ce site tout en indiquant n'y observer « aucune activité », une contradiction relevée par le journal. Des informations du Wall Street Journal et de CNN avaient pourtant fait état, selon des sources israéliennes, du transfert de milliers de centrifugeuses et d'uranium enrichi vers ce site. Le Jerusalem Post indique que la question reste disputée entre responsables israéliens et américains, mais que Pickaxe Mountain n'était toujours pas opérationnel début septembre. Certains responsables israéliens se disent toutefois plus confiants qu'auparavant sur la capacité des forces aériennes alliées à neutraliser l'installation, même si sa destruction totale demeure incertaine.
Un changement de régime jugé plus lointain
Si le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le ministre de la Défense Israël Katz et le directeur du Mossad Roman Gofman continuent d'évoquer un changement de régime à Téhéran, ce terme aurait largement disparu du vocabulaire de l'état-major de Tsahal, selon le Jerusalem Post. Shlomi Binder et d'autres responsables militaires se seraient montrés sceptiques dès le début de la guerre de 2026 sur une chute rapide du régime, et le seraient encore davantage aujourd'hui. Le quotidien précise que Binder se serait opposé au projet de soutenir une insurrection kurde, par crainte qu'elle ne pousse une partie de l'opposition chiite iranienne à se rallier au régime. Le journal ajoute que de nombreux manifestants auraient été tués lors d'affrontements début janvier ou après la fin de la guerre, début avril.
Liban et Gaza sous surveillance continue
Selon les Nations unies, citées par le Jerusalem Post, 360 000 Libanais restent déplacés en raison de la guerre et de la zone de sécurité tenue par Tsahal dans le sud du Liban, contre plus de 1,1 million au plus fort du conflit. Le renseignement militaire israélien estimerait qu'environ 500 000 Libanais ne sont toujours pas rentrés chez eux, ce qui constituerait la principale pression exercée sur le Hezbollah. Le journal rapporte également qu'un siège prolongé aurait permis à Tsahal de venir à bout d'une force du Hezbollah retranchée sur la crête d'Ali Taher, une opération restée discrète pour éviter une escalade avec l'Iran. Face au Hamas à Gaza, Binder et l'état-major estimeraient disposer d'un rapport de force plus favorable, sans anticiper pour autant la disparition du mouvement.
Une région recomposée sous surveillance
L'alliance annoncée entre l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie, présentée par une partie de la presse internationale comme un outil de dissuasion contre l'Iran, suscite des inquiétudes spécifiques côté israélien, rapporte le Jerusalem Post. L'état-major redouterait qu'elle n'intègre à terme Téhéran, ou qu'elle ne réduise l'influence israélienne dans la région, notamment si Washington venait à transférer des technologies militaires sensibles à Riyad. Le quotidien évoque aussi, de façon marginale, la possibilité que l'Égypte s'en rapproche, ce qui fragiliserait des décennies de coopération militaire encadrée par les accords de Camp David.
Ce tableau dressé par le Jerusalem Post laisse entrevoir une équation encore ouverte : un programme nucléaire iranien affaibli mais capable de rebond, une région recomposée par de nouvelles alliances, et un renseignement militaire israélien qui dit miser sur la durée plutôt que sur un dénouement rapide.
Questions fréquentes
- Qui est Shlomi Binder ?
- Il est le chef du renseignement militaire israélien (Aman), en poste depuis août 2024, selon le Jerusalem Post.
- Le programme nucléaire iranien est-il totalement détruit ?
- Non. Selon le Jerusalem Post, il est fortement endommagé mais pas anéanti : des centrifugeuses et de l'uranium enrichi pourraient avoir survécu sous terre.
- Qu'est-ce que Pickaxe Mountain ?
- Un site souterrain iranien présenté comme encore plus profond que Fordo, jugé prioritaire par le renseignement israélien bien qu'il ne soit pas encore opérationnel, selon le journal.
Sources : The Jerusalem Post





