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Profits pétroliers et guerre contre l'Iran : ce qu'affirme Al Jazeera, ce que les faits nuancent

Al Jazeera affirme que les compagnies pétrolières américaines ont engrangé plus de 130 milliards de dollars de profits pendant la guerre contre l'Iran, pendant que les ménages paient plus cher à la pompe. Cette estimation, reprise de calculs du New York Times, laisse de côté le coût militaire réel du conflit et les négociations en cours qui pourraient en changer la donne.

2 min de lecturePar la rédaction
Profits pétroliers et guerre contre l'Iran : ce qu'affirme Al Jazeera, ce que les faits nuancent
Photo : Illustration générée par IA

Al Jazeera English affirme, dans un article publié le 2 novembre, que 51 grandes compagnies pétrolières et gazières américaines ont réalisé plus de 130 milliards de dollars de profits entre avril et septembre, contre moins de 47 milliards sur la même période en 2025. Le média cite une étude de l'université Brown selon laquelle les ménages américains auraient dépensé 150 milliards de dollars de plus en essence et diesel depuis le début de la guerre contre l'Iran, le 28 février, soit plus de 1 150 dollars par foyer.

Ce qu'écrit Al Jazeera

Le texte dresse un parallèle entre les profits records d'ExxonMobil, Chevron, Valero Energy et Phillips 66, et la hausse du coût de la vie pour les consommateurs américains. Il cite le représentant démocrate Jim McGovern, qui a répondu à Donald Trump sur X : « We're not making a 'freaking fortune,' we're PAYING a 'freaking fortune' ». L'analyste Geoffrey Miller y affirme que la guerre « created the largest supply-side shock to global oil and refined products markets in years ». Al Jazeera attribue ce choc à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, et aux représailles iraniennes contre les pays du Golfe et le détroit d'Ormuz.

Ce que disent les faits

L'article d'Al Jazeera précise lui-même que les profits d'ExxonMobil et Chevron, bien que considérables, restent inférieurs à leur niveau de 2022, lors du choc pétrolier provoqué par l'invasion de l'Ukraine. Le chiffre de 130 milliards de dollars est présenté comme une « conservative evaluation » fondée sur des calculs du New York Times, et non sur des bilans financiers audités dans leur totalité.

Une enquête de l'Associated Press, relayée par JForum, montre un autre aspect du conflit : plus de 115 frappes iraniennes ou pro-iraniennes ont endommagé ou détruit des structures sur 26 bases militaires américaines au Moyen-Orient entre avril et août, provoquant des milliards de dollars de dégâts et contraignant Washington à retirer une partie de ses moyens militaires du golfe Persique. Le même document évoque un projet d'accord entre Washington et Téhéran sur le transfert ou la réduction du stock iranien d'uranium hautement enrichi, en échange d'une réouverture du détroit d'Ormuz, avec un rôle possible de garant pour la Chine. Il ne s'agit encore que d'un projet de négociation.

Ce qui n'est pas dit

Al Jazeera ne détaille pas l'ampleur des pertes militaires américaines révélées par l'enquête de l'Associated Press, alors que ces dégâts constituent un coût direct de la guerre, distinct des profits des compagnies pétrolières. L'article ne mentionne pas non plus que des pourparlers sont en cours sur l'uranium iranien et la réouverture d'Ormuz, une issue diplomatique qui pourrait, selon ses propres analystes cités, faire baisser les prix. Enfin, le texte attribue la hausse des prix à la fois à la guerre contre l'Iran et aux frappes houthistes contre l'Arabie saoudite, deux facteurs dont le poids respectif n'est pas chiffré séparément.

Les marchés pétroliers restent suspendus à l'issue des négociations entre Washington et Téhéran sur le dossier de l'uranium enrichi, évoquées fin octobre, ainsi qu'à la décision de Donald Trump, après les élections de mi-mandat, de reprendre ou non les frappes contre l'Iran.

Questions fréquentes

D'où vient le chiffre de 130 milliards de dollars avancé par Al Jazeera ?
Il provient d'une estimation du New York Times portant sur 51 compagnies pétrolières et gazières américaines, qualifiée elle-même de « conservative evaluation » par Al Jazeera.
Les profits des géants pétroliers sont-ils supérieurs à ceux de 2022 ?
Non. Al Jazeera précise que les profits d'ExxonMobil et Chevron restent inférieurs à leur niveau de 2022, lors du choc pétrolier lié à la guerre en Ukraine.
Que révèle l'enquête de l'Associated Press citée par JForum ?
Plus de 115 frappes iraniennes ou pro-iraniennes ont endommagé 26 bases militaires américaines au Moyen-Orient, forçant un retrait partiel des forces américaines du golfe Persique.

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