Israël fournit un appui de renseignement à l'Arabie saoudite contre les attaques houthies

Des discussions menées sous médiation américaine associeraient Israël à la défense saoudienne contre les Houthis, alors que ces derniers intensifient leurs frappes sur le royaume et bloquent le détroit stratégique de Bab al-Mandeb. Cette coopération s'inscrit dans un contexte de menaces régionales croissantes et de tractations diplomatiques plus larges autour d'une éventuelle normalisation.

3 min de lecturePar la rédaction
Israël fournit un appui de renseignement à l'Arabie saoudite contre les attaques houthies
Photo : وكالة الأنباء السعودية · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Israël et l'Arabie saoudite ont engagé des discussions sous l'égide du Commandement central américain (CENTCOM) afin d'aider Riyad à se défendre contre les Houthis, selon des sources diplomatiques régionales citées par le Jerusalem Post. L'assistance demandée porterait sur le renseignement, afin de dresser une cartographie plus précise du déploiement militaire houthi et d'anticiper d'éventuelles opérations futures.

Une offensive houthie qui s'intensifie

Les forces houthies ont multiplié les attaques contre les intérêts saoudiens au cours de la semaine écoulée. Une frappe de drone a visé des oléoducs et des installations de pompage, provoquant l'arrêt partiel du principal pipeline du royaume. Une mosquée et des bâtiments voisins, près de la frontière avec le Yémen, ont également été touchés. Selon un dernier bilan de la coalition dirigée par Ryad, treize civils ont été blessés dans des frappes nocturnes sur Khamis Mushait, Abha et Taif, où sept maisons et deux véhicules ont été endommagés.

Parallèlement, les Houthis ont pris le contrôle de plusieurs îles stratégiques en mer Rouge et empêché des navires saoudiens de franchir le détroit de Bab al-Mandeb, imposant de fait un blocus économique et diplomatique au royaume. Sur le terrain, les forces yéménites soutenues par Riyad revendiquent en revanche des avancées dans la province d'Al-Jawf, près de la frontière saoudienne, et se rapprocheraient de la ville d'Al-Hazm.

L'expertise israélienne déjà mobilisée dans la région

Tsahal a déjà démontré ses capacités de renseignement et d'intervention dans le domaine maritime autour du détroit d'Ormuz, en contribuant notamment à la localisation des forces iraniennes au profit des États-Unis. C'est cette expertise que Riyad chercherait désormais à mobiliser face aux Houthis. Le Royaume-Uni a lui aussi été sollicité par l'Arabie saoudite pour repousser les forces houthies de Bab al-Mandeb et protéger ses infrastructures pétrolières : Londres a accepté d'envoyer des conseillers militaires, sans s'engager pour l'instant sur une aide supplémentaire.

Au sein de l'establishment sécuritaire israélien, une autre inquiétude s'ajoute : la décision du président américain Donald Trump d'autoriser l'Arabie saoudite à développer un programme nucléaire civil suscite des réserves, le royaume étant riche en ressources énergétiques et situé à une quinzaine de kilomètres d'Israël. Washington a toutefois lié tout progrès sur ce dossier à une normalisation avec Israël, tandis que Riyad conditionne sa propre démarche diplomatique à une résolution du conflit israélo-palestinien.

Le sort de la coalition régionale reste en suspens

Le prince héritier Mohammed ben Salmane cherche par ailleurs à élargir la coalition contre les Houthis, avec une visite prévue en Égypte. Il a averti que « ce n'est pas seulement la guerre de l'Arabie saoudite, mais celle du monde entier », comparant le risque à celui d'une fermeture du détroit d'Ormuz. Le Caire subit un préjudice économique estimé à plus de 5 milliards de dollars par an depuis le début des attaques houthies contre le trafic maritime en 2023, mais le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi hésiterait à engager militairement son armée, malgré un pacte de défense stratégique signé récemment avec la Turquie et le Pakistan, deux pays qui se sont pour l'instant limités à des efforts de médiation. Sisi, selon des sources du Golfe, préférerait attendre une solution proposée par Washington plutôt que de s'engager dans un conflit direct.

En l'absence de relations diplomatiques officielles entre Israël et l'Arabie saoudite, ces échanges sécuritaires confirment que les deux pays partagent des intérêts communs face aux menaces régionales, indépendamment de toute normalisation formelle. La suite dépendra de l'issue des tractations menées sous médiation américaine et de la décision égyptienne d'engager, ou non, ses forces contre les Houthis.

Questions fréquentes

Quel type d'aide Israël apporterait-il à l'Arabie saoudite ?
Selon des sources diplomatiques citées par le Jerusalem Post, il s'agirait de renseignement pour cartographier le déploiement militaire houthi et anticiper de futures opérations, dans des discussions menées sous médiation du CENTCOM.
Pourquoi le détroit de Bab al-Mandeb est-il stratégique ?
Les Houthis y ont pris le contrôle de plusieurs îles et empêchent des navires saoudiens de le franchir, ce qui équivaut selon des sources régionales à un blocus économique et diplomatique du royaume.
L'Égypte va-t-elle rejoindre une coalition contre les Houthis ?
Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi resterait réticent à un engagement militaire direct, malgré les pressions de Mohammed ben Salmane et un préjudice économique estimé à plus de 5 milliards de dollars par an pour Le Caire.

Sources : Israel Hayom, The Jerusalem Post, IsraelValley, Arutz Sheva

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