Washington muscle ses sanctions contre les réseaux financiers du Hezbollah
Le Trésor américain a annoncé de nouvelles sanctions contre des entreprises et des individus accusés de financer le Hezbollah libanais et Kataib Hezbollah, une milice irakienne proche de l'Iran. Cette mesure s'inscrit dans « Operation Economic Outcast », une campagne lancée fin août pour asphyxier financièrement Téhéran et ses relais régionaux.

Le département du Trésor américain a frappé jeudi des entités et des personnes basées en Irak, aux Émirats arabes unis, au Liban et en Turquie, accusées de soutenir Kataib Hezbollah et le Hezbollah libanais. Ces sanctions s'ajoutent à « Operation Economic Outcast », lancée le 24 août par l'Office of Foreign Assets Control (OFAC) pour couper les financements iraniens destinés à la guerre en cours, au programme de missiles, aux cyberattaques et aux Gardiens de la révolution (IRGC).
Un réseau de financement démantelé pièce par pièce
Quatre membres de Kataib Hezbollah figurent parmi les personnes visées, dont un commandant présenté comme senior, Ali Hasan Farhan Al-Lami, ainsi que Hussein Ahmed Hussein Al-Dhuhaibawi, Mohamed Ameen Fadhil Ali Al-Shaikhli et Karrar Mohammed Qasim Al-Hraishawi. Le Trésor a également sanctionné trois individus et deux entreprises liés aux Forces de mobilisation populaire irakiennes (PMF), une coalition de milices sous forte influence iranienne dont Kataib Hezbollah constitue, selon Washington, la faction la plus influente et l'une des principales bénéficiaires des plus de 2,6 milliards de dollars que Bagdad alloue chaque année à cette force.
Un second volet des sanctions cible cinq personnes et deux entreprises soupçonnées d'avoir organisé un système de transfert de liquidités depuis la force Al-Qods des Gardiens de la révolution vers le Hezbollah libanais. Selon le Trésor, ce circuit aurait acheminé plusieurs centaines de millions de dollars entre mai et septembre 2025, des fonds que le mouvement chiite utiliserait pour acheter des armes, fabriquer du matériel et rémunérer ses combattants.
Le contexte d'une guerre qui s'éternise
Ces mesures interviennent alors que la guerre entre les États-Unis et l'Iran entre dans son septième mois, selon Reuters, et pèse sur la popularité du président Donald Trump aux États-Unis, où la hausse des prix de l'essence inquiète les électeurs à l'approche des élections de mi-mandat en novembre. Un responsable américain cité par Reuters affirme que la campagne de sanctions, combinée au blocus naval américain, aurait fait chuter les chargements de pétrole iranien à environ 0,2 million de barils par jour sur les trente derniers jours, contre 1,8 million en janvier-février. Les déchargements seraient tombés à 0,9 million de barils par jour, contre 1,4 million avant le conflit, et le rial iranien aurait perdu environ 30 % de sa valeur face au dollar depuis le début de la guerre.
Le Trésor a par ailleurs annoncé un règlement avec un citoyen américain, qui a accepté de payer 1,43 million de dollars pour solder sa responsabilité civile dans 39 violations présumées des sanctions sur l'Iran. L'OFAC a aussi précisé qu'il rejetterait désormais la grande majorité des demandes de licences liées à l'Iran, sauf circonstances exceptionnelles, tant que Téhéran ne modifiera pas son comportement dans le détroit d'Ormuz et dans le Golfe.
Une menace directement liée à des cibles juives
Les sanctions contre Kataib Hezbollah surviennent plusieurs mois après l'arrestation, le 16 mai, d'un commandant de la milice par le département de la Justice américain, soupçonné d'avoir tenté d'organiser des attentats à l'explosif contre une synagogue de New York ainsi que d'autres institutions juives à Los Angeles et à Scottsdale, en Arizona. Le Trésor souligne également que Kataib Hezbollah et d'autres milices irakiennes alignées sur l'Iran ont mené des centaines d'attaques contre les forces américaines et de la coalition en Irak depuis février.
Réactions officielles et scepticisme des analystes
« Operation Economic Outcast vise ceux qui continuent de soutenir le régime iranien en difficulté », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent, ajoutant que Washington « trouvera » et « démantèlera » les réseaux qui maintiennent ce régime à flot, qu'ils financent le terrorisme, blanchissent de l'argent ou aident l'Iran à contourner les sanctions. Le porte-parole du département d'État, Tommy Pigott, a de son côté affirmé que les États-Unis « se tiennent aux côtés de l'Irak et du Liban contre les mandataires terroristes de Téhéran ».
Certains observateurs restent toutefois sceptiques quant à l'efficacité réelle de ces mesures. Brett Erickson, du cabinet Obsidian Risk Advisors, estime que ces sanctions n'auront qu'un impact marginal sur la capacité de l'Iran à déplacer des devises fortes, et regrette qu'elles visent le Hezbollah sans toucher les Houthis, qu'il juge bien plus dommageables pour les marchés énergétiques mondiaux. De fait, les nouvelles sanctions n'incluent pas les Houthis, qui ont pris jeudi le contrôle du port yéménite de Moka et progressé le long de la côte de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb.
Et après ?
La multiplication de ces mesures ciblées illustre la volonté de Washington de maintenir une pression économique constante sur l'Iran et ses relais, alors même que la guerre entamée depuis plusieurs mois n'a pas encore produit de dénouement clair. Reste à savoir si cette stratégie financière, jugée insuffisante par certains experts face à la montée en puissance des Houthis, sera complétée par de nouvelles mesures ciblant directement ce front du Yémen.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce qu'Operation Economic Outcast ?
- C'est une campagne du Trésor américain lancée le 24 août, destinée à couper les financements de l'Iran pour sa guerre en cours, son programme de missiles, ses cyberattaques et les Gardiens de la révolution.
- Qui est visé par les nouvelles sanctions ?
- Des individus et entreprises en Irak, aux Émirats arabes unis, au Liban et en Turquie, dont quatre membres de Kataib Hezbollah et des personnes liées aux Forces de mobilisation populaire irakiennes et au Hezbollah libanais.
- Ces sanctions concernent-elles aussi les Houthis ?
- Non, les Houthis ne figurent pas parmi les cibles de cette vague de sanctions, malgré leur rôle croissant dans la région, notamment autour du détroit de Bab el-Mandeb.
Sources : The Jerusalem Post, JNS




