Décryptage
Midterms américains : ce que dit Le Figaro sur la « défaite » de Trump, ce que montrent les faits
Le Figaro affirme qu'Israël redoute de perdre son allié américain après la « déroute » électorale de Donald Trump. En réalité, le président n'était pas candidat et l'ambassadeur Danny Danon relativise déjà le récit d'un abandon.

Le quotidien français décrit un double choc pour Benyamin Netanyahou : l'annonce par Donald Trump de la fin de l'aide militaire américaine, puis la perte du Congrès par les républicains le soir même. Il cite l'éditorialiste Amit Segal, qui évoque une « catastrophe » dépassant « les pires cauchemars de l'Aipac ».
Ce qu'écrit Le Figaro
Selon le récit du Figaro, la journée du scrutin a commencé par « un coup de théâtre signé Donald Trump lui-même » : l'annonce, le matin même, de la fin de l'aide militaire annuelle de 3,8 milliards de dollars, vingt et un mois avant son échéance prévue. Le soir, la défaite républicaine aux élections de mi-mandat aurait achevé d'isoler Netanyahou, dont la diplomatie reposait sur sa relation personnelle avec le président américain. Amit Segal, cité par le journal, résume l'ambiance à Jérusalem : « Ce qui s'est passé en Amérique la nuit dernière est une catastrophe. »
Ce que disent les faits
Donald Trump n'était pas candidat le 3 novembre. Les élections de mi-mandat ne sanctionnent jamais le président lui-même : selon les données rassemblées par Kountrass, le parti au pouvoir a perdu des sièges à la Chambre des représentants dans 20 des 23 scrutins de ce type organisés depuis 1934, avec une moyenne de 27 sièges perdus. Trump avait déjà connu ce schéma en 2018, sans que cela remette en cause sa présidence jusqu'à son terme.
Sur le fond diplomatique, l'ambassadeur d'Israël à l'ONU Danny Danon a répondu directement aux accusations qui circulent à Washington depuis la défaite républicaine, rapportées par Infos Israël News. Il réfute notamment l'idée qu'Israël porterait la responsabilité de la frappe contre l'Iran évoquée par le vice-président JD Vance : « La décision d'attaquer l'Iran était une décision des États-Unis. Ce n'était pas notre décision », a-t-il déclaré. Il reconnaît que « ce sera plus dur pour nous » au Congrès, mais affirme qu'Israël conserve un socle de soutien bipartisan, et assure que Washington continuera d'utiliser son droit de veto au Conseil de sécurité en faveur de l'État hébreu.
Face à la fin annoncée de l'aide militaire, Danny Danon ne décrit pas un abandon mais un changement de modèle : un investissement conjoint dans des systèmes de défense partagés plutôt qu'une assistance unilatérale. « Nous mettrons notre argent. Les États-Unis investiraient le leur », a-t-il expliqué.
Ce qui n'est pas dit
Le Figaro présente l'annonce de la fin de l'aide comme survenue « le matin même des élections ». Haaretz, cité par IsraelValley, situe cette annonce deux jours avant le scrutin, un décalage qui relativise l'image d'un « coup de théâtre » simultané au vote. Le texte du Figaro ne mentionne pas non plus la crise politique intérieure israélienne qui se joue au même moment : le président Isaac Herzog a entamé ses consultations avec les partis de la Knesset pour désigner qui formera le prochain gouvernement, après des législatives du 27 octobre sans majorité claire, et Gadi Eisenkot serait en position de recueillir davantage de recommandations que Netanyahou selon Yediot Aharonot. Cette instabilité intérieure pèse autant que le contexte américain sur l'avenir de Netanyahou, que des opposants comme Yaïr Lapid jugent déjà incompatible avec le maintien au pouvoir.
Les consultations à la Knesset doivent se poursuivre dans les prochains jours, avec une désignation possible du futur formateur de gouvernement dès vendredi. À Washington, les contours du soutien militaire à Israël dépendront des arbitrages du Congrès nouvellement issu des midterms, et de la proposition israélienne d'un partenariat fondé sur l'investissement plutôt que sur l'aide.
Questions fréquentes
- Donald Trump a-t-il été battu lors de cette élection ?
- Non. Il s'agissait des élections de mi-mandat du 3 novembre, qui ne concernent que le Congrès. Trump reste président jusqu'au terme de son mandat.
- Israël a-t-il décidé de frapper l'Iran ?
- Non, selon l'ambassadeur Danny Danon, qui affirme que cette décision relevait des États-Unis, même si Israël l'a soutenue et saluée.
- L'aide militaire américaine à Israël va-t-elle vraiment cesser ?
- Donald Trump a annoncé la fin de l'aide militaire annuelle avant la fin de l'année. Danny Danon évoque en échange un modèle d'investissement conjoint sur la défense.





