Yitzhak Rabin : du général de Tsahal au Prix Nobel de la paix assassiné

Né à Jérusalem le 1er mars 1922, Yitzhak Rabin a marqué l'histoire d'Israël comme militaire, chef de gouvernement puis artisan des accords d'Oslo. Il meurt assassiné le 4 novembre 1995 par un extrémiste opposé au processus de paix qu'il incarnait.

4 min de lecturePar la rédaction
Yitzhak Rabin : du général de Tsahal au Prix Nobel de la paix assassiné
Photo : Yaakov Saar · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Yitzhak Rabin voit le jour au centre médical Shaare Zedek de Jérusalem, alors sous mandat britannique, avant de grandir à Tel-Aviv dès l'âge d'un an. Ses parents, Nehemiah Rubitzov et Rosa Cohen, font partie des émigrants de la troisième aliyah, arrivés en Palestine après une série de pogroms dans l'Empire russe. Son père est né dans un shtetl de l'oblast de Kiev, sa mère à Mahiliow, en Biélorussie. À dix-huit ans, suivant l'usage sioniste consistant à adopter un nom hébraïque, il prend le nom de Rabin. Destiné d'abord à devenir ingénieur agricole spécialisé dans l'irrigation, il change de trajectoire en 1941 en rejoignant le Palmach, unité de commandos formée pour combattre aux côtés des Britanniques.

Une ascension militaire jusqu'au sommet de Tsahal

Officier du Palmach dès 1947, Yitzhak Rabin commande la brigade Harel pendant la guerre israélo-arabe de 1948-1949, participant notamment aux opérations Maccabée, Yoram et Dani, ainsi qu'à des opérations dans le Néguev. Ses fonctions le conduisent aussi, en juillet 1948, aux événements de Lydda et Ramle, marqués par des expulsions de population. Il gravit ensuite les échelons : général de brigade en 1954, commandant sur le front égyptien en 1956, puis général de division. En 1961, il observe les méthodes contre-insurrectionnelles de l'armée française pendant la guerre d'Algérie, en compagnie de Haïm Herzog, futur président d'Israël. Nommé chef d'état-major par Levi Eshkol en 1964, il conduit Tsahal à la victoire lors de la guerre des Six Jours en 1967, contre l'Égypte, la Syrie et la Jordanie. Il fait partie des premiers soldats israéliens à se rendre au mur des Lamentations après la prise de la vieille ville de Jérusalem, et prononce le 28 juin 1967 un discours resté célèbre à l'université hébraïque, sur le mont Scopus.

L'entrée en politique et un premier passage à la tête du gouvernement

Après avoir quitté l'armée, Yitzhak Rabin devient ambassadeur d'Israël aux États-Unis en 1968, avant d'être élu député travailliste à la Knesset en 1973. Ministre du Travail puis dirigeant de son parti, il succède à Golda Meir comme Premier ministre le 2 juin 1974. Son mandat est marqué par le raid d'Entebbe, opération de Tsahal en Ouganda pour libérer des passagers d'un avion détourné. Deux crises précipitent sa chute : la rupture de sa coalition après la livraison d'avions F-15 un jour de Chabbat, puis la révélation d'un compte bancaire en dollars au nom de son épouse, interdit par la législation monétaire israélienne de l'époque. Il reconnaît les faits et démissionne le 8 avril 1977, laissant la voie libre à Menahem Begin et au Likoud.

Le retour au pouvoir et les accords d'Oslo

Ministre de la Défense à partir de 1984 dans des gouvernements d'union nationale, Yitzhak Rabin est associé à une répression sévère de la première intifada. Il déclare alors devant la Knesset : « Nous imposerons la loi et l'ordre dans les territoires occupés, même si cela doit se faire dans la douleur », tout en indiquant à ses collaborateurs, selon les propos qui lui sont attribués : « S'il le faut, brisez-leur les bras et les jambes ! ». Réélu Premier ministre en juillet 1992, il doit rapidement faire face à une crise diplomatique liée au crash du vol El Al 1862 sur le quartier de Bijlmermeer, près d'Amsterdam. Son second mandat prend une dimension historique en 1993 avec la signature des accords d'Oslo, qui créent l'Autorité palestinienne et transfèrent un contrôle partiel de zones de Gaza et de Cisjordanie aux Palestiniens. Yasser Arafat renonce alors officiellement à la violence et reconnaît Israël, tandis que Rabin reconnaît l'OLP le 9 septembre 1993. L'année suivante, il signe le traité de paix israélo-jordanien, puis reçoit, aux côtés de Shimon Peres et Yasser Arafat, le prix Nobel de la paix 1994.

Une paix contestée jusqu'à l'assassinat

Les accords d'Oslo divisent profondément la société israélienne. Une partie de la population y voit un espoir de paix, une autre dénonce un abandon de terres considérées comme promises au peuple juif. Le 5 octobre 1995, des dizaines de milliers de partisans de Benyamin Netanyahou manifestent à Jérusalem contre Rabin, caricaturé en officier SS, certains scandant « mort à Rabin ». Le Shin Bet alerte alors Netanyahou, en vain. Aux États-Unis, le Congrès vote le 24 octobre 1995 une résolution réclamant le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem, dans un contexte hostile au processus de paix. Le gouvernement Rabin ne se maintient alors que grâce au soutien des députés arabes israéliens de la Knesset. Le 4 novembre 1995, à 73 ans, Yitzhak Rabin est abattu de deux balles dans le dos, à bout portant, par Yigal Amir, étudiant en droit et extrémiste religieux opposé aux accords d'Oslo.

Un héritage qui structure encore le débat israélien

L'assassinat d'Yitzhak Rabin reste, trente ans après, un point de rupture dans l'histoire politique d'Israël. Son nom demeure associé à la fois à la puissance militaire de Tsahal et à la tentative la plus aboutie de résolution du conflit israélo-palestinien par la voie diplomatique. Chaque année, sa mémoire est commémorée en Israël, tandis que son parcours continue de nourrir le débat sur les conditions d'une paix durable dans la région.

Questions fréquentes

Pourquoi Yitzhak Rabin a-t-il reçu le prix Nobel de la paix ?
Il a été récompensé en 1994, avec Shimon Peres et Yasser Arafat, pour son rôle dans la signature des accords d'Oslo l'année précédente.
Qui a assassiné Yitzhak Rabin ?
Il a été tué le 4 novembre 1995 par Yigal Amir, un extrémiste religieux juif opposé aux accords de paix d'Oslo.
Quel a été le parcours militaire d'Yitzhak Rabin avant la politique ?
Officier du Palmach, il a commandé des brigades lors de la guerre de 1948-1949 puis a dirigé Tsahal comme chef d'état-major pendant la victoire de la guerre des Six Jours en 1967.

Sources : Wikipédia

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