Décryptage
Palestine Action : ce qu'Al Jazeera ne dit pas sur son interdiction au Royaume-Uni
Al Jazeera reprend l'accusation de militants des droits humains selon laquelle l'interdiction de Palestine Action par le Royaume-Uni relèverait d'un « misuse of terrorism powers ». Le média passe sous silence l'intervention d'organisations juives britanniques devant la Cour suprême pour défendre cette interdiction, ainsi que l'origine de la proscription.

L'appel de Huda Ammori, cofondatrice de Palestine Action, contre la désignation de son organisation comme groupe « terroriste » a débuté mercredi devant la Cour suprême britannique. Al Jazeera en rend compte en reprenant les critiques de plusieurs organisations de défense des droits.
Ce qu'écrit Al Jazeera
Le média présente la décision britannique comme un abus des lois antiterroristes. Il cite Tom Southerden, directeur juridique d'Amnesty International au Royaume-Uni, selon qui l'audience de mercredi illustrait « le grave détournement par le gouvernement de ses pouvoirs antiterroristes pour proscrire Palestine Action ». Al Jazeera rappelle que Palestine Action se décrit elle-même comme un « mouvement d'action directe engagé à mettre fin à la participation mondiale au régime génocidaire et d'apartheid » d'Israël. L'article insiste sur les arrestations de manifestants porteurs de pancartes et sur le risque de 14 ans de prison encouru par les personnes reconnues coupables d'appartenance au groupe, présenté comme une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression.
Ce que disent les faits
Le Community Security Trust et le Jewish Leadership Council, deux organisations juives britanniques, sont intervenus dans la procédure, non pas pour contester l'interdiction, mais pour la défendre, selon JNS. Ils accusent Palestine Action d'avoir ciblé des commerces et des lieux appartenant à des membres de la communauté juive dans le cadre de sa campagne contre ce qu'elle appelle « l'influence sioniste ». Les deux organisations affirment agir « pour prendre position contre le recours de Palestine Action à la violence politique et au terrorisme », selon leur communiqué cité par JNS. Sur le plan judiciaire, la Cour divisionnaire avait jugé la proscription illégale en février, mais la Cour d'appel a renversé ce jugement en juin et confirmé l'interdiction. L'audience devant la Cour suprême porte précisément sur la compatibilité de cette désignation avec les protections de la liberté d'expression et de réunion garanties par la Convention européenne des droits de l'homme.
Ce qui n'est pas dit
Al Jazeera mentionne que Palestine Action a été proscrite sous le gouvernement de Keir Starmer sans préciser le motif déclencheur : la mesure, entrée en vigueur le 5 juillet 2025 en vertu du Terrorism Act 2000, fait suite à des actes de vandalisme commis par le groupe contre des avions de la Royal Air Force, selon JNS. L'article présente par ailleurs Amnesty International et Liberty comme de simples commentateurs extérieurs dénonçant la décision, alors que ces deux organisations figurent parmi les intervenants officiels de la procédure devant la Cour suprême, aux côtés du rapporteur spécial de l'ONU sur le contre-terrorisme, Ben Saul, et du collectif Jewish Bloc, selon JNS. Cette position d'intervenant, distincte d'une simple déclaration publique, n'apparaît pas dans le texte d'Al Jazeera.
L'audience devant la Cour suprême devait se conclure jeudi. Les juges n'avaient pas encore rendu leur décision, qui tranchera si la proscription de Palestine Action reste compatible avec le droit européen des droits de l'homme.
Questions fréquentes
- Pourquoi Palestine Action a-t-il été interdit au Royaume-Uni ?
- Le groupe a été proscrit le 5 juillet 2025 après des actes de vandalisme contre des avions de la Royal Air Force, selon JNS.
- Qui défend l'interdiction devant la Cour suprême ?
- Le Community Security Trust et le Jewish Leadership Council, deux organisations juives britanniques, interviennent dans la procédure pour la soutenir, selon JNS.
- Quand la Cour suprême doit-elle statuer ?
- L'audience devait se conclure jeudi 5 novembre 2026, mais la décision n'avait pas encore été rendue au moment des faits rapportés.



