Sarah Bernhardt, la tragédienne juive devenue la première star mondiale du théâtre

Née le 22 octobre 1844 à Paris d'une mère juive d'Amsterdam, Sarah Bernhardt devient la comédienne la plus célèbre de son époque. Surnommée « la Voix d'or » par Victor Hugo, elle impose le théâtre français sur les cinq continents avant de mourir à Paris en 1923.

3 min de lecture1 vuePar la rédaction
Sarah Bernhardt, la tragédienne juive devenue la première star mondiale du théâtre
Photo : Illustration générée par IA

Une naissance entourée de mystère

Sarah Bernhardt voit le jour le 22 octobre 1844 à Paris, au domicile d'une sage-femme proche de la place de l'École-de-Médecine. Sa mère, Judith-Julie Van Hard, dite Youle, est une jeune femme juive originaire d'Amsterdam, fille d'un marchand de spectacles itinérant hollandais. Installée en France, elle devient modiste puis courtisane sous le nom de Julie Bernhardt.

L'identité du père de Sarah, un avoué havrais nommé Édouard Viel, est restée longtemps cachée par l'actrice elle-même. Ce n'est qu'en 2022, grâce à la redécouverte d'un extrait de naissance de 1857, que ses origines paternelles ont pu être établies avec certitude. La date exacte de sa naissance a elle aussi fait l'objet de confusions durables, certains documents officiels évoquant à tort le 23 ou le 25 octobre 1844, en raison de la destruction des archives d'état civil pendant la Commune de Paris.

Du couvent de Versailles au Conservatoire

Confiée dans sa petite enfance à une nourrice bretonne, puis envoyée en pension au couvent du Grandchamp à Versailles en 1853, Sarah Bernhardt y reçoit le baptême catholique en 1856 et envisage un temps de devenir religieuse. C'est pourtant au théâtre qu'elle trouve sa voie, après qu'un conseil de famille, sur suggestion du duc de Morny, l'oriente vers le Conservatoire d'art dramatique de Paris.

Reçue au concours en 1862, elle intègre dans la foulée la Comédie-Française. Son premier passage dans la prestigieuse institution tourne court : renvoyée en 1866 après avoir giflé une sociétaire lors d'une altercation, elle rejoint alors l'Odéon, où elle se révèle en 1869 dans Le Passant de François Coppée.

La guerre, puis la consécration

La guerre franco-allemande de 1870 interrompt sa carrière. Pendant le siège de Paris, elle transforme l'Odéon en hôpital de campagne pour soigner les blessés, parmi lesquels un jeune polytechnicien nommé Ferdinand Foch, qu'elle retrouvera des décennies plus tard sur le front de la Première Guerre mondiale.

Son triomphe dans le rôle de la Reine de Ruy Blas, en 1872, lui vaut d'être surnommée « la Voix d'or » par Victor Hugo lui-même. Ce succès la ramène à la Comédie-Française, où elle devient sociétaire en 1875 et s'impose dans Phèdre puis Hernani. Les surnoms élogieux se multiplient alors : « la Divine », l'« Impératrice du théâtre ».

L'indépendance et la gloire mondiale

En 1880, après un désaccord sur une pièce qu'elle juge médiocre, Sarah Bernhardt rompt son contrat avec la Comédie-Française, acceptant de payer une lourde somme en dédommagement. Elle fonde alors sa propre compagnie et part en tournée à travers le monde jusqu'en 1917, s'imposant comme la première comédienne à connaître un succès international sur les cinq continents.

Cette notoriété planétaire, sans précédent pour une artiste de théâtre, lui vaut d'être qualifiée de « monstre sacré » par Jean Cocteau. Elle interprète à plusieurs reprises des rôles masculins, dont Hamlet, et inspire à Edmond Rostand sa pièce L'Aiglon en 1900. Ses tournées la mènent à Londres, à Copenhague, aux États-Unis, au Pérou, au Chili et en Russie, où sa venue suscite un engouement que la presse locale décrit comme fiévreux.

Un héritage toujours vivant

Sarah Bernhardt meurt à Paris le 26 mars 1923. Elle reste considérée comme l'une des plus grandes tragédiennes françaises du XIXe siècle et comme la première véritable star internationale du théâtre. Son parcours, d'une enfance marquée par l'absence et l'incertitude jusqu'à la gloire mondiale, continue d'alimenter biographies et études théâtrales plus d'un siècle après sa mort.

Son nom demeure associé à l'expression même de « monstre sacré », et son influence sur l'art dramatique occidental est régulièrement rappelée dans les travaux consacrés à l'histoire du théâtre et à la condition des artistes femmes au tournant du XXe siècle.

Questions fréquentes

Quand est née Sarah Bernhardt ?
Selon les sources disponibles, elle est née le 22 octobre 1844 à Paris, bien que la date ait longtemps fait l'objet de confusions administratives.
Pourquoi Sarah Bernhardt a-t-elle quitté la Comédie-Française en 1880 ?
Elle a rompu son contrat après un désaccord sur une pièce qu'elle jugeait médiocre, préférant fonder sa propre compagnie et partir en tournée mondiale.
D'où vient le surnom de 'monstre sacré' ?
Il a été inventé par Jean Cocteau pour qualifier le statut exceptionnel de Sarah Bernhardt, première comédienne à connaître une renommée sur les cinq continents.

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