Ingérence électorale en Israël : le Shin Bet accuse la conseillère juridique de freiner l'enquête
Une semaine après les législatives du 27 octobre, qui n'ont donné de majorité claire à aucun bloc, le Shin Bet enquête sur de possibles financements étrangers destinés à influencer le scrutin, notamment dans le secteur arabe. L'agence de sécurité intérieure accuse la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, de freiner ses investigations en exigeant des autorisations jugées trop restrictives pour interroger des élus et leurs collaborateurs.

Saisi par le président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, le Shin Bet affirme avoir identifié ce qu'il qualifie de « phénomènes étendus » de transferts financiers venus de l'étranger, susceptibles d'avoir touché des milliers de personnes. Des sources proches du dossier relativisent toutefois l'ampleur médiatique de l'affaire : les montants en jeu seraient très inférieurs aux dizaines de millions de shekels évoqués, et le Qatar, d'abord cité, ne serait plus au centre des soupçons. Une piste de financement venu de l'Autorité palestinienne est désormais privilégiée par les enquêteurs, sans confirmation à ce stade.
Quatre élus arabes visés par l'enquête sur l'ingérence électorale
L'enquête cible quatre responsables de partis arabes : Ahmad Tibi (Hadash-Ta'al), Mansour Abbas (Raam), Sami Abou Shehada (Balad) et un quatrième député dont l'identité reste classifiée. Selon les informations rapportées, c'est précisément au sujet de ce dernier que le Shin Bet dit disposer de « preuves substantielles » justifiant un interrogatoire sous avertissement, en lien avec l'hypothèse d'un financement venu de l'Autorité palestinienne. Pour les trois autres, les demandes d'interrogatoire auraient été formulées sans base factuelle écrite suffisante, selon les éléments transmis au bureau de la conseillère juridique. Sami Abou Shehada a rejeté toute idée que son parti ait bénéficié d'un financement étranger illégal et s'est dit prêt, comme Mansour Abbas, à se présenter devant les autorités compétentes.
Le Shin Bet et la conseillère juridique s'affrontent sur les autorisations
Le cœur du conflit porte sur la procédure. Gali Baharav-Miara exige que les soupçons contre un député soient d'abord consolidés avant d'envisager l'audition de ses assistants parlementaires, qu'elle considère comme partie intégrante de l'enquête visant l'élu. Des hauts responsables du Shin Bet dénoncent une extension abusive de cette exigence : « Quand ils parlent d'enquêter sur des députés, pour eux, même le neveu du cousin du député est un député », ont-ils affirmé, selon un rapport d'Amit Segal. Ils ajoutent que la police n'a accepté, à ce jour, aucune arrestation dans ce dossier. La conseillère juridique rejette ces accusations : son cabinet affirme que des actes d'enquête significatifs ont été approuvés à la demande du Shin Bet, et pointe à l'inverse un retard de deux jours dans la transmission des documents par l'agence de sécurité à l'équipe conjointe créée avec la police.
La validation des résultats électoraux sous tension politique
L'affrontement institutionnel déborde sur le terrain politique. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a réclamé que la conduite de l'enquête soit retirée à la conseillère juridique et confiée au chef du Shin Bet, David Zini ; son parti, Otzma Yehudit, a annoncé son intention de voter contre la validation des résultats au Comité central des élections. Le Likoud accuse également Gali Baharav-Miara de vouloir étouffer l'affaire, quand le député Amit Halevi a démissionné de son poste au comité électoral pour protester contre l'abstention de son parti lors du vote. À l'inverse, Yaïr Lapid et Yaïr Golan dénoncent l'utilisation de l'enquête pour remettre en cause le résultat du scrutin. Le Comité central des élections a de son côté indiqué avoir vérifié les procès-verbaux de 9 069 bureaux de vote ainsi que l'ensemble des requêtes déposées, sans y déceler d'anomalie ni d'élément remettant en cause la régularité du scrutin. Le Likoud rappelle néanmoins qu'un écart de 4 612 voix aurait suffi à faire basculer un siège vers le bloc de droite, et réclame davantage de temps pour l'enquête avant la transmission officielle des résultats à la présidence.
Questions fréquentes
- Qui dirige l'enquête sur l'ingérence électorale en Israël ?
- Le Shin Bet, dirigé par David Zini, mène l'enquête à la demande du président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, en coordination avec la police et le Mossad.
- Quels élus sont visés par les soupçons de financement étranger ?
- Quatre responsables de partis arabes sont concernés : Ahmad Tibi, Mansour Abbas, Sami Abou Shehada, et un quatrième député dont l'identité n'a pas été rendue publique.
- Les résultats des élections sont-ils remis en cause ?
- Le Comité central des élections affirme n'avoir trouvé aucune anomalie après vérification de plus de 9 000 bureaux de vote, mais le Likoud et Otzma Yehudit contestent leur validation tant que l'enquête n'est pas achevée.



