Rosh Hashanah et 11-Septembre : une rare convergence qui interroge mémoire et résilience
Cette année, Rosh Hashanah tombe le 11 septembre, jour du 25e anniversaire des attentats qui ont frappé les États-Unis. Pour les communautés juives du monde entier, cette coïncidence de calendrier ravive le souvenir de victimes israéliennes comme Daniel Lewin, tout en interrogeant la façon dont deuil, résilience et mémoire collective se transmettent d'une génération à l'autre.

Le 11 septembre 2001 a coïncidé cette année avec l'entrée dans Rosh Hashanah, jour où le calendrier juif marque le début d'une nouvelle année. Pour beaucoup de familles israéliennes et américaines, cette superposition n'est pas anodine : elle relie le temps du recommencement religieux à celui d'un traumatisme collectif vieux de vingt-cinq ans. Plusieurs récits publiés à l'occasion de cet anniversaire éclairent, chacun à sa manière, ce que cette date continue de représenter pour le peuple juif, en Israël comme dans la diaspora.
Une coïncidence calendaire chargée de sens
Rosh Hashanah, fête du jugement et du renouveau, invite traditionnellement à l'introspection plutôt qu'au repli sur le passé. Selon David Mandel, directeur général de l'association Ohel Children's Home and Family Services, la concordance de cette année avec le 25e anniversaire du 11-Septembre offre une occasion rare de penser ensemble recommencement et traumatisme. Il rappelle que la liturgie des Jours redoutables évoque explicitement la fragilité humaine face au feu, à l'épée ou à la maladie, une théologie que l'expérience du 11-Septembre, puis celle du 7 octobre en Israël, rend particulièrement tangible pour les fidèles.
Daniel Lewin, l'ingénieur israélien tombé dans la tour nord
Parmi les 2 977 victimes des attentats figure Daniel Lewin, ancien officier du Sayeret Matkal, unité d'élite de Tsahal, et cofondateur de la société technologique Akamai. Installé dans le vol American Airlines 11 en direction de Los Angeles, il est considéré par la commission d'enquête sur le 11-Septembre comme la première victime de la journée, poignardé par un des pirates de l'air avant même l'impact contre la tour nord du World Trade Center. Ses proches, interrogés vingt-cinq ans plus tard, insistent sur l'homme qu'il était avant ce matin-là : un jeune immigrant venu du Colorado, passé par l'ulpan puis par le Technion et le MIT, décrit par ses amis comme un sioniste convaincu qui envisageait un retour en Israël pour peser sur la vie politique du pays. Quatre autres Israéliens ou Israélo-Américains ont péri ce jour-là : Alona Avraham, Shay Levinhar, Hagay Shefi et Leon Lebor.
Une mémoire disputée à New York
Le vingt-cinquième anniversaire s'accompagne cette année d'une controverse à New York. Le maire Zohran Mamdani, qui a signé un décret officialisant le 11 septembre comme journée de commémoration, a remis le stylo cérémoniel à son conseiller juridique Ramzi Kassem, avocat ayant représenté un homme condamné pour des faits de terrorisme liés à Al-Qaïda. Plusieurs familles de victimes ont lancé une pétition, ayant recueilli plus de 90 000 signatures, pour demander au maire de ne pas assister à la cérémonie du Ground Zero, invoquant ses liens avec des figures militantes controversées. Une enquête d'opinion citée par Israel Hayom indique par ailleurs qu'une partie significative des jeunes Américains porterait un regard positif sur Oussama ben Laden, un constat qui alimente les inquiétudes sur la transmission de la mémoire de l'événement.
En Ukraine, préparer les fêtes sous les bombes
Loin de New York, les communautés juives d'Ukraine abordent ces mêmes Jours redoutables dans un contexte radicalement différent, celui d'une cinquième année de guerre. Selon le rabbin Simcha Levenharts, émissaire de Habad à Kiev, une fréquentation record est attendue dans les synagogues pour Rosh Hashanah et Yom Kippour, malgré la destruction d'entrepôts et les pénuries dans les magasins. Le réseau Jewish Relief Network Ukraine a organisé la production locale de miel et de produits casher pour approvisionner les familles, une partie des gâteaux au miel étant acheminée par avion depuis Israël. À Kremenchuk, le rabbin Shlomo Salamon rapporte que des drones sont tombés près de son domicile la semaine précédant la fête, tandis qu'à Poltava et à Tcherkassy, d'autres responsables communautaires décrivent une même volonté de maintenir la tradition malgré l'incertitude.
Rosh Hashanah, entre deuil et résilience
Pour David Mandel, l'expérience accumulée après le 11-Septembre, l'ouragan Sandy puis le 7 octobre montre que le retour à la normale n'existe pas vraiment : les bâtiments se reconstruisent, mais les personnes touchées par un traumatisme ne redeviennent jamais tout à fait celles qu'elles étaient. Il cite la psychologue et survivante de la Shoah Edith Eger, pour qui le temps ne guérit pas en soi, seul compte ce que l'on en fait. Cette lecture rejoint le message de Tal Shuster, coprésidente de l'Israeli-American Council et rescapée du World Trade Center, qui voit dans le 11-Septembre un point de convergence entre expérience américaine et expérience israélienne du terrorisme, et un devoir de transmission envers les jeunes générations.
À l'approche des cérémonies officielles à New York et des offices de Rosh Hashanah dans les synagogues du monde entier, cette double mémoire, celle d'un attentat qui a changé l'Amérique et celle d'une fête qui appelle au renouveau, continuera de se recomposer chaque année, portée par les récits de ceux qui l'ont vécue et par ceux qui doivent encore l'apprendre.
Questions fréquentes
- Qui était Daniel Lewin ?
- Ancien officier du Sayeret Matkal et cofondateur d'Akamai Technologies, il est considéré comme l'une des premières victimes des attentats du 11 septembre 2001, tué à bord du vol American Airlines 11.
- Pourquoi Rosh Hashanah coïncide-t-elle cette année avec le 11 septembre ?
- Le calendrier hébraïque, lunaire, fait varier chaque année la date de Rosh Hashanah dans le calendrier grégorien ; cette année, la fête tombe le 25e anniversaire des attentats de 2001.
- Comment les Juifs d'Ukraine préparent-ils Rosh Hashanah cette année ?
- Malgré les bombardements et les pénuries, des réseaux comme Habad et le Jewish Relief Network Ukraine organisent la production et la distribution de miel et de produits casher pour permettre aux communautés de célébrer la fête.
Sources : Israel Hayom, The Jerusalem Post, The Jerusalem Post, Israel Hayom





