Bab el-Mandeb : la prise de l'île de Mayun par les Houthis inquiète Riyad et interpelle Israël

Les rebelles houthis se sont emparés de l'île stratégique de Mayun, verrou du détroit de Bab el-Mandeb reliant la mer Rouge à l'océan Indien. L'Arabie saoudite, dont les tankers empruntent cette route depuis la fermeture partielle du détroit d'Ormuz, se retrouve prise en étau entre deux menaces iraniennes. Riyad a sollicité une aide indirecte d'Israël, qui affronte seul les Houthis depuis près de trois ans.

4 min de lecture7 vuesPar la rédaction
Bab el-Mandeb : la prise de l'île de Mayun par les Houthis inquiète Riyad et interpelle Israël
Photo : Eric Seddon / Pexels

La chute de l'île de Mayun, également appelée Perim, marque une étape supplémentaire dans la progression des Houthis le long de la côte occidentale du Yémen. Selon le site israélien Walla, cité par Infos Israël News, les rebelles ont achevé de prendre le contrôle des points clés du côté yéménite de Bab el-Mandeb, après avoir déjà conquis la ville portuaire de Mokha et étendu leur emprise sur les îles Hanish. Israel Hayom confirme que la prise de l'île de Perim, surnommée depuis des siècles la « Porte des larmes », constituait un objectif central de l'offensive houthie.

Une île qui commande tout le détroit

L'île de Mayun s'étend sur environ 13 kilomètres carrés et divise Bab el-Mandeb en deux voies de navigation distinctes. Sa position permet d'y installer des radars et des systèmes d'observation pour suivre en temps réel les mouvements des navires, mais aussi d'y déployer missiles, drones et embarcations sans équipage. Contrôler l'île ne suffit pas à fermer totalement le détroit, mais elle donne aux Houthis une capacité réelle de perturber le trafic commercial et militaire, selon Reuters. Le contrôle de Mayun et de la zone de Dhubab, sur la rive opposée, est considéré comme la clé d'une emprise complète sur le passage.

L'Arabie saoudite prise en étau

La situation est particulièrement dangereuse pour Riyad. Depuis que l'Iran perturbe la navigation dans le détroit d'Ormuz, l'Arabie saoudite avait renforcé ses expéditions de pétrole par l'oléoduc est-ouest jusqu'au port de Yanbu, sur la mer Rouge, pour ensuite rejoindre les marchés asiatiques via Bab el-Mandeb. Cette voie de secours se trouve désormais elle aussi à portée directe des Houthis, qui ont proclamé un blocus maritime contre le royaume et attaqué pétroliers, installations énergétiques et bases aériennes dans le sud saoudien, autour de Khamis Mushait, Abha et Jazan. Selon le gouvernement saoudien, au moins 73 personnes ont été blessées lors des dernières attaques, et Riyad a annoncé suspendre les expéditions de pétrole par l'oléoduc. D'après Israel Hayom, le prince héritier Mohammed ben Salmane a averti que la fermeture de Bab el-Mandeb pourrait causer un dommage économique mondial supérieur à celui d'une fermeture du détroit d'Ormuz, et a demandé une aide directe ou indirecte à plusieurs pays de la région, dont Israël, via le commandement américain CENTCOM.

Washington réticent, Israël sollicité

Selon Axios, cité par Infos Israël News, Mohammed ben Salmane a appelé à deux reprises le président Donald Trump pour réclamer des frappes américaines contre les Houthis. Trump aurait refusé, la priorité américaine restant la défense du détroit d'Ormuz face à l'Iran plutôt que l'ouverture d'un nouveau front. Le commandant du CENTCOM, l'amiral Brad Cooper, s'est néanmoins rendu en Arabie saoudite pour des discussions de coordination, et plus de cent conseillers militaires américains fournissent déjà au royaume renseignement et aide au ciblage, selon CNN. Washington envisage toutefois des frappes contre les positions houthies surplombant Bab el-Mandeb, à condition que des radars et des lanceurs de missiles y soient repérés, précise Israel Hayom. C'est dans ce contexte que la demande saoudienne adressée à Israël prend tout son sens : Israël subit depuis près de trois ans le blocus houthi, qui a quasiment paralysé l'activité du port d'Eilat, et reste le seul pays à avoir continué de combattre le mouvement, notamment lors de l'opération Lucky Drop en août 2025, qui a coûté la vie au Premier ministre houthi Ahmed al-Rahawi et à plusieurs responsables militaires.

Des conséquences déjà lourdes pour le commerce maritime

Le trafic à Bab el-Mandeb aurait déjà chuté d'environ 60 % depuis le début des attaques houthies fin 2023, selon l'agence AP. Les compagnies maritimes, dissuadées par le risque même limité de ciblage, se rabattent sur la route du cap de Bonne-Espérance, plus longue de plusieurs semaines et nettement plus coûteuse. Des sources iraniennes et régionales ont indiqué à Reuters que Téhéran aurait demandé aux Houthis d'intensifier leurs attaques contre l'Arabie saoudite, en échange de fonds et d'armes supplémentaires, tandis qu'un haut responsable américain a évoqué à CNN la présence de plusieurs centaines de membres des Gardiens de la révolution au Yémen. L'Iran dément tout contrôle direct sur le mouvement houthi.

Quelles suites pour Israël et la région

Israël, selon Israel Hayom, n'a pas l'intention de se précipiter dans une intervention active, par crainte d'une reprise des tirs de missiles et de drones houthis sur son territoire. Mais la crise pourrait aussi représenter une occasion de resserrer les liens avec Riyad, en démontrant la capacité israélienne à contenir l'Iran et ses relais, à un moment où le prince héritier cherche des arguments face aux opposants internes à un rapprochement avec Israël. Reste à savoir si Washington choisira, avant ou après les élections de mi-mandat, d'assumer un rôle plus direct dans ce dossier, ou s'il continuera de laisser ses partenaires régionaux, saoudien comme israélien, gérer seuls la menace houthie.

Questions fréquentes

Pourquoi l'île de Mayun est-elle si stratégique ?
Elle divise le détroit de Bab el-Mandeb en deux voies de navigation et permet d'y installer radars, systèmes d'observation et armements capables de menacer les navires marchands et militaires qui transitent entre la mer Rouge et l'océan Indien.
L'Arabie saoudite est-elle directement menacée ?
Oui : ses tankers empruntant l'oléoduc jusqu'au port de Yanbu, utilisé pour contourner le détroit d'Ormuz, se trouvent désormais à portée des positions houthies, qui ont déjà ciblé installations énergétiques et bases aériennes dans le sud du royaume.
Israël va-t-il intervenir militairement contre les Houthis ?
Selon Israel Hayom, Israël n'envisage pas pour l'instant un rôle actif, mais des contacts indirects, voire directs, existeraient déjà avec Riyad concernant une éventuelle assistance en matière de renseignement.

Sources : Israel Hayom, Infos Israël News, Israel Hayom

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