Iran : la chute du rial et les grèves de transporteurs révèlent une crise économique profonde
Le rial iranien s'est effondré à 2,3 millions d'unités pour un dollar, plongeant une partie de la population dans des difficultés pour se nourrir et se déplacer. Chauffeurs de taxi, camionneurs et livreurs multiplient les grèves à travers le pays pour dénoncer la pénurie de carburant et la hausse des prix. Cette crise survient alors que l'économie iranienne subit les conséquences d'un blocus naval américain dans le détroit d'Ormuz et les séquelles d'une guerre récente.

La monnaie iranienne a atteint un plancher historique jeudi, s'échangeant à 2,3 millions de rials pour un dollar, selon un rapport du Wall Street Journal cité par le Jerusalem Post. Cette dégringolade touche une population dont le revenu mensuel moyen avoisine 250 dollars, d'après une étude d'Euronews. Le pouvoir d'achat des ménages iraniens s'érode à mesure que le prix des biens de première nécessité grimpe.
Un carburant devenu rare et cher
Lundi, le régime iranien a doublé le prix de l'essence pour les automobilistes dépassant 110 litres par mois. Cette mesure vise particulièrement les véhicules qui excèdent leur quota alloué, après la réduction des subventions mensuelles décidée par Téhéran. Conséquence directe : des files de voitures immobilisées faute de carburant, et des chauffeurs qui racontent avoir passé des heures, parfois des jours, sans pouvoir faire le plein.
La région a été marquée plus tôt cette année par une guerre qui a opposé l'Iran à Israël, dont les répercussions continuent de peser sur l'appareil productif du pays. Les raffineries iraniennes, endommagées pendant le conflit, peinent à se relever, tandis que le blocus naval imposé par les États-Unis sur les ports iraniens le long du détroit d'Ormuz complique l'importation de carburant et d'autres biens essentiels.
Les grèves se multiplient dans le secteur des transports
Les travailleurs du secteur des transports sont en première ligne de cette pénurie. Selon un représentant de l'Union des camionneurs et chauffeurs d'Iran, un conducteur du nord-est du pays a raconté être resté bloqué avec sa famille dans une station-service, incapable de faire le plein. « Ils disent que l'essence est terminée jusqu'à demain », a-t-il déclaré dans une vidéo diffusée par cette organisation syndicale.
La semaine dernière, 120 chauffeurs de taxi de la province de Kerman, dans l'est de l'Iran, ont affirmé que les coupures de carburant décidées par le gouvernement les privaient de travail pendant un tiers du mois, selon le Wall Street Journal. « Nous attendons 20 jours pour avoir des passagers, dix jours à nous battre avec les pénuries de carburant », a témoigné l'un d'eux.
Les employés de Snapp, l'un des plus grands employeurs du pays avec environ 3 millions de chauffeurs à travers le territoire, ont également cessé le travail dans plusieurs villes. « Nous avons tous arrêté, personne ne travaille », a affirmé un chauffeur lors d'un rassemblement à Semnan, à l'est de Téhéran, dans une vidéo authentifiée par l'agence Storyful.
Des mouvements de contestation qui s'étendent
Le mécontentement dépasse désormais le seul secteur du transport de personnes. Des camionneurs postés à la frontière avec l'Irak ont également cessé le travail pour protester contre les pénuries de carburant, selon la Human Rights Activists News Agency, une ONG américaine. À Bandar Abbas, port stratégique situé le long du détroit d'Ormuz, des camionneurs ont averti la semaine dernière qu'ils pourraient à leur tour se mettre en grève.
Dans un communiqué relayé par l'Union des camionneurs et chauffeurs d'Iran, les transporteurs du port ont dénoncé le poids financier qui retombe sur les familles. « C'est le chauffeur et sa famille qui doivent payer de leur poche », ont-ils déclaré, ajoutant ne plus pouvoir supporter ces pressions.
Un régime confronté à une contestation sociale grandissante
Cette accumulation de grèves sectorielles, conjuguée à l'effondrement monétaire et à la flambée des prix, place le pouvoir iranien face à une contestation sociale qui touche désormais des professions jusque-là peu mobilisées. La difficulté du régime à réparer ses infrastructures pétrolières endommagées et à contourner le blocus naval limite ses marges de manœuvre pour apaiser la situation à court terme.
La suite dépendra en partie de la capacité de Téhéran à restaurer ses capacités de raffinage et à sécuriser ses routes d'approvisionnement, deux chantiers rendus complexes par les sanctions et le contrôle naval américain. Les prochaines semaines diront si les grèves du secteur des transports s'étendent à d'autres branches de l'économie iranienne, déjà fragilisée par la guerre et l'inflation.
Questions fréquentes
- Pourquoi le rial iranien s'est-il autant déprécié ?
- La monnaie a chuté à 2,3 millions de rials pour un dollar sous l'effet conjugué du blocus naval américain, des dommages subis par les raffineries pendant la guerre et de la hausse des prix des biens essentiels, selon le Wall Street Journal.
- Quels secteurs sont touchés par les grèves ?
- Les chauffeurs de taxi, les camionneurs et les livreurs de la plateforme Snapp ont cessé le travail dans plusieurs villes iraniennes pour dénoncer les pénuries de carburant et la baisse de leurs revenus.
- Quel est le lien avec le blocus naval américain ?
- Le blocus imposé par les États-Unis dans le détroit d'Ormuz complique l'importation de carburant et d'autres biens, aggravant les pénuries déjà provoquées par les dommages subis par les raffineries iraniennes.
Sources : The Jerusalem Post




