Élections en Israël : la Knesset fragmentée ouvre une bataille de coalition
Les élections législatives du 27 octobre ont livré une Knesset fragmentée en trois blocs, sans majorité claire pour Benjamin Netanyahou ni pour ses adversaires regroupés autour de Gadi Eisenkot. Les partis arabes, en forte progression, se retrouvent en position d'arbitres, ce qui ravive une controverse sur leur rôle dans une coalition. La formation du gouvernement doit désormais suivre un calendrier légal strict, sous l'autorité du président Isaac Herzog.

Le scrutin du 27 octobre pour la 26e Knesset n'a dégagé aucune majorité nette. Selon les résultats provisoires de la commission centrale des élections, avec environ 84 % des bulletins dépouillés, le bloc mené par Benjamin Netanyahou totalisait 53 sièges, celui de Gadi Eisenkot 48, et les partis arabes 19. Quelques heures plus tôt, à 70 % des voix comptées, la répartition donnait 54 sièges au bloc Netanyahou et 47 à celui d'Eisenkot, un écart qui montre combien le tableau reste mouvant tant que le dépouillement se poursuit.
Une Knesset coupée en trois blocs
Le Likud de Benjamin Netanyahou est sorti en tête, avec environ 27 sièges selon les premiers décomptes, loin devant tous les autres partis pris isolément. Le parti Yashar de l'ex-chef d'état-major Gadi Eisenkot talonne avec environ 21 sièges, suivi de B'Yachad avec 11, des Démocrates avec neuf, d'Israel Beytenou avec huit, puis d'Otzma Yehoudit et de Sionisme religieux-Zehout avec six chacun. Côté ultra-orthodoxe, Shas et Yahadout HaTorah, alliés traditionnels de Netanyahou, totalisaient respectivement sept et neuf sièges. La Liste unifiée obtenait environ 12 sièges et Raam quatre, portant leur total à 19, leur meilleur résultat depuis plusieurs scrutins. Aucun des deux grands blocs sionistes ne franchit seul le seuil de 61 députés nécessaire pour gouverner.
La question d'une alliance avec les partis arabes
La progression des partis arabes relance un débat ancien : peuvent-ils, par leur soutien ou leur participation, permettre à une coalition de se former sans Netanyahou ? Le chef des Démocrates Yair Golan a appelé mercredi les partis d'opposition à ne pas manquer cette occasion, jugeant « raciste » la distinction faite par Netanyahou entre voix juives et voix arabes. Selon son calcul, en comptant les partis arabes et ultra-orthodoxes comme « non sionistes », le bloc du changement disposerait de 65 sièges contre 55 à celui de Netanyahou.
Le ministre de la Diaspora Amichai Chikli, du Likud, a vivement réagi, qualifiant les Démocrates de parti « cananéen et antisioniste ». Du côté de la Liste unifiée, son président Ahmad Tibi a confirmé des discussions avec des partis du « bloc du changement », tout en précisant qu'il est « raisonnable de supposer » que sa formation ne fera pas partie intégrante d'un futur gouvernement. Son collègue Yousef Jabareen a affirmé que la Liste unifiée fera « tout son possible » pour renvoyer Netanyahou, Ben Gvir et Smotrich chez eux. Avant le scrutin, Eisenkot, l'ex-Premier ministre Naftali Bennett et l'ex-ministre de la Défense Avigdor Liberman avaient pourtant promis de ne jamais intégrer de coalition avec les partis arabes. Le précédent de 2021, lorsque Raam avait soutenu le gouvernement de Bennett, est désormais invoqué par les deux camps, pour le justifier ou pour le dénoncer.
Le calendrier légal de la formation du gouvernement
Les résultats officiels doivent être publiés au plus tard le mercredi 4 novembre. Le président Isaac Herzog consultera ensuite les délégations de chaque liste élue, avant de charger un député de former le gouvernement dans un délai de sept jours, soit au plus tard le 11 novembre. Le candidat désigné dispose alors de 28 jours, prolongeables de 14 jours supplémentaires à la discrétion du président. En cas d'échec, un deuxième candidat peut recevoir la même mission pour 28 jours, sans prolongation possible. Si cette étape échoue également, une procédure spéciale s'ouvre à la Knesset : pendant 21 jours, 61 députés peuvent proposer un nom à la présidence, qui dispose alors de 14 jours pour former son gouvernement. À défaut, la Knesset est dissoute et de nouvelles élections doivent se tenir dans les 90 jours. La nouvelle Knesset, elle, prêtera serment le mardi 10 novembre, indépendamment de l'avancée des négociations de coalition.
Questions fréquentes
- Pourquoi aucun bloc n'a-t-il de majorité claire après le vote ?
- Selon les résultats provisoires, le bloc de Benjamin Netanyahou et celui de Gadi Eisenkot tournent autour de 48 à 54 sièges chacun, loin des 61 nécessaires, les partis arabes totalisant environ 19 sièges qui en font un facteur d'équilibre.
- Les partis arabes peuvent-ils entrer dans un futur gouvernement ?
- La Liste unifiée a dit vouloir aider à écarter Netanyahou tout en jugeant peu probable d'y siéger directement ; Eisenkot, Bennett et Liberman ont promis pendant la campagne de ne pas gouverner avec ces partis.
- Quand le nouveau gouvernement israélien sera-t-il formé ?
- Après la publication des résultats officiels prévue le 4 novembre, le président Herzog doit confier la mission dans les sept jours ; le processus peut durer plusieurs semaines et, en cas d'échec total, conduire à de nouvelles élections.



