Les Houthis s'emparent du littoral yéménite et resserrent l'étau sur Bab al-Mandab
Les forces houthies ont pris en quelques jours le contrôle de la ville portuaire de Mocha, de Hodeida et des îles qui font face au détroit de Bab al-Mandab. Cette avancée, obtenue en moins de 48 heures début septembre, place sous contrôle du mouvement soutenu par l'Iran l'un des passages maritimes les plus stratégiques de la planète.

Le 10 septembre 2026, les forces gouvernementales yéménites et la Résistance nationale se sont retirées de Mocha vers le district de Dhubab, laissant les combattants d'Ansar Allah, les Houthis, entrer dans la ville. Selon des témoignages recueillis par The Media Line, la chute de la cité portuaire n'a laissé aucun répit aux habitants, dont plusieurs ont été arrêtés, parmi eux des militants, des journalistes et des membres d'organisations humanitaires.
Cette prise n'est que l'aboutissement d'une offensive lancée début août. Le 9 août, les Houthis avaient ouvert un front direct contre Mocha, bombardant la ville et son port avec plus de 25 missiles. Le 3 septembre, ils ont élargi l'opération vers l'ouest de Taëz et le district de Hays, à Hodeida, revendiquant le contrôle de six districts sur 5 400 kilomètres carrés. En moins de 48 heures, Hays, Khokha puis Mocha sont tombés, ouvrant aux Houthis l'accès à la ville de Hodeida et aux îles situées face au détroit de Bab al-Mandab.
Bab al-Mandab, nouveau point de pression sur l'économie mondiale
Cette progression intervient dans un contexte régional transformé par la guerre entre l'Iran, les États-Unis et Israël, déclenchée le 28 février 2026 après des frappes israélo-américaines contre des cibles iraniennes. Les perturbations dans le détroit d'Ormuz avaient déjà poussé l'Arabie saoudite à réorienter une partie de ses exportations pétrolières vers Bab al-Mandab, faisant passer le flux quotidien d'environ 5,4 millions de barils fin 2025 à 8,1 millions de barils au deuxième trimestre 2026. Les Houthis ont annoncé un blocus naval contre l'Arabie saoudite et multiplié les attaques contre des navires et des infrastructures énergétiques saoudiennes, mettant simultanément en danger deux artères majeures de l'approvisionnement pétrolier mondial. Selon Israel Hayom, ces incursions ont fait grimper les cours du pétrole au-delà de 100 dollars et ont accompagné des tirs de drones et de missiles ayant blessé treize civils, tout en déclenchant de brèves alertes aériennes dans six régions saoudiennes, dont La Mecque.
Les réactions de Riyad, Washington et de l'ONU
Riyad a promis une réponse « ferme » et affirme avoir mené cinquante frappes de représailles après une attaque revendiquée contre la base aérienne de Khamis Mushait. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a demandé une intervention militaire américaine, mais l'administration de Donald Trump l'a jusqu'à présent refusée. Un rapport du Pentagone évoque par ailleurs des pénuries de munitions américaines liées au coût de l'opération Epic Fury, chiffré à 33,4 milliards de dollars, ce qui limite les marges de manœuvre de Washington dans la région.
Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence le 15 septembre. La représentante saoudienne a dénoncé une politique houthie visant à « étrangler les détroits », tandis que la représentante américaine Jennifer Locetta a appelé les membres du Conseil à rester « lucides » sur le rôle de Téhéran dans le financement et l'armement du mouvement. Le Royaume-Uni a jugé que les Houthis « portent l'entière responsabilité » de l'escalade et a exigé la cessation des attaques et la libération des personnels détenus. Selon l'ONU, environ 2 300 personnes ont déjà fui vers Djibouti, et l'Organisation internationale pour les migrations évalue à environ 76 000 le nombre de déplacés depuis le 3 septembre.
Pour Israël, la sécurisation de Bab al-Mandab est directement liée à la liberté de navigation en mer Rouge, déjà mise à mal depuis le début du conflit avec l'Iran. Les autorités militaires yéménites affirment poursuivre leurs frappes aériennes sur les positions houthies près du port de Mocha, tandis que Riyad promet de nouvelles opérations de représailles. La question d'une intervention américaine directe reste, à ce stade, sans réponse de la Maison Blanche.
Questions fréquentes
- Pourquoi le détroit de Bab al-Mandab est-il stratégique ?
- Il constitue, avec le détroit d'Ormuz, l'un des deux principaux passages du pétrole du Golfe vers les marchés mondiaux, et une partie majeure des exportations saoudiennes y transite désormais.
- Les États-Unis vont-ils intervenir militairement ?
- L'administration Trump a jusqu'à présent rejeté la demande d'intervention formulée par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, invoquant notamment des pénuries de munitions liées à l'opération Epic Fury.
- Quel est le lien avec la guerre entre Israël et l'Iran ?
- L'offensive houthie s'inscrit dans le prolongement du conflit ouvert le 28 février 2026 entre l'Iran, Israël et les États-Unis, Téhéran continuant selon Washington à armer et financer les Houthis.
Sources : The Jerusalem Post, Ynet News, The Jerusalem Post, Israel Hayom





