Mossad : Roman Gofman limoge trois hauts responsables et recentre l'agence sur l'Iran

Le nouveau directeur du Mossad, Roman Gofman, a écarté trois hauts responsables de l'agence, dont son numéro deux et le chef du bureau iranien. Cette réorganisation intervient alors que le service de renseignement israélien revoit ses plans face à un Iran jugé affaibli mais toujours menaçant.

3 min de lecture2 vuesPar la rédaction
Mossad : Roman Gofman limoge trois hauts responsables et recentre l'agence sur l'Iran
Photo : Pixabay / Pexels

Nommé à la tête du Mossad le 2 juin dernier après une procédure judiciaire retardant sa prise de fonction, Roman Gofman a rapidement imprimé sa marque sur l'agence de renseignement israélienne. Selon le Jerusalem Post, il a limogé trois hauts responsables : le numéro deux du Mossad, le chef de l'analyse et le chef du bureau iranien. Une décision justifiée, d'après des sources proches du dossier, par la nécessité de revoir en profondeur les plans visant un changement de régime en Iran.

Un limogeage motivé par l'échec des plans iraniens

D'après le Jerusalem Post, Gofman n'a pas écarté ces responsables pour faire porter sur eux la responsabilité de l'échec des tentatives de changement de régime en Iran, un échec qui reviendrait plutôt, selon des sources étrangères, au Premier ministre Benjamin Netanyahou ou au projet dit « Ahmadinejad ». Ce plan, attribué au Mossad de David Barnea, visait à substituer l'ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad, devenu disposé à coopérer avec des partenaires inattendus, au guide suprême. Il n'y a pas eu d'enquête formelle sur cet échec, et Gofman ne cherche pas, selon le média, à regarder en arrière : sa priorité est d'adapter les compétences de l'état-major du renseignement à sa propre vision opérationnelle.

Certains observateurs ont reproché à Gofman de ne pas avoir attendu au moins six mois avant de procéder à ces changements. Son entourage estime toutefois que la situation iranienne est la plus mouvante depuis des décennies et que le Mossad doit pouvoir saisir toute opportunité, même inattendue.

Une stratégie plus offensive face à l'Iran

Selon le Jerusalem Post, Gofman considère que l'Iran de 2026 est plus vulnérable qu'en 2021, mais aussi plus disposé à frapper directement Israël avec des missiles balistiques. Cette double réalité créerait à la fois des opportunités et des dangers nouveaux. Le nouveau directeur envisagerait une variante de la stratégie du « mille coupures » appliquée sous Naftali Bennett entre 2021 et 2022, mais avec des actions à court terme plus agressives pour accélérer l'affaiblissement du régime.

Le rôle du Mossad dans le suivi du programme de missiles balistiques iranien pourrait ainsi croître, en complément de sa mission historique de surveillance du programme nucléaire. Gofman estimerait par ailleurs que le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et l'Iran forment, in fine, un seul front, ce qui orienterait sa conception d'une stratégie multi-fronts.

Relations internationales et dossiers sensibles

Gofman s'est rendu à Washington le 22 juillet pour coordonner les positions israéliennes et américaines sur le dossier nucléaire iranien, sans que le contenu précis des échanges soit dévoilé. D'après le Jerusalem Post, les relations entre le Mossad et la CIA restent solides malgré une maîtrise de l'anglais jugée moins fluide que celle de certains de ses prédécesseurs. Premier chef du Mossad russophone, Gofman disposerait aussi d'un atout particulier dans la gestion des relations avec la Russie.

Sur le dossier syrien, il aurait rencontré le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani ainsi que les chefs des services de renseignement du pays, dans un contexte de vigilance israélienne face à une présence turque en Syrie. Concernant Gaza, le Jerusalem Post indique avoir vérifié à trois reprises que les affirmations de la ministre Gila Gamliel, selon lesquelles le Mossad piloterait un projet d'émigration volontaire des Gazaouis, ne reposent sur aucun élément tangible ; ce dossier resterait du ressort du Shin Bet.

Un directeur au profil singulier

Arrivé en Israël depuis la Biélorussie à l'âge de 14 ans, Roman Gofman est le premier immigrant à diriger le Mossad depuis les débuts de l'agence. Ancien secrétaire militaire de Netanyahou, blessé lors des combats du 7 octobre alors qu'il était général de brigade, il se présente comme un acteur non partisan, prêt à travailler avec tout futur Premier ministre, qu'il s'agisse de Netanyahou, de Gadi Eisenkot ou de Naftali Bennett. Il aurait par ailleurs exprimé son opposition, en interne, à une frappe israélienne à Beyrouth menée malgré les réserves américaines.

Les prochains mois diront si cette réorganisation permet au Mossad de retrouver l'initiative face à Téhéran, ou si le départ simultané de trois cadres expérimentés ralentit, comme le redoutent certains critiques, des projets nécessitant plusieurs années de préparation.

Questions fréquentes

Qui est Roman Gofman ?
Nommé directeur du Mossad le 2 juin, Roman Gofman est arrivé en Israël depuis la Biélorussie à 14 ans. Ancien secrétaire militaire de Benjamin Netanyahou, il est le premier immigrant à diriger l'agence depuis ses débuts.
Pourquoi Gofman a-t-il limogé trois responsables du Mossad ?
Selon le Jerusalem Post, il jugeait que leurs plans visant un changement de régime en Iran ne pouvaient être poursuivis en l'état et devaient être révisés en profondeur.
Le Mossad organise-t-il un départ de Gazaouis hors de la bande de Gaza ?
Non. Le Jerusalem Post indique avoir vérifié à trois reprises que ces affirmations, avancées par la ministre Gila Gamliel, ne reposent sur aucun élément tangible.

Sources : The Jerusalem Post

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