Mer Rouge : les Houthis resserrent leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandab après la prise de Mocha
Le mouvement houthiste, soutenu par l'Iran, a pris le contrôle de la ville portuaire de Mocha, au Yémen, à moins de 50 miles du détroit de Bab el-Mandab. Cette avancée, obtenue après le retrait des forces gouvernementales yéménites, renforce l'emprise houthiste sur une voie maritime cruciale pour le commerce mondial et suscite l'inquiétude des acteurs régionaux, dont Israël.

La chute de Mocha, jeudi, marque une étape importante dans la guerre du Yémen. Selon des responsables yéménites opposés aux Houthis cités par Reuters, les forces gouvernementales se sont retirées de la ville portuaire tandis que des combattants houthis en prenaient le contrôle, comme l'ont montré des images diffusées sur les réseaux sociaux. La ville se situe à moins de 50 miles du détroit de Bab el-Mandab, passage obligé entre la mer Rouge et le golfe d'Aden.
La prise de Mocha, tournant dans la guerre du Yémen
Ahmed Nagi, analyste au sein de l'International Crisis Group, décrit la prise de Mocha comme « un jalon significatif » dans le conflit. Selon lui, cette offensive n'a pas été improvisée mais préparée de longue date, les Houthis ayant progressivement renforcé leurs capacités, notamment en matière de drones, grâce à des armes obtenues directement de l'Iran ou via des réseaux de contrebande. Le groupe consolide ainsi son emprise sur le détroit de Bab el-Mandab, six mois après le début d'un conflit régional plus large opposant ses alliés iraniens aux États-Unis.
Le rôle allégué des Gardiens de la révolution
Des sources yéménites gouvernementales, iraniennes et régionales, citées par Reuters, affirment que l'avancée houthiste s'est faite avec l'appui direct des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). Plusieurs commandants de haut rang se seraient rendus au Yémen pour superviser les opérations, selon un diplomate régional informé par Téhéran. Des sources militaires yéménites estiment, sur la base d'interceptions de communications et des témoignages de prisonniers houthis, que l'effort iranien serait dirigé par Abdolreza Shahlaei, un commandant de la force Qods, sans que les sources iraniennes ne confirment ce nom. Téhéran, de son côté, dément publiquement exercer une direction militaire directe sur les Houthis, affirmant qu'ils ne sont « pas un proxy ». Un responsable iranien a néanmoins reconnu que la prise de Mocha servait les intérêts de Téhéran en exerçant une pression à la hausse sur les prix du pétrole. Par ailleurs, selon le Jerusalem Post citant Iran International, des forces anti-houthis affirment avoir retrouvé, sur l'ordinateur d'un commandant houthi capturé, des cartes détaillant un plan iranien en quatre phases visant la prise progressive du détroit et de la ville de Hodeidah.
Résistance armée et incertitude militaire
Malgré le retrait des forces gouvernementales, la situation reste disputée. Le Front national de résistance (FNR), coalition anti-houthiste dirigée par Tareq Saleh, ancien allié des Houthis devenu opposant, a envoyé un commandant à la tête d'un contingent pour reprendre pied dans Mocha. Des affrontements ont opposé les forces du FNR aux unités navales houthies. Du côté du front nord, l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite, a privilégié un appui logistique, en armement et en renseignement, avec des frappes aériennes limitées dans les provinces de Jawf et de Marib, jugées moins prioritaires par Riyad. Des responsables yéménites estiment que le royaume cherche avant tout à éviter une escalade susceptible de provoquer des frappes de drones houthis plus lourdes sur son territoire.
Bab el-Mandab, verrou stratégique pour le commerce et la sécurité d'Israël
Le détroit de Bab el-Mandab est une voie maritime essentielle par laquelle transite une part importante du trafic mondial de pétrole et de marchandises. Sa perturbation, après le blocus iranien du détroit d'Ormuz, accentue la pression sur les approvisionnements énergétiques mondiaux, selon Reuters. Le contrôle croissant d'un groupe soutenu par l'Iran sur ce passage inquiète les acteurs régionaux et internationaux, Israël y compris, qui suivent de près l'évolution de la menace sécuritaire dans une zone maritime déjà marquée par des tensions.
Quelles suites pour la région ?
La situation militaire globale au Yémen demeure difficile à évaluer après plusieurs années d'accalmie relative depuis la trêve conclue en 2022, l'Iran et l'Arabie saoudite ayant chacun continué à soutenir des forces sur le terrain. Selon Ahmed Nagi, il n'est pas certain que les forces pro-gouvernementales puissent facilement déloger les Houthis de la zone côtière du Tihama cette fois-ci, même avec un appui saoudien accru. Les prochaines semaines, marquées par la poursuite des combats autour de Mocha et la réaction de Riyad, seront déterminantes pour l'équilibre des forces autour de ce point névralgique du commerce mondial.
Questions fréquentes
- Pourquoi le détroit de Bab el-Mandab est-il si stratégique ?
- C'est un passage maritime obligé entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, emprunté par une part importante du trafic mondial de pétrole et de marchandises, ce qui en fait un point sensible pour la sécurité énergétique mondiale.
- Qui sont les Houthis et quel est leur lien avec l'Iran ?
- Les Houthis sont un mouvement armé yéménite soutenu par l'Iran, qui dément officiellement exercer une direction militaire directe sur eux tout en les qualifiant d'alliés, selon des sources iraniennes citées par Reuters.
- La prise de Mocha signifie-t-elle un contrôle total du détroit ?
- Non, la situation reste disputée : le Front national de résistance, dirigé par Tareq Saleh, a envoyé des forces pour tenter de reprendre la ville et des affrontements se poursuivent avec les unités navales houthies.
Sources : The Jerusalem Post, JForum, The Jerusalem Post





