Décryptage

Jéricho : ce qu'affirme Al Jazeera sur les maisons saisies, et ce que disent les faits

Al Jazeera affirme que des « colons » ont saisi huit maisons palestiniennes près de Jéricho en utilisant des munitions réelles et en frappant des habitants, déplaçant des dizaines de personnes. Les documents de référence montrent une opération d'achat organisée et documentée, et une source censée confirmer la violence qui la qualifie elle-même d'« invérifiée ».

3 min de lecturePar la rédaction
Jéricho : ce qu'affirme Al Jazeera sur les maisons saisies, et ce que disent les faits
Photo : Illustration générée par IA

Ce qu'écrit Al Jazeera

Le média qatari rapporte que l'ONU a condamné la prise de possession de huit maisons près de Jéricho par des « colons » israéliens, accusés d'avoir agressé des résidents et poussé des dizaines de personnes à fuir. Citant le porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric, Al Jazeera écrit que les occupants auraient « used live ammunition » lors de l'opération et auraient « physically assaulted Palestinian residents ». Le texte ajoute, en citant l'ONG Peace Now, que des personnes auraient « assaulted and robbed two Israeli activists and shot a Palestinian man in the leg ». L'article présente l'opération comme une saisie pure et simple, sans mentionner d'acquisition documentée.

Ce que disent les faits

Le Jerusalem Post, qui cite la même source que l'ONU, Peace Now, précise que l'organisation a seulement fait état de « rapports non vérifiés de violence » lors de l'arrivée d'une trentaine de personnes mercredi. Cette formulation contredit la version reprise par Al Jazeera, qui présente les accusations de coups de feu et d'agression comme des faits établis.

Les documents montrent par ailleurs que l'installation n'est pas une « saisie » improvisée mais une opération coordonnée de longue date. Selon JNS et Kountrass, le mouvement Nahala et le conseil régional de Binyamin ont annoncé conjointement que les huit maisons du village d'Ein Diouk al-Tahta ont été achetées, avec des documents de propriété à l'appui, et que l'opération, tenue secrète jusqu'à l'arrivée des familles, s'est déroulée « sous le nez de l'Autorité palestinienne ». Les terrains se trouvent en zone C, sous contrôle civil et sécuritaire israélien, à la lisière de la zone A administrée par l'Autorité palestinienne.

Tsahal, de son côté, a confirmé au Jerusalem Post et à JNS que l'entrée dans les maisons s'est faite « without prior coordination with the military and without permission », et que les implications sécuritaires de l'acquisition étaient en cours d'examen par les autorités compétentes. Aucune de ces sources ne confirme l'usage de munitions réelles contre des Palestiniens ni des violences exercées par l'armée ou les nouveaux habitants.

Ce qui n'est pas dit

La loi palestinienne considère la vente de terrain à des Israéliens juifs comme un acte de trahison, passible de la peine de mort, rappelle le Jerusalem Post, qui cite des condamnations à Naplouse et Qalqilya pour ce motif. Ce cadre juridique explique pourquoi les responsables palestiniens, dont le gouverneur de la région de Jéricho Hussein Hamayel, qualifient systématiquement ces transactions de « forgery » plutôt que de reconnaître une vente, quelle que soit la réalité documentaire présentée par les acheteurs.

Le contexte historique du site est également absent du récit d'Al Jazeera. Jéricho fut la première ville transférée à l'Autorité palestinienne en 1994 en vertu des accords d'Oslo, avec la promesse que les pèlerins juifs pourraient visiter librement deux synagogues byzantines de la région, rappelle JNS. Cet engagement n'a pas été tenu : en octobre 2000, au début de la seconde Intifada, des émeutiers ont incendié la synagogue Shalom Al Yisrael et détruit sa mosaïque antique. Les responsables de Nahala et du conseil de Binyamin, Daniella Weiss et Yisrael Gantz, présentent justement leur initiative comme une réponse à cet abandon, qualifiant le retrait israélien de 1994 d'erreur qu'ils entendent corriger « maison après maison ».

Les implications sécuritaires et juridiques de l'acquisition restent, selon Tsahal, en cours de clarification par les autorités compétentes. L'armée a par ailleurs indiqué opérer actuellement sur place et promis de communiquer des précisions supplémentaires, sans fournir à ce stade de calendrier.

Questions fréquentes

Les maisons de Jéricho ont-elles été achetées ou saisies ?
Selon Nahala et le conseil régional de Binyamin, les huit maisons ont été achetées avec des documents de propriété. Les autorités palestiniennes contestent la validité de ces documents.
L'usage de munitions réelles est-il confirmé ?
Non. Cette affirmation, attribuée à l'ONU, n'est pas confirmée par Tsahal ni par Peace Now, qui parle de rapports de violence invérifiés.
Où se trouvent exactement ces maisons ?
À Ein Diouk al-Tahta, en zone C sous contrôle civil et sécuritaire israélien, à la lisière de Jéricho qui relève de la zone A administrée par l'Autorité palestinienne.

Dossier Judée et Samarie

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