Élections du 27 octobre : le Shin Bet enquête sur un financement étranger visant des partis arabes
Au lendemain des élections législatives du 27 octobre, le Shin Bet enquête sur des soupçons de financement étranger destiné à influencer le vote arabe, tandis que la police examine un possible achat de voix au profit du parti Ra'am dans le Néguev. Les résultats officiels doivent néanmoins être transmis mercredi au président Isaac Herzog, sans changement annoncé.

Le scrutin du 27 octobre a enregistré une participation record de 77,7 %, la plus forte depuis 1999, et vu les partis arabes décrocher 19 sièges à la Knesset, un record. Ce résultat s'accompagne désormais de soupçons sérieux de fraude qui visent principalement le parti islamiste Ra'am et, plus largement, la Liste unifiée.
Deux enquêtes parallèles sur un financement étranger
Le président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, a confirmé dimanche avoir ordonné une enquête du Shin Bet sur un possible financement étranger destiné à influencer la campagne, évoquant une dimension sécuritaire. Selon plusieurs informations relayées en Israël, les soupçons portent sur des fonds en provenance du Qatar et de la Turquie, ainsi que, selon une enquête du site N12 citée par le Jerusalem Post, sur une possible implication de l'Autorité palestinienne. Cette dernière piste en serait encore à un stade préliminaire : les enquêteurs n'ont pas établi si de l'argent a réellement été transféré, ni son montant, ni sa destination précise. Une autre piste identifiée concernerait un circuit financier entre le Qatar et un responsable de la Liste unifiée, qui aurait servi à mobiliser l'électorat.
Parallèlement, la police enquête sur un soupçon distinct d'achat de voix dans le Néguev. Sept personnes ont été arrêtées, dont des directeurs d'école, et des enveloppes contenant de l'argent liquide et des bulletins du Ra'am ont été retrouvées lors de perquisitions, selon la police. Plusieurs suspects ont depuis été remis en liberté par la justice, les avocats de la défense contestant la régularité de certaines perquisitions. Sur le terrain, des témoins ont par ailleurs rapporté des incidents, comme à Majd al-Krum, où un superviseur de bureau de vote a été entouré et intimidé par des habitants, ou à Rahat, où un élu du Likoud affirme avoir constaté un système de numérotation des votants et une panne d'électricité ayant perturbé le dépouillement.
Accusations croisées entre Likoud et Ra'am
Benyamin Netanyahou a accusé les partis arabes d'avoir tenté de « voler » l'élection par la corruption et l'intimidation, qualifiant l'affaire de « sérieuse » et « criminelle ». Le Likoud affirme avoir recensé 1 200 cas d'irrégularités sur environ 1 300 bureaux de vote à majorité arabe. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a évoqué un « scandale de corruption choquant » et réclamé de nouvelles élections si un financement étranger était confirmé, tandis que le député Simcha Rothman affirme disposer de preuves d'une corruption à grande échelle.
Le Ra'am dément catégoriquement toute fraude, accusant Netanyahou et Ben-Gvir de chercher à décourager la participation arabe par des arrestations qu'il juge infondées. Le Qatar et la Turquie ont également démenti toute implication. Le Likoud accuse par ailleurs la procureure générale Gali Baharav-Miara d'entraver l'enquête, celle-ci ayant exigé que les soupçons visant un député de la Liste unifiée soient d'abord étayés avant toute audition de ses collaborateurs, en raison des procédures liées à l'immunité parlementaire. Le chef du Shin Bet, David Zini, aurait lui-même évoqué des obstructions auprès du juge Sohlberg, qui a toutefois estimé que ces soupçons, même avérés, ne suffiraient pas à remettre en cause l'intégrité du scrutin.
La suite
Malgré ces enquêtes, les résultats officiels doivent être transmis mercredi au président Isaac Herzog, ouvrant la voie aux consultations pour la formation du prochain gouvernement. Dans l'opposition, Gadi Eisenkot a dénoncé une tentative de contester les résultats, tandis que Yair Golan a appelé Netanyahou à reconnaître sans équivoque le scrutin. Les enquêtes du Shin Bet et de la police se poursuivent séparément, sans qu'un lien entre elles n'ait été établi publiquement.
Questions fréquentes
- Qui est visé par l'enquête du Shin Bet ?
- Des responsables des partis arabes Ra'am et Liste unifiée sont soupçonnés d'avoir reçu des fonds étrangers, notamment du Qatar, de la Turquie et possiblement de l'Autorité palestinienne, pour influencer le scrutin.
- Les résultats de l'élection sont-ils remis en cause ?
- Non. Le président de la Commission électorale centrale a précisé que les résultats seraient transmis mercredi au président Herzog comme prévu, malgré les soupçons en cours d'examen.
- Que répond le Ra'am aux accusations ?
- Le parti dément toute fraude et accuse Benyamin Netanyahou et Itamar Ben-Gvir de chercher à décourager la participation électorale arabe par des arrestations qu'il juge infondées.



